Le centre de sauvegarde pour oiseaux sauvages et petits mammifères (CSOS), dans l’Yonne, soigne des individus dans le besoin, fragiles ou blessés. La structure a récemment pris en charge quelques chats forestiers. Ils ont été relâchés dans leur milieu naturel au mois de mars, comme nous l’a raconté la soigneuse animalière lnès Mongin. « Il faut éviter les interactions entre humains et non-humains », dit-elle.
Des chats sauvages
Le Zéphyr : Vous avez récemment récupéré des chats forestiers. D’où venaient-ils ?
Inès Mongin : Le CSOS89 a été contacté par une personne résidant dans Le Tonnerrois (dans l’Yonne) qui avait remarqué la présence de quatre chatons esseulés au milieu de la chaussée. Celle-ci a pris en charge les animaux de peur qu’ils se fassent écraser. Elle a vite remarqué qu’il y avait quelque chose d’étrange au niveau comportemental des chats et a effectué plusieurs recherches qui lui ont fait découvrir l’existence du chat forestier, une espèce entièrement sauvage et protégée. Elle a pris l’initiative d’appeler l’Office français de la biodiversité qui a assuré l’acheminement des animaux vers notre centre.
Le lendemain, nous avons reçu un appel du côté de la commune de Saint-Valérien pour un chat trouvé au bord de la route. Il était faible et avait des difficultés à se déplacer. La personne l’a hébergé quelques jours avant de se rendre compte que l’animal avait un comportement anormal et agressif. Nous lui avons demandé plusieurs photos sous différents angles pour analyser les différents critères qui permettent l’identification de l’espèce. Et nous avons découvert qu’il s’agissait également d’un chat forestier, que nous avons récupéré rapidement. Cette petite femelle a été placée en enclos avec les quatre individus recueillis précédemment.
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Des animaux placés sur des proies vivantes
Comment vous en êtes-vous occupés ?
Âgés d’à peine deux mois environ, ils ont été nourris à leur arrivée avec du lait spécifique. De la nourriture carnée a ensuite été proposée. Notre enclos est spécifiquement aménagé pour l’accueil de ce type d’animaux. Nous avons des griffoirs, des litières, des plateaux à différentes hauteurs, des cachettes… Un système de vidéosurveillance complète l’installation afin d’observer le comportement et l’évolution des animaux sans occasionner le moindre dérangement. Les cinq chats ont grandi et évolué ensemble durant sept mois.
Ces derniers ont ensuite été placés sur des proies vivantes afin qu’ils acquièrent l’instinct de chasse. Cet apprentissage est indispensable étant donné que les jeunes n’ont pas eu leurs parents pour leur enseigner la prédation qui se décompose en plusieurs phases : la recherche, la capture et la mise à mort de la proie.

© CSOS 89
Pour capturer les proies dans l’enclos, nous avons installé des pièges à trappes (chatières) avec de la nourriture disposée à l’intérieur. Cette technique permet d’attraper les animaux sans leur infliger un stress supplémentaire lié à la manipulation. Une fois que les animaux ont été capturés, nous les avons transférés dans des caisses de transport adaptées.
Des chats forestiers réintroduits au sein de leur milieu naturel
Et donc vous avez pu les libérer. Comment cela s’est-il passé ?
Le 18 mars dernier, ces cinq chats ont été réinsérés avec succès dans une forêt domaniale en présence d’agents de l’ONF. Une fois sur place, dès que les caisses de transport ont été ouvertes, les chats sont sortis d’eux-mêmes très rapidement et ont rejoint la végétation. La nourriture, essentiellement composée de petits mammifères, est beaucoup plus importante en cette période pré-printanière qu’en hiver. Ils ont donc eu plus de facilité à chasser et à trouver leur nourriture.
Quels autres animaux accueillez-vous dans votre centre de sauvegarde ?
Nous sommes deux capacitaires au sein du centre, Dominique Crickboom et moi. À ce titre, nous pouvons récupérer tous les oiseaux de la faune sauvage ainsi que les mammifères jusqu’à la taille du castor.
Les principaux animaux que nous accueillons proviennent de notre département, l’Yonne. Du côté des mammifères, nous avons de nombreux hérissons et écureuils. Nous avons aussi des buses variables, des faucons crécerelles, des chouettes ainsi que les échassiers.
Éviter les interactions avec les humains
À quelles menaces sont-ils confrontés ?
Les animaux sont victimes de collisions routières ou encore de prédation de chats domestiques et de chiens. On récupère régulièrement certains jeunes sans parents.
Combien de temps les individus restent-ils au sein du centres ?
Le séjour des animaux dépend de la gravité des traumatismes. Ils peuvent séjourner de trois jours à plusieurs mois. C’est le cas pour les jeunes animaux qu’il faut élever et émanciper ou pour des individus ayant subi des fractures. En cas de simple choc ou s’il s’agit d’un animal affaibli, l’individu reste quelques jours.
Pour les soins, nous disposons d’une infirmerie où nous prodiguons les soins infirmiers. Les radiographies ainsi que les interventions chirurgicales sont réalisées par le même vétérinaire depuis la création du centre dans les années 1980.
Cherchez-vous à éviter les contacts avec les humains ?
Effectivement, il n’y a aucune interaction entre nous et les animaux. Le temps de présence doit être limité à son strict minimum surtout en présence de jeunes animaux. Nous les rassemblons si possible afin qu’ils grandissent ensemble. Il faut absolument éviter l’imprégnation qui condamnerait leur retour à la nature. Il est important de respecter cette règle. La difficulté de notre travail consiste à bien intégrer la notion de « sauvage ». Ces individus ne sont pas identiques aux animaux domestiques.
Combien d’individus relâchez-vous chaque année et comment procédez-vous ?
Nous recevons entre 500 et 600 animaux par an, environ 50 % d’entre eux sont relâchés dans le milieu naturel.
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Les connaissances en phénologie sont indispensables (conditions météorologiques, migration, disponibilités en proies, période de reproduction…). Ce sont des éléments essentiels pour mener à bien notre mission de sauvegarde. Nous utilisons différentes techniques selon l’âge des animaux. Les adultes ayant subi des soins appropriés selon leur traumatisme seront relâchés directement dans la nature.
Quant aux jeunes individus, ils seront soit émancipés sur proies vivantes, pour qu’ils s’habituent à la chasse, soit relâchés par la méthode du taquet – qui assure une émancipation naturelle et progressive. Les animaux sortent alors peu à peu de leur dépendance, mais nous continuons de les nourrir un temps.
Relâcher les animaux sont pour nous des moments privilégiés qui nous apportent pleine satisfaction. De plus, les individus remis dans le milieu naturel sont des reproducteurs potentiels qui pourront assurer une nouvelle génération. / Propos recueillis par Philippe Lesaffre

