Le Zéphyr a pris des nouvelles de deux Afghans que la rédaction avait interrogés. La situation, là-bas, plusieurs mois après la prise de pouvoir des talibans, à Kaboul, s’empire. Et « l’Occident ne s’en préoccupe plus ».

L’Occident « ne se préoccupe plus du tout de l’Afghanistan ». Nicolas Delhopital, le fondateur de l’association Famille France-Humanité joint par Le Zéphyr, cherche ses mots. La situation semble catastrophique dans le pays dirigé par les talibans depuis l’été dernier. « On me rapporte qu’ils enlèvent, frappent, lapident les habitants, notamment ceux qui ont pu collaborer avec les armées occidentales. Ils piquent les maisons, aussi, et ce afin de donner des logements à leurs combattants. Pire : on voit des morts dans la rue sur le trottoir, m’a-t-on dit, c’est horrible, c’est devenu très dangereux. »  Tant pour les personnes qui y vivent, et celles qui s’y cachent.


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« Hello, mister »

Parmi elles, il y a toujours Wasimullah*, ce père de famille que Le Zéphyr avait interrogé il y a quelques mois. Pour lui, la situation n’a pas évolué : elle reste problématique. Il est enfermé avec les siens, sa femme et ses enfants en bas âge, dans la peur et la crainte que les talibans les retrouvent. Il n’a toujours pas d’opportunité de quitter ce pays pour rejoindre la France, comme il l’espère depuis si longtemps. « Il a peur qu’on l’oublie » : parfois il envoie des « Hello, mister » sur Whatsapp à l’auteur de ces lignes. On ne l’oublie pas…

*Le prénom a été modifié

Malgré tout, il y a eu une bonne nouvelle, parmi les horreurs de ces derniers temps : son frère Fahimullah (idem, le prénom a été changé pour des raisons de sécurité) a réussi à rentrer en France. « Il a repris son travail dans le restaurant où il était l’an dernier », témoigne un proche. Ce garçon avait obtenu le statut de réfugié politique il y a plusieurs années, mais sa mère était tombée malade, et il avait dû demander à la préfecture le droit de rentrer pour l’emmener dans un hôpital. On lui avait autorisé à rejoindre son pays de naissance, il avait pu aider sa mère… Mais, entre temps, les talibans avaient pris Kaboul. Et il était resté coincé, alors qu’il avait bien sûr la possibilité de reprendre l’avion. Il avait un billet retour à sa disposition. Mais il a fini par trouver un moyen de repartir illégalement, en passant par le Pakistan. « C’est ultra-risqué », estime Nicolas Delhopital. Toujours est-il qu’il a pu retrouver la France… mais sans sa femme. Fahimullah, en Afghanistan, s’était marié, or, son épouse n’a pas fait le voyage avec lui. Elle a d’ailleurs accouché de leur premier enfant.

« La famine en Afghanistan »

Izhar, autre jeune homme que nous avions rencontré, est également séparé de sa famille et de sa femme. Il prévoit toujours de demander un regroupement familial pour que sa femme et sa fille le rejoignent enfin.

Lui et d’autres s’inquiètent de la situation économique de leur pays. « C’est la famine là-bas », se désole Nicolas Delhopital. Les Nations unies estime que l‘Afghanistan est une nation menacée par une catastrophe humanitaire depuis l’arrivée au pouvoir des talibans. Ils ont demandé, le 11 janvier, 5 milliards de dollars pour financer l’aide à ce pays et à ses 22 millions d’habitants. Or, la demande de fonds des Nations unies est restée sans réponse, écrit Le Monde. Terrible : sans cette somme, le sous-secrétaire général de l’ONU aux affaires humanitaires Martin Griffiths, pense qu’« il n’y aura pas d’avenir pour ce pays ».


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L’heure est grave, explique aussi Reporterre. Au-delà de la crise économique, il y a de mauvaises récoltes. Conséquence : plus de 60 % des Afghans vivent dans l’insécurité alimentaire, selon le Programme alimentaire mondial. D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 3 millions d’enfants afghans seraient atteints de malnutrition aiguë. Un rapport du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) indique que 97 % des Afghans pourraient sombrer dans la pauvreté d’ici mi-2022 si aucune mesure n’est prise. / Philippe Lesaffre