Maxime Pierron a étudié la vulnérabilité des primates brésiliens à la fièvre jaune. En particulier les tamarins-lions dorés dans l’État de Rio de Janeiro. « Cette maladie restera à l’avenir un important problème de santé, à la fois pour les humains et les primates », indique le docteur en écologie qui a reçu, en juin dernier, le premier prix du jeune chercheur du Jane Goodall Institute France, l’association de défense du vivant.

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Le Zéphyr a interrogé les trois lauréat·es du prix du jeune chercheur 2026 de l’association Jane Goodall Institute France. Vous lisez le premier épisode, avec l’entretien de Maxime Pierron.

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« Fasciné par les primates »

Le Zéphyr : Comment vous en êtes arrivé à étudier les primates brésiliens ? 

Maxime Pierron : Depuis tout petit, j’ai toujours été fasciné par la nature, et les primates en particulier m’ont toujours impressionné. Je m’en suis un peu éloigné pendant l’adolescence, avant de redécouvrir cette passion lors d’un stage de trois mois au Costa Rica dans le cadre de mon BTSA Gestion forestière. Dans ce pays où la conservation de la nature occupe une place centrale, j’ai réalisé que je voulais en faire mon métier. J’ai alors repris des études de biologie à l’université avec l’objectif de devenir primatologue.

Le parcours n’a pas été linéaire : je n’ai pas intégré le master que je visais, co-dirigé par Cédric Sueur. J’ai néanmoins eu la chance d’effectuer un stage de première année de master sous sa supervision et celle de Valéria Romano, sur la modélisation de la transmission des maladies dans un réseau social de chimpanzés. Cette première collaboration a été déterminante. Au cours de ce stage, Valéria m’a parlé d’un projet mené au Brésil sur les tamarins-lions dorés. L’idée de contribuer un jour à ce projet m’a immédiatement enthousiasmé.

Quelques mois plus tard, Cédric et Valéria m’ont proposé d’effectuer mon stage de deuxième année de master avec eux. Après quelques péripéties (je devais initialement partir au Japon, puis en Norvège), j’ai finalement rejoint ce projet pour étudier les risques de fièvre jaune chez les tamarins-lions dorés dans l’État de Rio de Janeiro. Une épidémie venait de décimer près d’un tiers de la seule population mondiale de cette espèce. Les résultats de ce stage étant prometteurs, nous avons décidé de poursuivre ces travaux dans le cadre d’une thèse de doctorat, en élargissant l’étude à plusieurs espèces de primates brésiliens afin de mieux comprendre leur vulnérabilité face à cette maladie.

L’évaluation de la vulnérabilité des primates brésiliens à la fièvre jaune

© Bérénice Ambielle

Qu’avez vous voulu étudier, et pourquoi ?

Ma thèse portait sur l’évaluation de la vulnérabilité des primates brésiliens à la fièvre jaune dans le contexte des changements globaux. La fièvre jaune est une maladie virale transmise par des moustiques. Au Brésil, elle circule dans les forêts tropicales et menace les primates non humains. Elle est originaire d’Afrique et a été importée relativement récemment à l’échelle de l’évolution dans les Amériques, avec la colonisation et la traite des esclaves. Par conséquent, les primates des Amériques sont bien plus susceptibles de tomber malade que les humains ou les autres primates d’Afrique.

Et malgré tous les efforts pour combattre cette maladie (comme l’existence d’un vaccin extrêmement efficace) qui ont porté leurs fruits durant le siècle dernier, il se trouve que les changements globaux ont permis à la fièvre jaune de réémerger sur le continent sud-américain depuis les années 2000. Et la série d’épidémies qui s’en est suivie culmina entre 2016-2019 avec la plus grosse épidémie de fièvre jaune de l’histoire documentée du Brésil, chez l’homme comme chez les primates non humains (notamment chez le tamarin-lion doré).

Aujourd’hui, la réémergence continue, les épidémies persistent dans le sud-est du pays, et il était donc finalement temps d’étudier les risques encourus par les primates brésiliens, pour pouvoir mieux les protéger des changements dont nous sommes responsables.

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« La fièvre jaune restera un important problème de santé dans le futur »

Qu’avez-vous su mettre en évidence ? Notamment sur la protection des primates à long terme ? 

À l’aide de modèles spatiaux projetant l’évolution future de la distribution des primates, des moustiques vecteurs et du risque de fièvre jaune au Brésil, j’ai mis en évidence une forte réduction potentielle des habitats de nombreuses espèces de primates ainsi qu’une réorganisation des moustiques vecteurs. Malgré une possible légère baisse du risque de fièvre jaune au niveau national, certaines régions comme l’Amazonie et la forêt atlantique resteraient fortement exposées. Ces deux régions constituent les principaux points chauds de diversité des primates en Amérique du Sud, et la forêt atlantique présente également la densité humaine la plus élevée du pays, avec des villes comme Rio de Janeiro et São Paulo.

Ainsi, dans le futur, la fièvre jaune restera un important problème de santé, à la fois pour les humains et les primates. Pour diminuer les risques, de nouvelles mesures sont requises, telles que des programmes éducatifs et des stratégies vaccinales durables. Cela pourrait même inclure, lorsque cela est justifié, la vaccination de certaines populations de primates non humains sauvages, par exemple si une espèce est déjà en danger d’extinction et est particulièrement susceptible à la maladie.

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« Dilemme entre restauration écologique et risque épidémique »

C’est justement le cas du tamarin-lion doré que j’ai étudié au niveau local pour déterminer des zones prioritaires pour leur vaccination. J’ai étudié la mortalité chez cette espèce durant l’épidémie historique de 2016-2019, et j’ai révélé que des forêts mieux connectées peuvent aussi favoriser la propagation du virus, soulignant un dilemme entre restauration écologique et risque épidémique.

Dans un monde où l’anthropisation et la fragmentation des habitats sont toujours grandissantes, et où plus de 75 % des maladies infectieuses émergentes sont des zoonoses, il est essentiel de combiner la restauration écologique à de la surveillance épidémiologique, et d’intégrer l’écologie des maladies aux plans de conservation. Mais avant tout, un développement humain plus durable et plus responsable est nécessaire pour préserver la santé humaine et la santé environnementale dans une perspective One Health.

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Comment avez-vous poursuivi vos recherches ? 

J’ai soutenu ma thèse, et dans l’immédiat mes activités de recherche se résument à la dissémination de mes travaux. Afin de garantir un impact au-delà du monde académique, je poursuis la diffusion de ces travaux à travers quatre publications dans des journaux internationaux à comité de lecture, ainsi que par un engagement direct auprès des acteurs brésiliens de la conservation et de la santé publique, notamment l’Association pour le tamarin lion doré (Associacão Mico-Leão Dourado), la Fiocruz (Fundação Oswaldo Cruz) et le ministère de la Santé. / Propos recueillis par Philippe Lesaffre

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