Dans les Pyrénées-Atlantiques, des lycéens s’activent pour inciter les mairies des environs à protéger des parcelles de forêt. Les jeunes, entourés de leurs enseignants Corinne Lamaille et Pierre Bourumeau, leur proposent de signer des obligations réelles environnementales (ORE). Une première a été signée en 2025 dans le Béarn avec l’association Animal Cross.

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Depuis longtemps, Corinne Lamaille a à cœur de parler de défense du vivant en classe. L’enseignante en sciences de la vie et de la Terre voit bien à quel point la crise de la biodiversité met les lycéens « en colère ». Selon elle, « les jeunes se sentent impuissants : on leur laisse une terre abîmée et ils ne savent pas comment s’y prendre pour faire évoluer les choses ». Alors, elle a cherché une solution pour leur permettre de « se mobiliser de manière concrète » en vue de préserver ce qui les entoure et que ces élèves parviennent à « se sentir utiles » chaque semaine.

Dans le détail, moins de 2 % du territoire métropolitain terrestre français bénéficie d’une protection « forte » (dans la mesure où il appartient à un parc national ou une réserve). Et encore, comme le rappelle l’association de protection de l’environnement Animal Cross, sur certains sites protégés, on peut pratiquer la chasse, typiquement.

En 2020, Corinne Lamaille, bénévole au sein de cette association, a créé un groupe « Libre évolution », afin de réunir des élèves de classes différentes du lycée Paul Rey à Nay, non loin de Pau, où elle enseigne. Chaque année vient qui veut. Dès le départ, la mission a été de chercher dans les environs des parcelles forestières disponibles afin de les protéger en empêchant sur place toute intervention ou gestion humaine. Il convient de laisser aux sites la liberté de s’épanouir librement et, ainsi, de « se développer selon leurs lois intimes », explique l’enseignante, en reprenant les mots de l’écrivain Baptiste Morizot.

Les premiers membres du groupe ont contacté des mairies autour de leur établissement afin de leur exposer leur plan et d’inviter les élus à leur céder des espaces. Cela prend du temps, une année scolaire ne suffit pas du tout. Pour l’heure, une première commune a accepté leur requête peu commune et sauté le pas dans le Béarn. Au cours de l’année 2025, la municipalité d’Igon a mis à disposition une parcelle d’un hectare et demi, qu’elle venait d’acquérir.

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La ruée vers l’ORE

L’association Animal Cross, dans laquelle milite Corinne Lamaille, a signé en compagnie de la commune une obligation réelle environnementale (ORE), la première au sein du département. Il s’agit d’un dispositif juridique (assez peu connu) lancé en 2016 et permettant à un propriétaire foncier – là en l’occurrence la municipalité – de protéger un terrain à long terme (lisez Le Zéphyr n°22 pour en savoir plus sur le concept).

Même en cas de rachat ou d’héritage, la zone demeure à préserver. Des actions de défense de la faune et de la flore peuvent ainsi être mises en place tout au long de la durée du contrat, soit 99 ans dans ce cas précis. Dans un premier temps, un diagnostic de la faune et de la flore a été réalisé sur place (par le naturaliste Pierre Boyer, rémunéré par Animal Cross).

Les résultats ont été partagés juste avant les fêtes de fin d’année 2025, en présence de l’enseignante Corinne Lamaille, accompagnée de Pierre Bourumeau, professeur de mathématiques (tout autant impliqué au sein du club), ainsi que de neuf élèves, membres ou anciens membres du « Libre évolution ». L’idée est aussi de suivre à long terme la présence de telle ou telle espèce, d’analyser l’impact de la non-gestion volontaire sur la biodiversité. « Un deuxième recensement sera programmé dans dix ans, et ainsi de suite », indique Dominique Souchier, administratrice de l’ONG.

La mairie ne dévoile pas l’emplacement exact pour ne pas attirer les curieux et pouvoir réellement sauvegarder le vivant sur place. Seules quatre visites par an pourront être organisées dans le secteur. Un espace désormais préservé pour de bon.

Sensibilisation

Mais les jeunes ne comptent pas s’arrêter de sitôt. Des ORE, ils en veulent d’autres. Grâce à l’action des lycéens qui ont contacté différentes communes depuis 2020, des échanges ont pu être entamés avec d’autres municipalités pour trouver de nouvelles parcelles forestières dans le coin (au passage, l’association Animal Cross a mis en ligne un kit pédagogique pour aider les uns et les autres à se mobiliser en vue de signer des ORE).

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Les élèves de ce lycée du Béarn, désormais ardents défenseurs de la libre évolution, ont trouvé un bon moyen de s’engager et souhaitent poursuivre leur effort. D’autant que cela leur permet de sensibiliser les jeunes et les moins jeunes. « On peut parler d’animaux à des enfants en maternelle », glisse, sourire aux lèvres, une lycéenne qui a intégré le groupe « libre évolution » il y a quelques mois. Elle et d’autres l’ont bien saisi : quand on aime, on a envie de protéger. / Philippe Lesaffre