TRIBUNE – Le Zéphyr propose des cartes blanches aux citoyens qui se mobilisent au quotidien pour le vivant, des scientifiques qui parlent de leur recherche, des membres d’associations, de fondations ou des artistes qui s’expriment sur leur engagement.

L’année 2026 a battu des records en matière de feux de forêt. Presque 100 000 hectares sont déjà partis en fumée, et le mois de juillet n’est pas terminé. Au moment où les flammes ravagent les écosystèmes, notamment en Gironde et en Dordogne, l’auteur et artiste Jean-Claude Nouard prend la plume, en colère : « On considère nos forêts comme de simples usines à fabriquer du bois et nos arbres comme de vulgaires planches à billets », écrit-il. Le Zéphyr publie le coup de gueule de ce « forestier résistant ».

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Tout d’abord, je voudrais apporter mon soutien sans réserve aux anonymes passés sous silence, qui œuvrent jour après jour au péril de leur vie, en combattant ces feux monstrueux que nous avons collectivement engendrés et qui n’ont malheureusement guère la possibilité de s’exprimer !

En ce vendredi 25 juillet, la Dordogne, comme beaucoup d’autres départements, je présume, se réveille sous un épais brouillard de cendres et de fumée, accompagné d’une odeur de mort, pour nous rappeler à toutes et tous, à travers ces méga-feux pour certains hors de contrôle, qui ont parcouru presque 100 000 hectares à travers l’Hexagone, notre responsabilité individuelle et/ou collective, concernant le changement ou le dérèglement climatique.

Des feux « exceptionnels »

Des phénomènes que certains ne manqueront pas de qualifier « d’exceptionnels », histoire de se déculpabiliser et de rester fidèle à l’adage selon lequel les responsables ne sont pas les coupables ! Des incendies qui brûlent des milliers, voire des millions d’êtres vivants parmi la faune et la flore et dont personne ne dit mot, ce qui nous éclaire sur le regard sélectif que portent nos élites sur le vivant !

Des phénomènes climatiques qui vont, sans aucun doute possible, se banaliser pour devenir la norme, car en réalité ils ne sont rien d’autre que la réponse d’une nature meurtrie, face aux agressions et aux comportements irraisonnés et irresponsables que nous lui infligeons, pour mener à bien une politique ultra libérale qui nous est dictée par le seul profit à court terme. Une idéologie qui ne voit dans la nature qu’une ressource minière et qui considère nos forêts comme de simples usines à fabriquer du bois et nos arbres comme de vulgaires planches à billets, occultant de fait leurs rôles environnementaux, sociaux et sociétaux. Ne perdons pas de vue que les eaux et les forêts sont nos deux compagnes de vie. Sans elles, que serions-nous ?

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Coupes à blanc

Les terres agricoles et les forêts, principales composantes de nos espaces naturels, sont les premières à faire les frais de nos mauvais choix politiques en matière d’aménagement du territoire et de gestion des espaces, car sous l’emprise des lobbies productivistes agricoles et forestiers, mais aussi des élus qui ont pris la compétence en matière d’urbanisme et d’aménagement !

Que penser de ces coupes à blanc réalisées dans des peuplements feuillus sinon qu’elles sont faites pour alimenter en matière première une filière bois-énergie, et qu’ensuite ces parcelles nues sont reboisées en monocultures résineuses ? Actuellement en Aquitaine plus de 80 % des reboisements subventionnés sont effectués en résineux et principalement en pins maritimes ! À qui le système profite-t-il ?

Constructions en milieu naturel

Que penser des services de l’État qui, dans certains départements comme la Dordogne, refusent catégoriquement d’abaisser le seuil d’autorisation des coupes de quatre à un hectare (notamment pour les peuplements de feuillus) alors que cela permettrait de mieux les réglementer et donc de mieux les gérer ? Le rôle de l’État, dans une démocratie, n’est-il pas de protéger les plus faibles ?

Que penser de cette volonté de construire en milieu naturel et notamment en forêt, au mépris des règles élémentaires de sécurité, comme l’obligation de débroussaillement, ou de la réglementation en matière de défrichement à l’instar de l’autorisation préalable obligatoire pour l’obtention des permis de construire ? Il ne suffit pas de les annoncer, encore faut-il les appliquer !

Lire aussi : Les feux de forêt ? Les manifestations de la nature en réaction à nos turpitudes

Au service de l’intérêt privé

Que penser des remembrements forestiers et des créations de réseaux DFCI (politique de défense de la forêt contre les incendies), présentés comme une avancée sécuritaire, quand on sait qu’en forêts privées, ils servent principalement les intérêts de la filière, en regroupant les parcelles, en ouvrant les massifs et en permettant une meilleure accessibilité aux engins au plus profond des bois ?

Autant d’exemples parmi tant d’autres qui montrent la complexité du problème et cette envie de dérèglementer ou de détricoter les acquis afin de satisfaire aux demandes d’une minorité au service de l’intérêt privé. Et ce, au détriment de l’intérêt général et du bien commun. Un lien de causalité selon lequel tout évènement a une origine et qui part du principe que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Une politique qui, à n’en pas douter, met gravement en péril l’humanité ! / Jean-Claude Nouard

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