Nous morcelons et détruisons les habitats naturels des animaux sauvages. Chaque année, des milliers et des milliers d’animaux veulent traverser les voies rapides et se font percuter ou écraser dans l’indifférence. Des hérissons, des lynx, mais aussi des rapaces qui chassent pas très loin du sol…

L’association Routes vivantes a été fondée l’an dernier pour tenter d’y remédier et ainsi limiter le nombre de collisions routières mortelles. Amélie Boulay et Baptiste Trény, à l’initiative, nous livrent leurs intentions.

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« Tristesse environnementale »

Le Zéphyr : Comment cette aventure a-t-elle démarré pour vous ?

Baptiste Trény : J’ai commencé une carrière dans l’assurance. Pour autant, à un moment, j’ai senti que j’avais besoin d’un emploi porteur de sens. J’ai toujours été proche de la nature depuis mon enfance en Charente, je partais ramasser les champignons, observer les papillons. Aussi, je me suis décidé à créer l’entreprise Créateur de forêt pour œuvrer dans le domaine de la biodiversité.

Malgré tout, je ressens souvent une tristesse environnementale. La destruction du vivant m’affecte vraiment. Je suis dépité quand je vois les corps sans vie des animaux victimes de collisions routières. Souvent, je m’arrête au bord des routes et je prends en photo ces bêtes écrasées sur le bitume.

En 2022, je décide de poster sur LinkedIn quelques clichés pour voir si d’autres personnes ressentent la même chose que moi. Le miracle des algorithmes : le message circule bien, des milliers de personnes le voient passer, des centaines de personnes le commentent…

Que se passe-t-il ensuite ?

Baptiste : Rien de spécial, j’ai exprimé mon impuissance, mais il ne s’est rien passé. Deux ans après, en 2024, je réitère l’expérience en repostant un message avec de nouvelles photos d’animaux. À nouveau, le post est très partagé. Alors je commence à me dire qu’il faudrait lancer une association afin d’aider les automobilistes à protéger les animaux qui traversent les routes.

Dans un premier temps, je recrute une personne (Anne-Laure) qui va passer plusieurs semaines, via Créateur de forêt, à échanger avec des membres d’associations, de centres de soins, des chercheurs, des naturalistes dans l’optique de cartographier en France les initiatives visant à défendre les animaux sauvages. Par exemple, un passage à hérisson, une application mobile pour recenser les animaux morts sur la voie publique, en Normandie.

Aucune structure ne fédère toutes ces actions sur le territoire, et je trouve que cela manque. Il faudrait par ailleurs pouvoir accompagner les élus, les décideurs. Des départements ont décidé de changer les limites de vitesse des routes départementales, pour (re)passer de 80 à 90 km/h. Mais il n’existe pas d’étude sur les impacts de cette mesure sur les espèces sauvages… Cela aurait été utile d’en savoir plus avant de passer à l’acte.

« Les cadavres au bord des routes ne choquent personne »

C’est dans le cadre de cette recherche d’actions locales sur le territoire que vous vous rencontrez tous les deux ?

Amélie Boulay : Je travaillais auparavant pour l’association Trisk’ailes (qui vise à aider la faune sauvage en Bretagne). On avait créé un sticker dans le but d’inviter les personnes à « ralentir pour les animaux ». Baptiste avait dû en commander un certain nombre, et on s’était appelés à ce sujet une première fois. Puis j’étais tombée sur l’un de ses posts LinkedIn à propos des non-humains victimes de collisions routières. C’est un thème qui me touche : on découvre de nombreux cadavres au bord des routes sans que cela ne pose de problème, ce qui me choque particulièrement.

Plus tard, j’ai échangé avec Anne-Laure, qui a contacté l’association Trisk’ailes dans le cadre de ses recherches. L’association avait imaginé une formation qui avait retenu son intention. Il s’agissait d’aider le plus grand nombre à savoir quoi faire quand on tombe sur un animal en détresse sur la voie publique. Ensuite, un peu plus tard, je bifurque professionnellement et je finis par m’investir concrètement pour ce projet de Routes vivantes.

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« Tout le monde s’accorde à dire qu’il faut sauver les mammifères et les amphibiens »

Et vous créez l’association fin 2025, c’est ça ?

Baptiste : On a créé la structure, rédigé les statuts, lancé un site web, puis conçu un logo qu’on a dévoilé sur les réseaux sociaux, en demandant aux internautes de voter. 12 000 personnes y ont tout de même participé. On a aussi décidé d’imprimer des autocollants que les gens pouvaient commander pour adhérer à l’association. Depuis le début, plus de 200 personnes ont sauté le pas. Le sujet n’est pas clivant, plutôt fédérateur. Tout le monde s’accorde à dire qu’il faut sauver les mammifères et les amphibiens qui traversent une route… On a morcelé leurs habitats naturels.

Amélie : Le sticker est une marque d’appartenance à l’association. L’idée est que les gens le collent sur leur véhicule et invitent ainsi les personnes à ralentir.

« Des personnes nous contactent pour savoir comment aider »

Et maintenant ? Qu’allez-vous proposer pour Routes vivantes ?

Baptiste : Il faut aider la faune, pas juste publier des posts LinkedIn. On est trois personnes dans le bureau, avec Amélie et Jean-Michel Ledey, le trésorier. Mais les adhérents peuvent tout à fait s’impliquer par ailleurs.

Amélie : D’ailleurs, de nombreuses personnes nous contactent régulièrement pour savoir comment elles peuvent participer à l’aventure. On a imaginé une série d’actions visant à réduire la mortalité sur la route, aussi bien des actions de sensibilisation que des actions de terrain.

Par exemple, les bénévoles peuvent aider à répertorier et référencer les passages à faune en France, via le Système d’information recensant les passages à faune (SIPAF), porté par le gouvernement et coordonné par Éric Guinard, du Cerema.

Des expositions photo pour sensibiliser

Baptiste : L’association pourrait mener des actions de plaidoyer. Nous pouvons accompagner les décideurs, dans les départements et les régions, pour faire en sorte que les passages à faune soient plus efficaces à l’avenir et que les aménagements tuent de moins en moins d’animaux. On peut imaginer plein de choses.

Amélie : Nous aimerions devenir des interlocuteurs des collectivités dans le domaine de l’aménagement des infrastructures routières. Nous pourrions aussi échanger avec des auto-écoles.

Nous souhaitons également concevoir des expositions de photographies naturalistes, pas que des clichés d’individus tués, mais des individus qui traversent des routes, par exemple. Des photographes nous en ont cédé quelques-unes… Cela peut intéresser des bibliothèques, des écoles, des communes. Routes vivantes pourrait aussi organiser des conférences pour promouvoir une conduite plus responsable et respectueuse des non-humains. / Propos recueillis par Philippe Lesaffre

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