Longtemps, Le Zéphyr avait cette idée en tête : concevoir un numéro sur les sciences participatives. Car comment passer à côté ? Chaque année, plus de 130 000 personnes participent à des programmes de suivi scientifique ou de comptage d’espèces animales ou végétales. Une démarche capitale pour le monde académique, qui peut ainsi exploiter des millions de données pour se rendre compte, notamment, des évolutions des populations, année après année.
Mais comment procéder ? Qui interroger ? Désormais, cela fait plus de trois décennies que les chercheurs font appel au grand public non professionnel pour les aider à couvrir un maximum de zones, en particulier les espaces privés, les jardins de particuliers qui peuvent accueillir une biodiversité assez riche.
Appel à témoignages
Le Zéphyr ne peut hélas valoriser l’ensemble des protocoles imaginés par des scientifiques et animés sur le terrain par de nombreuses associations, tant on compte des programmes à l’échelle locale, nationale ou internationale. Il faudrait des mois et des mois pour parvenir à cet objectif et les 120 pages du magazine ne suffiraient pas.
Très vite, Le Zéphyr a choisi de se pencher sur les personnes qui s’engagent pour améliorer la connaissance du vivant. Il est intéressant de comprendre leur démarche, leurs motivations, leurs envies. En vue d’y parvenir, Le Zéphyr a lancé quelques appels à témoignages, en particulier via le réseau de la Ligue pour la protection des oiseaux. Aussitôt, de nombreuses personnes ont pris contact avec la rédaction. On ne s’attendait pas à recevoir autant de sollicitations.
Visiblement, les volontaires ont à cœur de s’exprimer sur leurs missions d’observation de la faune et de la flore. Certains se mobilisent depuis plusieurs années afin de noter, par exemple, les individus qu’ils ou elles arrivent à détecter, que ce soit des oiseaux, des amphibiens ou des mammifères.
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Amnésie écologique
Petit à petit, interview après interview, la rédaction a su constituer le sommaire du magazine. Dans ce numéro, Le Zéphyr met en lumière un certain nombre d’observatoires plus ou moins médiatisés, mais n’oublie pas tous les autres. Ils sont tous importants pour améliorer la connaissance du vivant qui nous entoure et sensibiliser à la préservation des espèces.
Lors de la préparation du numéro, on discutait en particulier avec Quentin Giraud, chargé de mission au sein de l’association Indre Nature, qui anime quelques programmes de sciences participatives autour de Châteauroux. Typiquement, le célèbre suivi temporel des oiseaux communs. On parlait notamment des bienfaits des sciences participatives.
Les alouettes des champs
Quelques jours plus tard, il nous envoyait ce message. « Quelque chose m’est venu en tête, et je ne sais plus si cela a été abordé. Grâce à la participation du plus grand nombre, on peut figer dans le temps l’état des lieux des populations d’oiseaux pour obtenir des points de comparaison et calculer les tendances au long cours, a-t-il expliqué. Nous avons tous un biais cognitif, une sorte de référence glissante qui fait que chaque individu prend pour « normale » la nature telle qu’il l’a connue dans son enfance.
Probablement que, dans la campagne de la Creuse, mes parents entendaient moins d’alouettes des champs que mes grands-parents, et qu’à mon tour j’en ai moins entendu que mes parents. C’est une sorte d’amnésie écologique. Or, a-t-il ajouté, le fait de ne pas se baser sur de simples perceptions mais sur des faits (en l’occurrence des chiffres) permet de se rendre compte de l’ampleur réelle des phénomènes…» Pas faux. / Philippe Lesaffre

