Lydie Lescarmontier sensibilise enseignants et formateurs au dérèglement climatique. Glaciologue, autrice, elle sait mieux que quiconque que la banquise disparaît et impacte ainsi les espèces animales qui y vivent.

Cet article est un extrait du Zéphyr n°11 Sauver les animaux, ok. Mais pour quoi faire ?. Découvrez son sommaire, passez commande pour soutenir la rédaction. Lisez et offrez le magazine !

Dans La Voix des pôles, publié en 2021, Lydie Lescarmontier revient sur le début de son parcours de glaciologue, entre expéditions d’initiation et recherches sur le terrain en Antarctique. Elle y explique à quel point elle a été subjuguée par les espèces qu’elle a rencontrées au niveau des pôles, autant de manchots ou d’albatros menacés par la fonte des glaces.


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« Observer les animaux m’a changée »

Le Zéphyr : Vous avez croisé des manchots ou plusieurs espèces d’oiseaux durant vos expéditions… Racontez-nous !

Lydie Lescarmontier : On rencontre facilement les espèces dans les pôles, et elles sont les premières à être impactées par le dérèglement climatique. Je suis un peu naturaliste sur les bords, et cela m’intéresse beaucoup. Ainsi, en y allant, j’espérais aussi voir les animaux. Et les observer de près a changé ma façon d’appréhender la nature en général. On a cassé ce lien dans la société avec les animaux ; or, j’ai remarqué que toutes ces espèces que j’ai pu croiser étaient curieuses de notre présence. Elles nous observaient, nous les chercheurs, et cela nous a marqués. 

J’ai vu des scènes hallucinantes. J’étais sur un zodiac, et des baleines me frôlaient de leurs nageoires et sortaient l’œil pour voir qui on était. Elles nous protégeaient, quelque part, elles auraient pu nous renverser par inadvertance. J’ai vu cela plusieurs fois. Et, quand on était sur le bateau, on voyait des albatros nous suivre. Ils recherchaient le contact visuel. 

Lydie Lescarmontier

J’ai également fait des randonnées sur la banquise. On marchait pendant une heure, et on voyait toujours un manchot nous suivre. Tout ceci remet en question nos idées reçues: on fait partie d’un tout, et ce, au même niveau que les autres espèces. Alors que, dans nos sociétés, on est presque systématiquement vus comme des prédateurs, conséquence de la façon dont nous traitons notre faune sauvage.

« Les manchots nous assimilent à l’un des leurs, ils se rapprochent pour vérifier qui on est »

Comment expliquez-vous cette curiosité ?

Les biologistes m’ont rapporté que, comme on marche, et qu’on est debout, on est ce qui se rapproche le plus des manchots. Aussi, puisqu’ils nous assimilent à l’un des leurs, ils se rapprochent pour vérifier qui on est. Cela me paraît crédible. Les baleines, les orques, les phoques nous observaient aussi quand on ouvrait un passage dans la banquise. Cela fait partie de leur intelligence. Ce sont des prédateurs, et la curiosité est un atout nécessaire.

Qu’est-ce qui menace le plus les espèces dans les pôles ?

La disparition de la banquise et la modification de leur habitat. Toutes ces espèces, notamment en Antarctique, sont dépendantes du milieu marin. On les retrouve toutes sur les côtes, car elles se nourrissent, pour la plus grande partie, de krills. 

Elles sont impactées directement par la disparition de leur habitat, mais aussi par des changements qui sont liés directement aux océans. Les eaux se réchauffent, les échanges de nutriments se font moins bien, et il en va de même pour l’oxygénation des mers. Autant de facteurs impactant le développement du phytoplancton et donc du krill, espèce fixée sous la banquise. 

D’autres modifications sont également visibles, comme par exemple, en Arctique, la migration progressive d’espèces vers le nord, en raison du réchauffement climatique. Tous ces déséquilibres impactent les espèces présentes.


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Cette disparition est-elle inéluctable ou y a-t-il encore un espoir ?

Je l’espère. Ce qui est certain, c’est que la banquise est très impactée. Le problème, c’est aussi la vitesse de ces changements. Il y a déjà eu des changements de ce type pour le climat, et les ours, par exemple, ont pu s’adapter. Il y avait eu des périodes de glaciation et ainsi plus de banquises, laissant la possibilité aux ours bruns, les descendants des ours polaires, de se déplacer plus au nord, sur des zones de banquise côtières. Dans un temps long, ils ont pu se transformer. Or, les modifications du climat actuelles sont trop rapides pour que ces espèces puissent s’adapter. / Propos recueillis par Philippe Lesaffre

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