TRIBUNE – Le Zéphyr propose des cartes blanches aux citoyens qui se mobilisent au quotidien pour le vivant, des scientifiques qui parlent de leur recherche, des membres d’associations ou encore de fondations qui s’expriment sur leur engagement.
Il est temps de considérer les forêts non pas comme de simples successions d’arbres à exploiter mais comme un véritable écosystème forestier à défendre et à protéger. On peut tout à fait prélever du bois tout en respectant la biodiversité environnante. Tel est le message du fonds de dotation Forêts en vie, créé par le Réseau pour des alternatives forestières, qui nous a confié ce manifeste, au lendemain des trois canicules historiques que nous avons vécues en France.
La France a suffoqué. Des températures dépassant les 40 °C, des écoles qui ferment, des services d’urgence sous tension, des villes transformées en îlots de chaleur… Pendant ce temps, nos meilleurs alliés contre ces conditions extrêmes continuent de disparaître ou de s’affaiblir. Ces alliés, ce sont les forêts, ce sont les arbres.
Une forêt vivante rafraîchit naturellement l’air, fait circuler l’eau, protège les sols, nourrit une biodiversité exceptionnelle et stocke du carbone. Sous son couvert, la température peut être de plusieurs degrés inférieure à celle d’un espace ouvert. Ses arbres stockent l’eau dans les sols, créent de l’ombre, ralentissent les vents et maintiennent un véritable climat local. Autrement dit, les forêts rendent nos territoires plus habitables.
Des forêts en souffrance
Pourtant, au moment où nous avons le plus besoin d’elles, elles sont elles-mêmes en souffrance. Le changement climatique joue évidemment un rôle majeur : les sécheresses se multiplient, les incendies progressent, les parasites gagnent du terrain, certaines essences dépérissent.
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Mais raconter cette histoire sans parler de la manière dont nous gérons nos forêts serait incomplet. Car une forêt en bonne santé résiste mieux aux crises qu’une forêt fragilisée. Depuis des décennies, une partie de nos forêts est conduite selon des logiques essentiellement productivistes : plantations d’une seule essence, arbres du même âge, coupes rases, sols mis à nu, engins lourds, cycles de récolte de plus en plus courts. Ces pratiques ne concernent pas toutes les forêts françaises, mais elles existent et elles ont des conséquences.
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Une forêt uniforme ressemble à un champ d’arbres. Une forêt vivante est un écosystème. Dans une forêt diversifiée, les espèces se complètent, les arbres ne puisent pas tous les mêmes ressources aux mêmes moments, les champignons nourrissent les racines, les insectes régulent naturellement certains ravageurs, les vieux arbres transmettent leur résilience aux plus jeunes et le couvert forestier protège les sols de la chaleur. Cette diversité n’est pas un luxe. C’est ce qui permet aux forêts de tenir face aux bouleversements du climat.
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Des formes de gestion douce
Nous ne pouvons pas empêcher toutes les canicules, mais nous pouvons choisir de ne pas rendre nos forêts plus vulnérables qu’elles ne le sont déjà. Face à ces constats, le débat est souvent caricaturé, présentant deux options hiérarchisées : exploiter les forêts ou ne rien faire. Pourtant, la réalité est bien plus riche. La libre évolution est un formidable outil pour préserver la biodiversité et mieux comprendre le fonctionnement naturel des forêts. En parallèle, il existe aussi des formes de gestion qui travaillent avec les forêts plutôt que contre elles.
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Au sein du fonds de dotation Forêts en vie, nous nous inscrivons dans cette pratique, en proposant un autre rapport aux forêts : la création de communs forestiers gérés collectivement et localement.
Notre fonds de dotation citoyen, le premier dédié à la forêt en France, considère les écosystèmes forestiers dans leur ensemble et réconcilie préservation et gestion durable. Chaque forêt acquise par Forêts en vie est durablement préservée de la spéculation foncière et confiée à une association locale (via notre bail spécifique Forêts en vie) qui construit un projet de territoire associant habitant·es, professionnel·les de la forêt et du bois, collectivités et acteur·rices locaux (comme Le Lien, en forêt du Pic, dans le Puy-de-Dôme – voir la photo).
Soutien des entreprises forestières locales
25 % de la surface de nos forêts est laissée en libre évolution, afin de permettre le fonctionnement naturel des écosystèmes et de créer de véritables réservoirs de biodiversité. Le reste des surfaces sont gérées selon des principes de sylviculture douce, limitant les perturbations des sols, favorisant la diversité des essences d’arbres et renforçant la résilience des forêts face au changement climatique.
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Au-delà de la préservation des écosystèmes, les projets portés dans les forêts en vie contribuent au dynamisme des territoires ruraux. Ils soutiennent les entreprises forestières locales, encouragent les filières de proximité, favorisent une juste rémunération, créent des emplois non délocalisables et rendent les forêts accessibles à toutes et tous à travers des actions de sensibilisation, de découverte et de participation citoyenne (chantiers collectifs, …).
Des leviers de transition écologique et sociale
Ni forêt-usine, ni forêt-musée, les forêts en vie concilient ainsi la préservation d’écosystèmes riches en biodiversité et les activités humaines liées à la forêt. Notre volonté est de démontrer qu’il est possible de réconcilier durablement biodiversité, économie locale et engagement citoyen, et de faire des forêts des leviers de transition écologique et sociale.
Les forêts nous montrent depuis des millions d’années qu’un écosystème durable est précisément celui où tout fonctionne ensemble. Peut-être est-il temps que notre société s’en inspire. Ensemble, gardons nos forêts vivantes ! / L’équipe de Forêts en vie
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