Quelques jours avant le lancement du festival international du film ornithologique de Ménigoute, importante manifestation naturaliste lancée en 1985 dans les Deux-Sèvres, des bénévoles nous ont raconté pourquoi ils et elles se mobilisent année après année.
Nous avons échangé avec Coline Noyau, engagée au sein d’une association de protection de l’environnement en Catalogne, Marie Whitead, présidente du Centre permanent d’initiatives pour l’environnement (CPIE) de Gâtine poitevine à Coutières dans les Deux-Sèvres, Pierrette Chaigne, une institutrice retraitée, ainsi qu’avec Jean-Jacques Fouquet, journaliste à la retraite, qui donnent de leur temps pour faire vivre cet événement consacré à la photographie et au documentaire animalier, qui a lieu chaque année fin octobre.
Le Zéphyr sort un numéro spécial sur les artistes qui filment et photographient la nature. Et pour cette raison, la rédaction a noué un partenariat (non financier) avec l’association Mainate, organisatrice du FIFO. Précommandez cet opus de 120 pages et abonnez-vous.
« J’ai toujours cru dans la pertinence d’un tel événement »
Le Zéphyr : Pourquoi avez-vous décidé de devenir bénévoles lors du Festival international du film ornithologique de Ménigoute ? Pourquoi vous mobilisez-vous ?
Jean-Jacques Fouquet : J’ai été un témoin privilégié de la création du Festival de Ménigoute par Dominique Brouard en 1985. Cette année-là, j’ai compris qu’avec une conviction chevillée au corps, on pouvait bouger des montagnes, même dans un secteur rural que rien ne prédestinait à accueillir une telle manifestation. Il faut dire qu’il avait d’abord fallu convaincre la population locale et que tout ne s’est pas fait d’un coup de baguette magique. Mais le terreau était fertile : un milieu rural relativement intact et authentique avec ses paysages de haies. Mon implication a été toute naturelle étant donné que le festival était un véritable levier de développement pour la commune. J’ai toujours cru dans la pertinence d’un tel événement.

Pierrette Chaigne : Je suis bénévole pour l’association Mainate, qui porte le FIFO, depuis 2003. Nous habitions alors en Charente et venions en vacances dans notre résidence secondaire (devenue notre résidence principale ensuite) à 11 km de Ménigoute. Sensibilisés avec mon mari aux questions environnementales depuis longtemps, nous avons pensé que le festival était une occasion idéale pour que notre fils, adepte d’ornithologie, puisse rencontrer d’autres passionnés. À la demande de Marie-Christine David, salariée de l’association, nous avons accepté d’offrir une chambre aux festivaliers. Ce fut l’occasion d’accueillir la première année un dessinateur, puis l’année suivante un animateur de la LPO qui proposait un stage aux adolescents. Notre fils, alors âgé de 15 ans, en a bénéficié et y a rencontré quelques passionnés comme lui, qui portent les mêmes valeurs, et avec qui il est devenu ami.
« Sur place, on se sent à l’aise »
Coline Noyau : J’ai commencé en 2025 le bénévolat. Je côtoie le festival depuis quelques années déjà et j’ai voulu ainsi renforcer ma participation. Au fil des années, c’est devenu non seulement un lieu d’apprentissage, d’échange et de découverte, mais également un lieu de rendez-vous. Il y a des personnes qu’on ne rencontre que là-bas. Sur place, l’ambiance est très apaisante, et on s’y sent à l’aise.
Durant le festival, quelles missions menez-vous ?
Jean-Jacques : Avec Dominique Brouard, nous avions constaté qu’il manquait une dimension photographique à l’événement. Certes, le salon d’art animalier accueillait déjà des photographes et non des moindres, encore fallait-il trouver un moyen de mobiliser les amateurs de photos naturalistes. C’est ainsi que nous avons lancé le concours photo du festival en 2009.
« La photo d’oiseau de l’année »
En 2017, nous avons décidé de passer au niveau supérieur. Nous avons alors fondé l’association Camera Natura qui a pris en main l’organisation du concours. Une nouvelle étape a été franchie en 2021 avec la naissance de « La Photo d’oiseau de l’année » qui rompt avec les concours traditionnels en privilégiant l’engagement des photographes en faveur de la biodiversité. L’appui de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) nous a donné des ailes. Désormais, plus de 1 000 photographes participent à cette nouvelle formule. L’association Camera Natura conserve des liens indéfectibles avec le FIFO dont elle est une émanation.
Nous disposons de la salle d’exposition de l’Institut francophone de formation au cinéma animalier (IFFCAM), à trois kilomètres de Ménigoute, qui constitue l’un des pôles d’animation du FIFO. C’est là que nous installons nos différentes expositions photographiques naturalistes.
Sinon, je fais partie du bureau de l’association Mainate, qui porte le FIFO, depuis 2021 sans affectation particulière. Je participe à la réflexion sur l’avenir de la manifestation, tant il est vrai que les enjeux sont nombreux.
« L’association recherchait un relecteur bénévole »
Pierrette : Je me suis engagée pour aider à la billetterie. Plus tard, mon mari s’est investi à la buvette, au montage et démontage du forum, et il est devenu membre du CA. En 2018, l’association recherchait un relecteur bénévole pour les diverses publications. Il se trouve que j’ai quelques compétences dans ce domaine, et j’ai aussitôt accepté. La tâche s’est même étendue à la relecture des scripts de films étrangers traduits.
J’ai été institutrice pendant quinze ans avant de prendre une retraite anticipée pour m’occuper de mes enfants, mon fils et mes deux filles. J’ai alors pu m’adonner à ma deuxième passion : les travaux d’aiguilles et le patchwork en particulier (à voir ici). Aussi ai-je peu à peu milité pour introduire des artistes textiles aux côtés des peintres, des photographes ou encore des sculpteurs. C’est ainsi que cette année, il y aura deux artistes textiles à Vasles, commune partenaire du FIFO.
Coline : J’aide aussi à la buvette. J’ai choisi ce poste pour alimenter mon hyperactivité et parce que je pense avoir une facilité à parler aux gens. Les personnes viennent et parfois on fait des rencontres inattendues et intéressantes qui n’auraient pas eu lieu en dehors de ce contexte.
« Sensible à la gestion des déchets lors des manifestations »
De votre côté, Marie, c’est la question du traitement des déchets qui vous anime…
Marie Whitead : J’ai été éducatrice à l’environnement au centre permanent d’initiatives pour l’environnement (CPIE) de Gâtine poitevine pendant 25 ans. J’ai eu l’occasion de sensibiliser de nombreuses personnes, des jeunes et des moins jeunes, sur ce thème. J’ai suivi une formation de maître composteur au comité Jean Pain en Belgique. Depuis deux ans, j’apporte mon aide durant le festival dans le traitement des déchets, au sein de la commission « Triton’déchet ». D’ailleurs, je m’engage aussi dans une mission similaire au Marathon de La Rochelle.
Je suis sensible à la gestion des déchets lors des manifestations. On demande à tous les citoyens de bien trier leurs déchets à leur domicile, et il est important d’aider les festivaliers à poursuivre leur geste de tri. En amont du festival, nous sollicitons les restaurateurs et les exposants pour les sensibiliser. Les biodéchets du festival sont compostés au Jardin des sens de Coutières, au CPIE. Tous les déchets recyclables partent dans un centre de tri dans le nord des Deux-Sèvres et les ordures ménagères résiduelles, après un tri mécano-biologique, seront déposées dans un centre d’enfouissement technique dans les Deux-Sèvres.
Le festival repose sur de nombreux bénévoles et cela tient depuis la création…
Jean-Jacques : Le FIFO bénéficie de 42 ans d’expérience et d’un public fidèle. Mais le fonds de commerce reste fragile, car il repose sur le bénévolat et les subsides extérieurs que l’on ne maîtrise pas par définition. Autrement dit, il faut veiller au maintien d’un bon effectif de bénévoles locaux et faire face aux charges financières qui s’alourdissent chaque année, comme c’est le cas de toutes les manifestations de ce type. Enfin, il faut être à l’écoute des festivaliers de demain, à savoir les petits-enfants des festivaliers de la première heure. / Propos recueillis par Philippe Lesaffre

