Depuis plus de deux décennies, Jean-Claude Teyssier photographie les insectes dans leur milieu naturel, sur une brindille ou sur un fruit. Il immortalise leurs comportements, parfois étranges. Car, il y a danger, les espèces disparaissent.

Cet article est extrait du Zéphyr n°11 Sauver les animaux, ok. Mais pour quoi faire ?. Découvrez son sommaire, passez commande pour soutenir la rédaction, 100 % indépendante.

L’été dernier, le photographe a exposé une bonne partie de ses images à Moissac, dans le Tarn-et-Garonne, sa région d’origine. Des portraits d’espèces d’insectes qui lui servent de support afin de mettre en lumière un monde riche et varié mais tellement méconnu, auquel on ne prête plus attention au quotidien. Jean-Claude Teyssier aime ouvrir le dialogue, sensibiliser. Dans les colonnes du Zéphyr, il alerte sur le déclin vertigineux des papillons et autres fourmis, des espèces qu’il a beaucoup croisées durant ses voyages, notamment sur les terres du continent américain, où il vit encore une bonne partie de l’année, à Montréal. 

“Des abeilles récoltent le goudron  pour boucher le trou de la ruche” 

L’été dernier, vous avez exposé votre travail à Moissac, dans le Tarn-et-Garonne, d’où vous venez. Qu’est-ce qui vous anime ? Qu’aimez-vous montrer ?

Jean-Claude Teyssier : Depuis toujours, j’aime faire des photos de nature et dresser le portrait des insectes, presque comme si mes sujets étaient des humains. Ce n’est pas facile, c’est vrai, mais j’essaye… J’ai beaucoup voyagé, notamment au Mexique et en Amérique centrale. J’aime immortaliser les comportements animaliers. Je ne suis pas là pour parler techniques de photo, ce n’est pas ce que je préfère, même si je peux répondre aux questions que l’on me pose. Ce que je capture est plus important. Ce qui m’anime, c’est la beauté de la nature et la diversité, ces bijoux vivants – les insectes.


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Vous avez par exemple pris un charançon en train de se nourrir sur une figue…

D’habitude, on voit cet insecte sur le chêne en train de chercher un gland. J’ignorais qu’il pouvait se nourrir de fruits. Sur la photo, il est en train de se sucrer le rostre. C’est un comportement amusant que je n’avais jamais remarqué. 

Les comportements étranges, vous en observez souvent ?

Les insectes, je les photographie depuis trente ans, et parfois j’observe des comportements étranges, oui. Par exemple, j’ai un jour vu des abeilles récolter du… goudron. Vous savez, parfois l’asphalte est mou en raison de la chaleur. C’était un comportement très inhabituel visant à boucher des trous dans leur ruche. Je me suis interrogé. En tout cas, le comportement des abeilles évolue, et elles ont pu considérer le goudron comme une matière utile pour remplacer le propolis, fabriqué avec des matières habituelles. Si l’asphalte était en mesure de les empoisonner, les autres abeilles de la ruche auraient perçu un danger et les auraient empêchées d’y entrer. Or, là, ce n’était pas le cas.

“La mante m’a considéré comme un prédateur et a voulu me faire peur”

Comment parvenez-vous à photographier des insectes en action ? 

On me pose souvent la question. C’est surtout de la chance, je trouve. Là, pour la figue, je me suis arrêté dans un champ pour manger un fruit, et j’ai découvert l’insecte en train d’en profiter aussi. Je m’interroge sur sa présence, puis je prends un cliché. J’ai l’habitude, il ne faut pas être brusque, il faut faire doucement, et, avec un peu de chance, l’insecte ne partira pas. 


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Mais ce n’est pas toujours le fruit du hasard, des promenades et de la chance. Parfois, je pars sur le terrain avec cet objectif de photographier. Je travaille souvent sur les mantes religieuses et je vais là où je suis sûr d’en trouver. Je sais à quel moment je peux la rencontrer jeune ou adulte, ou lors d’un accouplement, par exemple. 

Une fois, j’étais en train de prendre une photo d’une mante de couleur marron quand j’en ai vu de couleur verte plus loin qui a réagi de manière étrange à ma présence. Elle s’est mise en position défensive, m’a considéré comme un prédateur. Elle a voulu me montrer sa grande taille pour me faire peur, elle s’est montrée agressive. C’est la première fois que je voyais ça, alors j’ai immortalisé ce comportement, qu’elle a reproduit devant moi à plusieurs reprises. / Propos recueillis par Philippe Lesaffre

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