Lucienne Haèse est décédée le 10 mars dernier à l’âge de 84 ans. Toute sa vie, elle s’est mobilisée pour défendre les forêts libres et diversifiées du Morvan. Elle a notamment été à l’initiative du lancement, en 2003, du groupement forestier pour la sauvegarde des feuillus du Morvan.

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Lulu du Morvan a rejoint les chênes et les arbres centenaires, matures, majestueux, ceux qui accueille la faune sauvage sous l’écorce, les pics ou les écureuils dans les cavités. Ceux qu’elle a vraiment aimés, ceux qu’elle a protégés toute sa vie.

Le 10 mars, Lucienne Haèse est décédée à l’âge de 84 ans. Pendant plus de quarante ans, elle s’est battue contre les monocultures de conifères, les épicéas et les douglas plantés en rang dans le Morvan. Très vite, Lulu, comme on l’appelait, a observé à quel point la surexploitation forestière prenait de l’ampleur. Des acteurs privés s’en prenaient aux forêts diversifiées à des fins strictement commerciales, et elle ne le supportait pas.

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Alors elle a décidé de se mobiliser en vue de préserver ces écosystèmes qu’elle appréciait tant. En 2003, avec d’autres, elle prend l’initiative de créer le groupement forestier pour la sauvegarde des feuillus du Morvan  (GFSFM). L’idée, à ce moment-là, est de racheter un certain nombre d’hectares de forêts en vue d’éviter des coupes rases et d’imaginer une gestion forestière plus respectueuse du vivant et des écosystèmes. Deux décennies plus tard, le groupement forestier a acquis une vingtaine de parcelles dans toute la région. 

Lulu dans le Morvan a inspiré de nombreuses personnes tout au long de ces années. Beaucoup l’ont imitée pour défendre les forêts libres et attaquées sur leur territoire. En France, de nombreuses personnes se rassemblent désormais en collectifs pour acheter des parcelles de forêts privées et en prendre soin. Ces groupements citoyens et écologiques, l’association Forêts partagées les recense aujourd’hui sur une carte numérique.

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Lucienne Haèse n’a jamais abandonné sa mission, bien au contraire. “La nature n’est pas sauvée, donc le combat n’est pas fini », expliquait-elle en 2022 dans le Journal de Saône-et-Loire. Deux ans avant de publier son plaidoyer Mon combat pour les forêts vivantes (Stock, 2024).

“Elle a tant aimé les vraies forêts”

« Elle aura été une militante infatigable jusqu’à son dernier souffle », affirme Sylvain Mathieu, président du parc naturel régional du Morvan. “Lulu n’a jamais voulu se résigner, a pour sa part écrit Sylvain Angerand, fondateur de l’association Canopée sur LinkedIn. Lulu n’avait pas de haine, mais de la colère et de la détermination ; la langue de bois, très peu pour elle. En réunion avec les huiles ou la filière, ça valsait. Mais toujours avec respect. »

“Elle a tant aimé les forêts, les vraies”, précise dans un post l’association Autun Morvan Écologie dont elle fut présidente. C’est ce que l’on retiendra. / Philippe Lesaffre