« On néglige le milieu forestier et on ne prend pas en compte la biodiversité qui s’y trouve », regrette Nathalie Naulet, coordinatrice du fonds de dotation Forêts en vie.

2027 : on n’oublie pas la biodiversité – L’inaction climatique agace le climatologue Jean Jouzel. « Ma crainte, c’est qu’une fois que la campagne présidentielle commencera réellement, a-t-il indiqué au Monde, on aura oublié ce qui s’est passé durant l’été 2026. Les médias ont un rôle important à jouer, car les défis du réchauffement ne disparaissent pas après la chute des températures. »

Il en va de même pour les enjeux de biodiversité. Tout est lié, et on parle comme d’habitude très peu des questions liées au vivant. À quelques mois des échéances électorales importantes, Le Zéphyr a demandé aux militants naturalistes et aux associations de protection du vivant ce qui devrait être la priorité et ce que nous pourrions envisager pour ne plus zapper ce qui est essentiel.

Vous lisez le deuxième épisode de la série spéciale, avec ce témoignage de Nathalie Naulet, du fonds de dotation Forêts en vie.

je lis Le Zéphyr

Elle pense à l’été 2026 qu’on a vécu. Aux épisodes de canicule et de sécheresse à répétition. Aux terribles incendies qui ont ravagé des milliers et des milliers d’hectares en Gironde, dans les Landes ou encore dans le Var. « On va dans le mur, on le sait », souffle soudain Nathalie Naulet, un brin résignée.

« Ces dernières décennies, on a industrialisé et standardisé la forêt, juge la coordinatrice du fonds de dotation Forêts en vie. On a simplifié notre vision des écosystèmes forestiers  qu’on considère souvent comme de simples usines à produire du bois. » Selon elle, on réduit à tort les forêts aux arbres alors que ces derniers ne sont qu’une composante d’un ensemble bien plus complexe. C’est certes la composante la plus évidente. Mais ce n’est en revanche pas la seule, « et ce n’est pas ce qui permet de conserver des écosystèmes en bon état », estime-t-elle.

« L’écosystème forestier est négligé »

D’après Nathalie Naulet, on ne prend pas le bon chemin. « On observe certes un peu moins de coupes rases en forêts publiques qu’auparavant, mais on continue à ne pas prendre en compte la biodiversité de manière générale, étant donné que l’écosystème forestier reste négligé. »

Cela fait plusieurs décennies que les plantations monospécifiques de conifères tendent à remplacer les peuplements mélangés de feuillus, ici ou là. Par exemple, des douglas sélectionnés pour être exploités rapidement. « Seulement, on les coupe beaucoup trop jeunes, note-t-elle. Les acteurs disent que ces résineux arrivent à maturité à quarante ans. Mais ce n’est pas vrai, ils peuvent vivre plus de 500 ans dans leur milieu d’origine. »

Les acteurs ? Les coopératives forestières, telles que UniSylva, CFBL, Alliance forêts Bois – qui « désinforment les propriétaires forestiers privés » (la majorité d’entre eux possèdent en moyenne des parcelles de moins de 4 hectares). « On en est arrivés à faire circuler des arguments totalement faux pour pouvoir justifier des coupes rases au sein de leur parcelle. Notamment qu’il faut planter pour adapter les forêts au changement climatique. Mais qui est capable de dire quelles essences seront encore là dans 40 ans ? »

Autre argument « fallacieux« , d’après Nathalie Naulet : l’idée de raser une zone en vue de replanter et de… « capter le gaz à effet de serre ». Sauf que « plus de 60 % du carbone capté par une forêt est capturé dans le sol et non dans les arbres. Donc si on effectue une coupe à blanc, le sol se retrouve exposé à la lumière brutalement, puis s’assèche au grand dam des micro-organismes qui le composent. Et le carbone du sol se retrouve largué dans l’atmosphère. Sachant qu’en plus les jeunes plants capteront toujours beaucoup moins de CO2 que des arbres adultes ».

Ne ratez rien de l'actualité du Zéphyr

Récolter du bois et préserver le vivant

Mais alors qu’entreprendre ? « Du côté des acteurs forestiers qui prônent une gestion intensive, rétorque-t-elle, on entend souvent qu’il n’y a que deux modes de gestion, la gestion forestière dite “industrielle” (celle des coupes rases) et, à l’inverse, la libre évolution, qui, pour eux, va forcément conduire à une dégradation de la forêt. Or, il existe une bien plus grande diversité de modes de gestion possible de la forêt. »

Le fonds de dotation Forêts en vie – et plus largement le Réseau pour les alternatives forestières dont elle est membre – défend une troisième voie, quelque part au milieu : « On peut récolter du bois tout en sauvegardant les écosystèmes forestiers, typiquement en conservant des arbres-habitats et du bois mort au sol, en favorisant le mélange des essences d’arbres ou encore en respectant le sol – et en prenant soin des personnes qui s’en occupent. »

« Réfléchissons à notre usage du bois, ajoute Nathalie Naulet. Aujourd’hui, on exploite beaucoup de bois – parfois de qualité – pour le chauffage et la fabrication de cartons et de papiers d’emballage. C’est toute une filière qui est mise à mal. On voit disparaître des scieries locales qui n’arrivent plus à s’approvisionner en bois d’œuvre alors que du bois qui pourrait leur être utile part dans des usages de moindre qualité. » A ces acteurs aussi, il faut redonner de la place. / Philippe Lesaffre

Vous avez lu un article en accès libre

Vous pouvez lire gratuitement les contenus du site d'information pour vous informer sur l'actualité de la biodiversité.

Faites un don mensuel pour soutenir notre travail