Depuis plusieurs années, en région parisienne, l’association Les Ptits Kipik bichonne hérissons orphelins, malades ou blessés. L’heure est grave : vulnérables, ces petits mammifères, que l’on rencontre dans les jardins après le coucher du soleil, sont fortement impactés par le changement climatique, et nos habitudes les perturbent. Le Zéphyr a rencontré Sara Stahl, à l’origine du centre de soin.


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Et tout démarra par des cris, des pépiements… Il y a une douzaine d’années, Sara Stahl et son mari tombent en pleine journée dans leur jardin sur deux petits hérissons, en détresse, seuls et abandonnés. Ils avaient dû perdre leur mère et appelaient au secours. « Ce qui n’est pas bon signe, vu que c’est une espèce nocturne », indique-t-elle, aujourd’hui. Sur le moment démunis, ils ignorent tout de ce petit mammifère discret, mais remuent ciel et terre pour trouver une solution et leur apporter le nécessaire à leur survie. Rapidement, ils tombent sur « le plus gros centre de soin francilien, à Maisons-Alfort ». Portée par l’association Faune Alfort, « la structure était alors la seule de la région parisienne ». Le déclic pour les deux habitants d’Orsay. Elle décide de donner de son temps à l’asso. Elle devient bénévole, puis secrétaire et entre au conseil d’administration de Faune Alfort. Un super moyen pour se former sur le tas, tant sur l’aspect administratif que sur les soins. «  J’ai vraiment eu un coup de foudre pour les hérissons et j’ai fini par avoir envie de lancer mon propre centre de soin. »

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D’où le lancement des Ptits Kipik, dans le sud de Paris, à Orsay, en 2018. Quatre ans plus tard, différentes antennes ont été ouvertes autour de la capitale, par des personnes, que Sara a formées via l’association Faune Alfort. « Près de 2 000 individus, calcule-t-elle, ont été soignés en tout. Chez nous, à Orsay, on en est à 480 hérissons. » Autant d’insectivores – « à tendance omnivores » – blessés par des morsures de chiens, par des tondeuses ou des grillages. « Souvent, en passant d’un jardin à l’autre, ils restent coincés, les mailles les retiennent prisonniers et ils finissent par mourir », lâche la gardienne d’erinaceus. Les Ptits Kipik viennent aussi au chevet des orphelins, des tout petits dont les nids ont été ravagés, ou encore des hérissons malades, atteints de bronchites ou totalement déshydratés en ces temps de fortes chaleurs. Des particuliers font appel à l’association, mais aussi des vétérinaires, des gendarmes ou des employés de mairie des environs qui en trouvent au bord des chemins, sur la voie publique.

Une espèce impactée par le changement climatique

Les représentants de l’espèce protégée sont soignés le temps nécessaire, un jour, deux semaines, ou plusieurs mois. Quand c’est possible, ils sont relâchés là où ils ont été trouvés – « pour qu’ils retrouvent leurs repères », dit-elle -, parfois ils sont mis dans des enclos le temps qu’ils retrouvent mobilité et autonomie. « Il est déjà arrivé qu’on garde un hérisson un an en raison d’une pathologie lourde. » Aussi bien en été qu’en hiver, durant la théorique durée de l’hibernation, entre novembre et mars. En hiver, ils peuvent tomber sur « les orphelins de l’automne », indique Sara. Autrement dit, des choupissons (les petits du hérisson) nés trop tard et n’ayant pas pu accumuler la graisse nécessaire pour l’hibernation. « Ils se réveillent plus tôt que prévu et reprennent une activité… Ils errent en plein jour dans les jardins. »

Alexas Fotos (Unplash)

Le parcours du combattant pour une espèce fortement impactée par le changement climatique, les périodes de canicule, de sécheresse. Les ressources alimentaires tendent à se raréfier, l’eau pour se désaltérer manque, les insectes dont les hérissons raffolent disparaissent. Les activités humaines perturbent leurs habitudes, les pesticides, notamment, affaiblissent leur système immunitaire, et les fragilisent, comme l’a en particulier rapporté en 2021 l’association Chêne dans une étude scientifique sur les causes de mortalité de cette espèce de hérisson européen.

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Mission hérisson : l’initiative de la LPO

Surtout, on a détruit son habitat naturel. « Cet animal vit au cœur des zones frontières, dans les haies des bocages. Or, on les a supprimées, et les hérissons ont déserté les campagnes. » Erinaceus a migré en ville dans le but de subvenir à ses besoins. Sur sa route, ces bêtes s’arrêtent près des poubelles ou dans des gamelles de chats ou de chiens pour déguster quelques croquettes (c’est ce que les particuliers peuvent leur donner chez eux). Hélas, on en trouve régulièrement sur le bas-côté des routes, victimes de collisions routières. Pour autant, on ne sait pas encore à quel point ils disparaissent en France… « Longtemps, on ne s’est pas intéressés au discret hérisson, les individus meurent en silence », précise Sara.


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Pour comprendre l’ampleur des dégâts, la LPO, en compagnie du Muséum national d’histoire naturelle (Mosaic), a lancé en 2020 la mission Hérisson, pour inviter le grand public à aider les chercheurs à mieux cerner l’état de santé du mammifère (grâce à la pose de tunnels pour relever les empreintes), voire d’estimer l’effectif national de la population de hérissons. On devrait en savoir plus dans plusieurs mois… « Mais il n’y a pas de raison que la population ne décline pas fortement, explique la fondatrice des Ptits Kipik, qui reste bénévole. C’est le cas dans d’autres pays européens voisins, alors pourquoi pas en France ? » En tout cas, une chose est sûre : les centres de soin accueillent de plus en plus de hérissons vulnérables… / Philippe Lesaffre