Hamza et ses graines de champions

Les samedis matins, le club de boxe d’Argenteuil confie sa salle à l’association Educ pour Tous. En pleine expansion, celle-ci tente de remédier aux problèmes d’insertion de jeunes, à travers des activités sportives, mais aussi culturelles.



C’est à une séance de boxe que Hamza, ancien boxeur pro, nous a conviés. Les coups de 10 heures sont sur le point de sonner au complexe sportif Marcel Cerdan d’Argenteuil, dans le Val-d’Oise. Hamza ferme les portes de la salle de boxe. « On est très à cheval sur les retards », assure le sportif. Ce samedi, c’est un jour un peu spécial. C’est la remise des bulletins. Alors les gamins arrivent au compte-gouttes, même si une grosse majorité d’entre eux avaient déjà pointé avant la fermeture des portes. Le cours du jour est donné par l’association EDUC pour Tous. Présidée par Hamza, ancien boxeur professionnel, celle-ci intervient pour « répondre à des besoins en éducation qui ne sont pas comblés par les institutions ». Pour le moment, le gros des membres vient d’au-delà du périph’ francilien. « C’est par pur souci de logistique. On ne veut surtout pas être connoté « asso de quartier populaire », justifie le président. On travaille beaucoup sur les problèmes liés à l’incivilité, au comportement. »

Lire aussi : Bienvenue chez les zèbres : l’étonnant quotidien d’une famille de surdoués

Comme tous les autres, les retardataires viennent saluer leurs petits camarades. Timidement parfois. « Alors, tu regardes dans les yeux quand tu serres la main ? », demande Hamza, le sourire aux lèvres, à un ado. Au même moment, une mère pousse les portes de la salle avec trois marmots à ses basques. Elle demande à voir « Monsieur Hamza » pour inscrire ses fils. Pauline les mène à lui. Journaliste de profession, la jeune bénévole est engagée dans l’association depuis 6 mois, et y occupe le poste de secrétaire générale, et utilise ses talents au service de la communication d’EDUC Pour Tous. « On produit nos propres visuels et les enfants adorent s’amuser avec un appareil photo, confie-t-elle. La dernière fois, on les a emmenés au musée de la boxe, ils ont pris une tonne de clichés. »

Une seconde chance

Le temps d’évoquer cette anecdote, les trois enfants sont déjà inscrits. Hamza sort de la remise avec une feuille d’émargement. « Il faut que tout le monde la signe, c’est important pour suivre l’assiduité de nos adhérents. » Pendant les 15 minutes suivant la « fermeture des portes », l’équipe s’occupe de l’administratif, et informe les jeunes sur les prochaines activités. « On vous proposera d’aller à un gala de boxe professionnelle à la place de la sortie au Louvre qu’on a dû repousser faute de guide », annonce Hamza. « Ça a l’air de les motiver davantage », glisse Pauline.

Puis le cours commence. Il y a une vingtaine de gosses. « Ça commence à faire beaucoup », note Ryan, un prof de boxe. Ils écoutent Hamza leur rappeler l’état d’esprit de l’association : « Ici le mot d’ordre, c’est fraternité, on est tous frères. » Il explique ensuite le déroulement de la séance. « Aujourd’hui, on est sur une séance de sparring, explique-t-il. Ici, on ne cherche pas à créer de futurs compétiteurs, on n’est pas un club de la fédé. Mais ça ne nous empêche pas d’exiger un niveau technique tout aussi élevé, voire plus élevé que ce qui est demandé habituellement. » Pendant que les premiers exercices sont donnés, une mère pousse une nouvelle fois la porte de la salle pour y inscrire son marmot. Le petit Kelton n’a pas l’air stressé pour un sou.


Crochets, uppercuts, et bulletins scolaires

Hamza lui donne une petite tape dans le dos avant de demander à d’autres enfants de venir le prendre en charge. Les petits nouveaux ne mettent pas longtemps à s’intégrer. « Ces gens qui viennent inscrire leurs enfants comme ça, ils entendent souvent parler de nous par le programme de Réussite éducative. (Il s’agit d’un dispositif mis en place par l’État pour accompagner certains élèves « fragilisés » ou dits « à problèmes », ndlr) Ce sont des jeunes qui ont pu être exclus de leur établissement scolaire à cause de bagarres ou d’affaires de racket par exemple. »

jeunes qui font de la boxe à argenteuil

Après un échauffement complet, les petits se mettent à faire du shadow boxing, toujours sous les consignes de Ryan, accompagné de Laurence. La séance se passe dans la sueur et la bonne humeur. Supervisée par Ryan, une moitié s’exerce sur le sac, tandis que Laurence et Hamza s’occupent de ceux qui montent sur le ring. Pour cette séance un peu spéciale, l’équipe a tenu à faire les choses bien. Tabouret dans les deux coins, gourdes, soigneurs, et même vaseline à appliquer sur le visage, tout a été pensé pour que ces petits combats ressemblent à de grandes batailles.

De quoi motiver les jeunes boxeurs, pas toujours à l’aise sur le ring ! « On fait ça pour qu’ils apprennent à avoir confiance en eux », explique Hamza. D’ailleurs, en voilà un qui n’a pas l’air très décidé à se laisser aller, remarque-t-il l’ex-boxeur. Crispé et peu confiant au départ, il se découvre une âme de battant au fil des rounds. Il pourra remercier son partenaire, qui avait pour consigne de ne pas trop envoyer de coups.

Lire aussi : Gaëlle Hermet, la force tranquille du rugby français

A la fin de la séance, les jeunes viennent faire un point sur leurs bulletins. « Alors, il était comment ce trimestre ? Pas brillant ? », demande-t-il à un jeune qui fait la moue. « Ce point sur les bulletins, on le fait d’un commun accord entre l’adhérent et nous. » Ses dires sont confirmés par un regard approbateur du collégien. Après avoir fait un rapide tour des carnets de notes, Hamza est content de la séance. « Sur le ring, ils ont montré courage et détermination. En revanche, au niveau des notes, il y a encore du travail à faire », rigole-t-il. / Rémi Yang