Le Zéphyr a sondé des professionnels du funéraire, porteurs d’initiatives innovantes visant à faire évoluer le marché de la crémation. Comment conserver le souvenir de nos proches ?

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Au commencement, j’envisage de rencontrer une famille partisane de la conservation d’urnes à l’ancienne – en d’autres termes, à la maison, sur la cheminée, pour laisser vieillir les cendres de papi ou de mamie. L’idée : interroger les membres d’un foyer quelque part en France pour comprendre pourquoi ils ont sauté le pas et ce que cela signifie pour eux. Or, après un (premier) tour sur le Web, je note que cette quête a de forte chance de rester lettre morte. Car, très vite, j’apprends que la pratique – conserver les cendres humaines chez soi dans la durée – n’est plus autorisée depuis la loi du 19 décembre 2008.

Mais le texte, non rétroactif, n’encadre que les obsèques s’étant tenues au lendemain du 20 décembre 2008 : les cendres, dont la crémation a eu lieu avant cette date, peuvent donc encore être conservées au sein d’une propriété privée. Il n’est pas obligatoire de s’en séparer.

Il n’existe guère de contrôle de la législation. « Je n’ai pas jamais entendu parler d’une quelconque interpellation, suite à une  violation de la loi », témoigne Lorena Wowk, céramiste de formation, née en Argentine et fondatrice de la petite société Urne-art. Un responsable de l’Association française d’information funéraire (Afif) – qui insiste sur son indépendance – renchérit : « À notre connaissance, il n’y a eu ni enquête, ni plainte, ni condamnation. »

On peut donc frauder à son aise depuis que la législation est appliquée ? « Oui, les clients font ce qu’ils veulent », répond Davy Mougin, patron de la micro-entreprise de vente de produits funéraires u-Phoenix, située en Espagne, au moment de notre rencontre. « Des parents qui ont perdu leur enfant conservent l’urne, malgré l’interdit », croit savoir une autre professionnelle préférant garder l’anonymat.

« Personne ne peut vraiment savoir, estime-t-elle quelques années après avoir lancé un site de vente d’urnes funéraires, mais je doute que ceux-ci veuillent s’en séparer… » Or, est-ce, pour autant, une pratique encore prisée ? Je pose la question à Sandrine Piat, fondatrice d’Extra-Célèste, site de vente en ligne d’urnes artistiques : « Je n’en connais pas personnellement qui ont bravé cet interdit, glisse cette ex-décoratrice. À mon avis, ma génération, celle des quadragénaires, ne pense pas, ou peu, à garder l’urne sur la cheminée… » Avant d’ajouter : « C’est un peu désuet… » Et glauque.

Je finis par abandonner l’idée de trouver une famille rebelle, qui ne souhaite pas se séparer de la poussière humaine d’un proche défunt. Rideau ? Pas du tout, car, au final, je constate à quel point les pratiques funéraires évoluent ces derniers temps.

D’où l’intérêt de poursuivre le voyage. Qui me portera auprès de professionnels imaginant des urnes différentes, artistiques de par leur forme, leur matière et leur coloris. Des urnes loin du produit « en forme d’ ogive et à l’image ancienne », selon les termes de Brigitte Pinault-Delvaux, responsable d’Eco-Urne. »

Depuis 2007, cette ancienne décoratrice d’intérieur, qui travaille en famille, propose des urnes « design », comme elle dit, aux professionnels avant tout. Elle n’oublie pas les particuliers qui prennent le soin de commander sur sa plateforme. « Mais c’est une démarche encore minoritaire », note Brigitte Pinault-Delvaux : « Les Français privilégient naturellement les pompes funèbres. Cependant, ils s’informent et comparent désormais de plus en plus avant tout engagement. »

Que ce soit pour eux… ou pour les animaux, dont les propriétaires veulent, de plus en plus, rendre hommage. Depuis plusieurs mois, l’évolution est « indéniable », souligne-t-elle en juin 2015, lors d’une rencontre au salon animalier de la Porte de Versailles, à Paris : « Ils sont désormais nombreux à modifier leur comportement », poursuit-elle, devant son stand, situé à l’entrée de l’exposition. Elle y présente des urnes de toutes tailles : de 0,5 litre « pour le yorkshire ou votre oiseau », à 12 litres, pour un équidé.

La loi

D’abord, l’incinération doit être effectuée dans l’un des 167 crématoriums de France. Ensuite, légalement, l’urne peut être conservée là-bas ou au sein d’un lieu de culte pour une durée d’un an suite au décès. « La laïcité française et la libre pratique de ses croyances, m’informe Davy Mougin, d’u-Phoenix, permettent d’assimiler le domicile à un lieu de culte et de conserver l’urne au domicile pendant un an. »

Au bout de douze mois, la famille doit faire son choix, mais si personne ne se manifeste pour récupérer l’urne, restée au crématorium, celui-ci disperse les restes dans le cimetière le plus proche ou dans la commune du décès. La dispersion peut être effectuée, en premier lieu, dans un site funéraire, qui, dans les communes de plus de 2 000 habitants, doit posséder une zone réservée à la dispersion des cendres. Soit, en second lieu, en… « pleine nature » – mais, attention, pas n’importe où. Sur les voies publiques ? Ah, non, lis-je sur une circulaire datant du 14 décembre 2009. En mer ? Oui, mais pas partout. Dans un lac ou une rivière sauvage ? Pourquoi pas, si le tribunal l’accepte !

Diamant-souvenir

Sur la Toile, je tombe rapidement sur la plateforme d’Algordanza. On me propose de lire le contenu en anglais ou en allemand. Logique, je me situe en Suisse. Dans ce petit pays, cette entreprise, fondée en 2004 à Coire (dans l’Est suisse), vous vend des bijoux un brin particulier : le diamant a été fabriqué à partir de… restes de votre proche décédé ! Original ? J’envoie une demande d’entretien au co-fondateur, Rinaldo Willy. J’ai de la chance, je me sens à l’aise avec la langue de Goethe. En attendant de ses nouvelles, j’effectue quelques recherches.

D’abord, je tombe sur un article de L’Union ardennais, daté de 2008, dont le journaliste cite le responsable suisse que j’apprête à questionner : « 500 grammes de cendres suffisent pour faire un diamant, alors qu’un corps humain laisse en moyenne entre 2,5 et 3 kilos de cendres » explique-t-il. Chauffées à de très hautes températures (1 700 degrés), elles se métamorphosent en diamant en l’espace de quatre à six semaines.

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J’apprends en outre que cette entreprise a ouvert, en 2006, une filiale en France, au Raincy, en Seine-Saint-Denis. Libération, à l’époque, interroge la responsable allemande de cette société : « Il est désormais possible, s’exclame-t-elle, de porter un être cher en pendentif, sur une broche ou serti dans une alliance. »

Histoire de profit

Une pierre précieuse, un peu spéciale, remise à la famille au bout de 14 semaines, précise le rédacteur du quotidien, en échange d’un tarif un brin élevé : au minimum, 3 000 euros – en fonction de la taille. Mais pourquoi passerait-on à l’acte ? La journaliste interroge un Français intéressé : «C’est l’idée d’être éternel, de savoir que l’on va résister au déluge, qui me plaît. Et cela m’aide à vivre. » Peu importe, alors, ajoute-t-il à Libé, s’il «passe pour un original ». D’autres ont pu l’imiter jusqu’à 2012, date à laquelle Algordanza France ferme, comme je le constate sur le site Société.com. 

« Cela n’a pas marché avec la direction locale », me confie Rinaldo Willy, tout en précisant qu’il ne s’agissait pas d’une « histoire de profit ». « Notre philosophie, c’est de travailler, dans chaque pays où l’on ouvre une succursale avec des autochtones connaissant bien les lois et les valeurs de l’espace concerné, précise-t-il. Il est illusoire de penser qu’un Suisse puisse savoir comment les Japonais organisent leurs cérémonies et rendent hommage à leurs défunts. En France, mais aussi en Corée du Sud, nous n’avons pas trouvé les bons partenaires pour Algordanza. »

Crémation en Asie

Or, la loi de 2008, mentionnée plus haut, rend l’offre illégale en France : «Officiellement, ce n’est plus possible de séparer les cendres d’un être humain », précise un membre de l’Association française d’information funéraire. La fermeture n’a rien à voir avec ce changement de législation ? «Pas vraiment », balaye Rinaldo Willy. De toute façon, observera plus tard un professionnel sollicité, « les Français ne sont pas prêts pour ce genre de produits ».

Mais Rinaldo Willy l’affirme : « entre cinq et dix familles par an » font appel à lui, en Suisse, depuis l’Hexagone. En tout cas, son offre a plus de chance de marcher là où la crémation a le vent en poupe. En Suisse, naturellement, ainsi qu’en Allemagne, en Autriche… et en Asie.

Rinaldo Willy vend ses bijoux à des Japonais, à des Hongkongais, largement influencés par le culte des anciens, cher au bouddhisme et au shintoïsme. En tout, il évoque, lors de notre échange, le chiffre de 800 diamants-souvenirs fabriqués par an pour des clients originaires de vingt pays. À tel point que l’attente peut parfois durer plusieurs mois, précise-t-il, par ailleurs, à la Neuer Südtiroler Tageszeitung.« Toutes les classes sociales, m’assure-t-il, frappent à ma porte : des professeurs, des directeurs de banque, des célébrités, des politiques… »

Société plus mobile

En principe, on y va pour un proche, mais pas seulement : « 12 % de nos clients, note Rinaldo Willy, commandent un diamant pour eux-mêmes. » Selon le patron de l’entreprise, dont le patronyme signifie “souvenir” en romanche, les clients cherchent avant un tout un moyen personnel de se souvenir d’un être cher… qu’on peut déplacer.

« Nous ne vivons plus forcément à l’endroit où nous avons grandi. La société est plus mobile. » Ainsi, nous n’avons « moins l’occasion de nous occuper de la tombe de nos parents ». Rinaldo Willy voit d’ailleurs les choses en grand : il voudrait que son offre se hisse « sur le podium des rites funéraires les plus choisis ». En France, il y a peu de chances…

 Y a de la joie !

Facebook, Twitter, Google… En fouillant, je tombe également sur le site d’u-Phoenix, un site de vente de produits funéraires et d’objets d’accessoires fabriqués, vois-je sur la homepage, par des “artistes internationaux”, dont asiatiques. C’est justement à plusieurs milliers de kilomètres de Paris, au cœur d’une série de temples hindouistes, au bord d’une rivière de la vallée de Katmandou, au Népal, que le fondateur Davy Mougin a eu le déclic, m’apprendra-t-il plus tard.

Celui-ci, lors de notre premier échange, plante le décor. Là-bas, des bûchers  sont disposés pour des crémations pratiquées au quotidien. « Le lieu est prisé tant par les touristes que par les locaux en quête d’un endroit calme pour laisser leurs pensées vagabonder », se souvient l’ex-professeur de mathématiques, âgé d’une quarantaine d’années et venu s’y ressourcer pendant deux mois.

Selon lui, nombreux sont ceux qui pénètrent ce genre de sites « comme on irait dans un parc municipal » car « l’ambiance n’est ni pesante, ni morbide ».

Davy Mougin se souvient avoir vu des « familles regroupées (qui) réalisaient elles-mêmes la crémation de leurs proches avec un naturel et une légèreté déconcertante pour un Occidental, sans attention cérémoniale ou larmoyante », confie-t-il, observant ainsi comment la notion de mort diverge selon les cultures.

Mort et philosophie

« En Occident, ajoute Davy Mougin, quelles que soient les croyances, la mort est la fin d’une étape qui ne se reproduira pas. Dans la culture bouddhiste et hindouiste, il ne s’agit que de la fin d’un cycle et du début d’un nouveau. » Il y a certes de la tristesse – « dire adieu au défunt l’est » – mais on y trouve également de la joie, puisque renaissance il y a. « Ce détachement du côté dramatique et immuable de la mort délaisse l’ambiance de sa connotation pesante et triste, telle que nous la connaissons chez nous. »

Il file en Chine, puis rentre en Europe, avec une idée en tête : développer une gamme de produits funéraires dédiés à la crémation, dans un esprit « léger et artistique ». Si les populations asiatiques sont « capables d’appréhender le thème de la mort avec autant de philosophie, pourquoi l’Europe n’y viendrait-elle pas ? », se demande Davy Mougin, avant de créer sa petite entreprise… en Espagne, là où l’ex-enseignant puis éducateur dans une maison familiale a suivi sa femme.

« Ce n’était pas un choix judicieux, sourit-il. Le marché, ici, est quasiment inexistant, le pays étant encore fortement encré dans la tradition catholique. » Et, en plus, il est seul. Seul pour s’occuper du site web multilingue, seul pour le référencement, pour gérer l’import-export et assurer le service après-vente. Il choisit, importe, distribue les produits d’entreprises, d’indépendants, de professionnels. Il va même jusqu’à réaliser conjointement avec une entreprise des urnes. Or, u-Phoenix, lancée il y a deux ans, s’est développée plus lentement que prévu.

Davy Mougin espérait « quatre ou cinq ventes mensuelles », mais il n’y en a eu aucune pendant de longs mois. Aujourd’hui, c’est trois, toutes les quatre semaines. « En France, je suis sûr que le chiffre d’affaires serait décuplé. » Notre pays est plus avancé ? « Oui, remarque-t-il, la France est beaucoup plus ouverte sur le choix de la crémation et entame un processus de diversification des produits funéraires, cherchant des alternatives aux entreprises classiques… autant qu’en Amérique du Nord depuis déjà 6 ou 7 ans. »

Comme l’essentiel de ses clients sont français, cela leur paraît plus compliqué et plus cher de commander en Espagne, relève l’auto-entrepreneur, qui envisage de rentrer en France, afin de poursuivre son activité dans son pays d’origine, m’apprend-il quelques mois après notre première entrevue… Je le devance et pars en région parisienne à la rencontre de la fondatrice d’une boutique en ligne de produits funéraires.

« Une extra-terrestre ! »

Pour ses dîners « entre copains », Sandra Piat reçoit en général dans le séjour, en proche banlieue parisienne, donc. Ses convives, me dit-elle, remarquent ses objets de décoration déposés ci et là. Ils observent de « jolies petites boîtes » de couleurs et de formes différentes. « Ah, c’est mignon, qu’est-ce que c’est ? »

La question revient systématiquement. Sandra Piat répond en leur parlant de l’origine des matières travaillées par des artisans d’art. Tantôt du verre soufflé, de la marqueterie, de la céramique, tantôt de la laque ainsi que de la laine tricotée, utiles pour la conception… d’ urnes funéraires. « Ce sont des… urnes ? » Stupéfaits, certains amis reculent d’un pas, avant d’essayer d’en savoir plus. « Au premier abord, ils se montrent choqués par ce que je fais », me glisse Sandra Piat, fondatrice d’Extra-Céleste, site de vente en ligne d’urnes funéraires artistiques.

« Quand je parle de mon métier, poursuit-elle devant un café, certains me lâchent un : “Ah, mais t’es une extra-terrestre, toi !” » D’où le titre de sa petite entreprise, Extra-Céleste ? La quadragénaire se met à rire : « Pourquoi pas ? » Après la blague, elle tente de comprendre : « La mort est taboue en France, elle fait peur. Du coup, on n’en parle pas. Les médias ne l’évoquent qu’à la Toussaint. »

Je sens poindre un zeste de reproche, d’agacement. Sandra Piat souhaite que les Français perçoivent la mort de manière moins négative. Pour elle, il ne s’agit que de rendre hommage à la personne disparue. Et ce, « en prenant le temps de le faire dignement, souligne-t-elle, et non au rabais ou rapidement afin de s’en débarrasser ».

En me présentant son métier, elle me montre la dernière page du catalogue de sa société sur laquelle est posée la question suivante : « Et si, finalement, il n’était question que d’amour ? » Puis, elle feuillette son fascicule. Sandra Piat arrive sur la page dédiée à des ‘cœur à cœur’ en porcelaine qu’elle a imaginés comme « complément symbolique de la collection d’urnes ».

À chaque achat, elle en offre deux, dans des pochons de soie. Qu’est-ce que cela représente ? Sandra Piat, pour y répondre, fouille dans sa mémoire et dans son sac pour m’en montrer un petit. Lors du décès de son père, elle en a conçu quelques-uns pour ses proches. « Nous avions tous déposé un cœur inscrit de notre nom dans le cercueil et chacun en garde un toujours un sur soi. » Ce qui permet, poursuit-elle, de « tisser comme un fil invisible et d’adoucir le manque ».

Soudain, je pense à l’entretien qu’elle a accordé, en 2011, à Psychologies.com que j’avais lu avant notre rencontre.  « Mon projet professionnel a perturbé mon entourage, avait-elle confié au site web. Ma démarche était-elle si morbide ? Cette éventualité m’a troublé. Je me doutais qu’il y avait un lien avec les décès brutaux que je vis depuis l’adolescence : neuf de mes proches ont disparu », avait ajouté Sandra Piat.

J’évoque ce passage, qui me permet de lui demander pourquoi elle travaille avec la mort. Tout de go, elle me raconte avoir été contrariée de la retranscription de la journaliste (décidément !) : « Je ne pense pas qu’il y ait un lien avec mon métier, ou alors c’est de l’ordre du psychosomatique… » Avant de poursuivre, nuançant, ainsi, son propos : « Peut-être un peu, qui sait… il fallait que ça sorte d’une façon ou d’une autre… », sourit-elle.

Et pourquoi les urnes ? Cette fois, l’ex-responsable d’une boutique d’art parisienne apporte un élément de réponse moins confus. C’est en écoutant « le chant des oiseaux » -non, ce n’est pas une blague- qu’est venue à cette architecte d’intérieur de formation l’idée de dessiner des… pierres tombales.

Why not ?  Elle commence à dessiner des croquis puis rencontre un directeur d’un groupe de pompes funèbres qui lui conseille de changer de voie et de s’orienter vers le marché des urnes. « « C’est l’avenir », m’avait-il soufflé de façon bienveillante. » Pas faux, vu la courbe des statistiques des crémations, en France (plus de 30% des obsèques). « Cela m’a fait « tilt » et  j’ai, tout de suite, pensé à mes artisans d’art qui exposait dans ma boutique. Je les ai appelés et tous m’ont suivi dans cette nouvelle aventure. »

Une aventure qui prend de l’ampleur cinq ans plus tard. Sandrine Piat évoque les nombreux messages de remerciement de ses clients particuliers, confortant ainsi sa démarche qui vise à compléter, insiste-t-elle avant la fin de notre rendez-vous, « les piètres offres du marché du funéraire ».

 Papi est dans le Ciel

Six Feet Under met en scène une famille de croque-morts aux États-Unis à la mort du patriarche. Ses deux fils reprennent le flambeau, ensemble. Au contraire de l’aîné, le plus jeune a de l’expérience, car son père a fait de lui son bras droit. Une société familiale sur le petit écran… comme beaucoup d’autres, dans la vraie vie, en France. « Les entreprises funéraires sont en majorité familiales, bien que cela commence à bouger, vu que OGF (le leader du marché funéraire, NDLR) a tendance à racheter de plus en plus d’entreprises », précise Lucas Moreau, jeune professionnel.

«On ne rentre pas dans ce milieu par vocation », ajoute l’homme âgé de 25 ans. Comprenez : on ne grandit pas avec cette idée en tête, mais pour suivre les traces d’un parent, par exemple. Sauf que cela ne s’est pas déroulé ainsi pour le Montpelliérain. Durant ses études, lui a commencé « un peu par hasard » à travailler en tant que livreur-porteur dans une entreprise de pompes funèbres « classique », une petite structure dans le Midi.

Il se fait ensuite embaucher dans une autre société en tant que conseiller funéraire, mais où il gère également le transfert du corps avant la mise en bière. Les années passent et les opportunités d’évolution s’envolent. « Il aurait fallu que je quitte ma région » pour passer à l’étape suivante. Alors, il décide, un beau jour, de lancer sa propre boîte avec le comparse qu’il a rencontré lors de sa première expérience. La promesse : « proposer un service qualitatif  et différent pour suivre l’évolution de la demande ».

Lucas Moreau se souvient encore avoir croisé des familles à la recherche d’une offre que son employeur ne pouvait lui vendre, des personnes souhaitant pour le défunt une cérémonie personnalisée, ou des produits biodégradables – que « certaines entreprises refusent, par principe ».

Aujourd’hui, outre les solutions classiques, Atome funéraire, du nom de la start-up, propose justement un cercueil… en carton, utilisé autant pour la crémation que pour l’inhumation. Ou, encore, pour rester dans la tendance “pro-écolo”, une urne permettant de planter une graine dessus – mais ce produit est « encore très peu vendu », confie le jeune homme, même si l’idée plaît beaucoup, lorsqu’on en parle ».

Néanmoins, son offre emblématique concerne un service unique en France : l’envoi des cendres… dans la stratosphère, à l’heure où les Français choisissent de plus en plus la crémation. À Montpellier, ville de leur agence, ils sont près de 50 % à privilégier cette voie – contre 30 % des Français.

Depuis le lancement il y a deux ans, Lucas Moreau et son associé reçoivent une commande par mois, environ. Et cela, par exemple, pour rendre hommage, glisse l’entrepreneur, à des « passionnés d’aviation ». Ou à des personnes accordant une signification symbolique au ciel : « D’ailleurs, c’est ce que nous disons, glisse Lucas : “papi – par exemple – est là-haut”. » Le but du jeu, après avoir reçu l’accord de l’aviation civile : envoyer en l’air un ballon gonflé à l’hélium… qui explose, avec l’urne, à une altitude de 33-35 kilomètres. Au gré du vent, les cendres retombent ensuite ici où là… / Philippe Lesaffre