L’association Cœur de Forêt accompagne les propriétaires de bois de petite taille dans le Lot. L’idée : leur apporter des connaissances au sujet des terrains et promouvoir la mise en place d’une gestion durable des parcelles.

On parle souvent de projets de reboisement au bout du monde sur des territoires exposés à la déforestation. Les initiatives sont nombreuses, en particulier en Afrique ou en Asie, et tant mieux. Ainsi, l’association Coeur de Forêt, notamment financée par des mécènes privés, dont des entreprises, s’engage en Bolivie, en Indonésie et encore à Madagascar. En parallèle, celle-ci développe également une activité en France pour préserver… l’existant. Et plus précisément : les petites forêts privées, si nombreuses dans le Lot (et, en règle générale, en France – 70 % des forêts sont privées).

Les préserver ou, plutôt, « former leurs propriétaires », indique le coordinateur de ce projet dans le sud, Anthony Cheval. De par l’histoire de la région, les parcelles ont été morcelées au fur et à mesure. Résultat : beaucoup possèdent moins de 2 hectares. Ici, on trouve de nombreuses résidences secondaires. Certains ont emménagé il y a peu, parfois après la pandémie, d’autres sont revenus sur leur terre d’origine après une absence d’un certain temps, d’autres, encore, ont hérité de parcelles, mais ne connaissent pas avec précision leurs délimitations… « Les situations varient, mais on remarque qu’il leur manque pour la plupart des connaissances sur leur forêt. »

Cœur de forêt vise ainsi à les mettre en relation avec des naturalistes, par exemple, qui vont chercher des informations sur la parcelle. But de l’opération : (mieux) connaître les essences d’arbres sur la zone, la composition du sol, comprendre l’environnement, la présence par exemple d’une rivière dans les parages, les positions topographiques, les dénivelés, comment le bois se positionne par rapport à son territoire. Remonter le temps aussi, par exemple, partir à la recherche d’indices visant à retrouver les délimitations de la parcelle, que le temps a effacées (un rocher ? Un arbre coupé différemment de ses voisins ?).

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Portrait de la propriété

Savoir, également, s’il s’agit d’une forêt ancienne ou pas, d’une forêt mature ou non. « La plupart des forêts, dans le Lot, sont jeunes et ont moins de 100 ans. » Cela ne veut pas dire qu’il n’y avait pas de forêt auparavant à cet emplacement, mais cela signifie que le sol a pu être retourné et que le terrain a été fortement exploité pendant un laps de temps.

En somme, Anthony Cheval et les siens dressent « un portrait de la propriété », comme il dit. L’équipe joue un rôle de pédagogie, de sensibilisation. L’objectif in fine ? « Aider les propriétaires des terrains à décider ce qu’ils veulent en faire à l’avenir, tout en conscience. » Surtout à «  se réapproprier leur forêt ». Car, l’important, note-t-il, « c’est qu’ils aient envie de la transmettre aux générations futures ». Pour bien montrer qu’il s’agit de « temps long », l’asso aime à leur proposer un petit jeu : « On leur demande comment ils voient leur forêt dans 150 ans. »

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Et alors ? Les envies sont variées. Certains, dit-il, veulent fermer la porte à toute intervention dans le but de « protéger une espèce rare d’orchidée », par exemple. « Certains entendent protéger une clairière ou une mare forestière, et il y a besoin d’une gestion dans le but d’éviter qu’elle se referme ou se comble. » D’autres, encore, aimeraient qu’il y ait une diversité d’essences pour les protéger dans les années futures des attaques parasitaires ou des conditions climatiques changeantes. Il y en a d’autres qui voient la parcelle comme un gisement de bois, pour la charpente en particulier. « L’exploitation n’est pas un gros mot. »

Gestion durable en vue

L’exercice proposé par Cœur de forêt n’est guère aisé, en tout cas. « On essaie de faire comprendre que « gérer » une forêt, c’est comme un paquebot, on ne peut pas changer de direction facilement. C’est un peu comme si les propriétaires avaient une palette de couleurs entre les mains, du vert pour « la protection », du jaune pour « la production », du orange pour « le rôle social » des forêts. Un propriétaire va mettre plus ou moins de telle ou telle couleur à tel endroit de sa propriété. Ce que nous aimons, dit-il, c’est quand il mélange les différentes couleurs. »


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Pour Anthony Cheval, « des coupes peuvent être mises en place », mais, dans ce cas, l’association vise à « favoriser le maintien des bois dans un contexte local, avec des scieries du coin, des charpentiers indépendants »… En somme, il entend favoriser la gestion la plus durable possible. / Philippe Lesaffre