L’écologue Philippe Grandcolas a publié un court essai pour débusquer les fausses informations ayant circulé durant le débat sur la Loi Duplomb. Le chercheur vise à partager les connaissances scientifiques au plus grand nombre au sujet de l’exposition aux nombreux pesticides utilisés par la filière agricole.
En 2025, plus de deux millions de personnes ont signé une pétition visant à s’opposer à la Loi Duplomb. Le texte voté à l’Assemblée nationale en juillet 2025 visait en particulier à réautoriser sous certaines conditions des néonicotinoïdes, des substances dangereuses pour la santé, notamment l’acétamipride, sous prétexte qu’elles visent à aider des agriculteurs en cas de « menaces graves compromettant la production » de noisettes ou encore de betteraves. Le Conseil constitutionnel a censuré en août 2025 une partie des mesures prônées par l’élu de Haute-Loire Laurent Duplomb, dont le retour des néonicotinoïdes.
Pour autant, le parlementaire n’a pas abandonné son projet et veut toujours faire en sorte que des exploitants puissent utiliser les produits controversés. Des scientifiques français ont d’ailleurs pris la plume, dans la revue Science, pour inviter les parlementaires à légiférer en vue de sauvegarder les pollinisateurs.
Une loi pour une minorité d’exploitants

Dans ce contexte, l’écologue Philippe Grandcolas a publié en ce mois d’avril un petit livre afin de décortiquer les fausses informations ayant circulé pendant l’examen du texte. Cela lui tenait à cœur de rappeler que la Loi Duplomb vise à aider une minorité d’entreprises agricoles (jusqu’à 13 % des exploitations). Il en profite en outre pour prendre la défense des paysans. « Leur disparition et leurs souffrances, écrit-il, continuent à être orchestrées par les partisans de la Loi Duplomb, alors que leur survie est cruciale à notre société. »
Les effets cocktail
Dans le livre, le chercheur prend le temps de partager les connaissances scientifiques, notamment au sujet de la toxicité à long terme de ces pesticides. Il évoque leur “effet cocktail”, peu abordé dans les débats. De très nombreuses substances se retrouvent dans le milieu naturel, au détriment des humains (et donc des agriculteurs, premières victimes de l’exposition aux pesticides) et des non-humains. En particulier les pollinisateurs et les oiseaux qui en consomment.
Souvent, les fabricants des produits prétendent “cibler” des ensembles d’organismes vivants, par exemple des champignons ou des insectes. Mais, comme Philippe Grandcolas l’indique, “il y a toujours des effets hors-cible”…
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L’eau, un bien commun
Le chercheur se penche également sur les retenues d’eau ou les méga-bassines, considérées par certains acteurs comme une solution de bon sens. En l’occurrence, l’idée de stocker l’eau en hiver pour irriguer en été certaines cultures, gourmandes en eau. Or, il s’agit d’un bien commun, et choisir cette option conduit à priver un certain nombre de parties prenantes de cette ressource fondamentale. Et cela tend par ailleurs à altérer “le cycle naturel de l’eau”. Il l’assure, “cette eau n’aurait pas été perdue dans des masses océaniques, en arrivant à l’estuaire des rivières”. Elle aurait alimenté des zones humides, des sols, sachant que “les nappes et les rivières échangent des quantités d’eau considérables”. / Philippe Lesaffre
Loi Duplomb, le débat confisqué, de Philippe Grandcolas (éditions du faubourg, 2026)

