Le « poète de proximité » Marien Guillé prend la plume. Laissez-vous surprendre par son récit de voyage, en France. Un voyage qui ne laisse pas indifférent.

Vous en êtes à l’épisode 12 (le dernier) : « Ma fenêtre n’a qu’une parole »

 

Depuis quatre ans, tous les gens qui me rencontraient me voyaient systématiquement avec un sac sur le dos. Je ne le quittais jamais. Je ne pouvais jamais m’en séparer, étant toujours en mouvement, toujours à devoir porter mes affaires d’un point à un autre, mes visites aux amis étant toujours « sur le chemin ». Quand j’arrivais chez quelqu’un, quand je voulais aller au ciné, quand je me rendais au théâtre, quand je retrouvais quelqu’un dans un bar, je devais me faufiler avec mon 40 L + et souvent expliquer aux agents de sécurité des lieux que oui, mais non, mais c’est parce que je débarque d’un train et qu’ensuite je ne dors pas chez moi.



J’étais devenu l’ennemi juré du plan Vigipirate. Pourtant, je n’ai jamais réussi à faire que Bernard Cazeneuve (à l’époque ministre de l’Intérieur) se déplace en personne, ni à me faire accueillir chez lui pour raison de sécurité nationale.

Depuis quatre ans, chaque ami que je visitais sur irruption ou bien que je croisais par hasard dans les rues d’une ville me trouvait sac sur le dos :

– « T’arrives où tu repars ?, demandaient-ils.
Entre les deux – un peu des deux, répondais-je, variant selon l’interlocuteur.
Ah, on est dans ta maison ; la dernière fois que je t’ai vu, tu l’avais sur le dos… Aujourd’hui, on rentre dedans, il y a du progrès… T’as fait du chemin », pouvais-je entendre.

Les joies d’une maison

C’est quelque part se sentir de trop dans le monde après trop de temps chez les gens sur la route. Le désir de retrouver un nid. De décaler sa présence qui un espace qui n’envahit personne. Un espace à soi. Désormais, je m’installe dans une vie qui ne sera plus coupée, qui ne sera plus entre deux voyages. Un bail. Des clés. Une colocataire. Des voisins. Une adresse. Un toit. Un logement. Un chez moi. Un port d’attache. Un espace privé. Un refuge. Un royaume.

Voir son nom sur la boîte aux lettres, sur la sonnette. Des fenêtres qui s’ouvrent sur une vue. Identique chaque jour. Même le dimanche… Après quatre années à trimballer mon corps et mes affaires d’un lieu à un autre, toujours sur le départ, à peine arrivé, jamais installé, je retrouve les joies d’avoir une maison. La clé dans la serrure, une porte s’ouvre, une page se tourne… Redevenir un locataire et signer pour une durée indéterminée. Un voyage sur place commence…

Se dire que posséder un toit, une porte, des volets, ce n’est pas pour s’enfermer, mais pour (mieux) s’ouvrir à tout l’espace du monde qui est dehors et qui n’est pas compris dans les 64 mètres carrés du logement. Et pour accueillir tous ceux qui en viennent. Les murs de ma maison ne sont pas les murs de mon monde. C’est un refuge, une oasis. Dehors, c’est un monde allié au mien, dans lequel je me fonds dès que je sors, d’où je m’échappe quand je rentre. Parfois, le soir, je laisse la porte légèrement entrouverte pour veiller le monde qui dort dans son lit de pénombre, aux draps froissés, comme un enfant dans une chambre trop grande pour lui, avec des rêves accrochés au plafond.

J’ai fait cette expérience, encore inédite dans mon existence, d’habiter un pays sans avoir d’adresse fixe, de quitter ma maison comme on enlève un vêtement : « se déshabiter ». « Déshabiter » le pays qui nous habite, où l’on naît, où l’on grandit, le quitter, revenir, le « déshabiter » pour mieux le redécouvrir avant de s’y réinstaller.

Mes souvenirs

Je pose mon sac dans l’immense pièce vide qui sera ma pièce à vivre, mon salon, mon living room. Les murs sont encore blancs, la lumière pénètre par les grandes baies vitrées qui m’offre un regard lointain sur la ville. Depuis ce promontoire, je peux non seulement observer la vue mais aussi mes souvenirs. Revenir dans toutes ces longitudes que j’ai traversées, rejoindre ces lointains plus loin que l’horizon qui m’ont accueilli un temps ces dernières années.

À chaque fois que j’arrive ou que je repars, il n’y a personne avec qui je dois discuter de : « Comment on fait pour les clés ? » Cela me manque, presque. Les clés, je les ais dans ma poche et c’est troublant les premiers jours. Cette ville est immense, elle s’étend de la mer à la colline, je la redécouvre comme si j’avais toujours été ici : je reprends les mêmes trains, je retrouve les mêmes personnes, je m’assieds au bord des mêmes fontaines, je me balade dans les mêmes rues. La lumière sur les murs est identique à celle de mes souvenirs. C’est chez moi. Ça a toujours été chez moi. Je n’y ai simplement pas eu d’adresse pendant un long moment pour le prouver.

Marcel, que je rencontre en marchant dans le quartier, me présente aux autres voisins de la rue : « Alors lui, il vient de s’installer ici… Il écrit des livres, il va voir les gens et ils leur racontent des histoires, si tu dis quelque chose, il va le mettre dans son livre. Tu racontes ce que tu veux, et après il le met dans le livre. »

T’es malade

L’errance ne peut se raconter vraiment, conserve toujours une part de secret. Une part des anges qui s’envole. Quand vous racontez vos aventures, pour les autres, il n’y a rien d’exceptionnel : ce sont des routes, des champs, des zones industrielles, des rando, des dangers, des galères pour trouver où dormir sans s’être organisé un minimum…
T’es jamais allé à l’hôtel ? Non mais franchement, t’as dormi chez des gens que tu connaissais pas ? T’es malade, le stop c’est pas dangereux ; tu sais jamais sur qui tu tombes… Oui, eux non plus, ils savent pas… Ils s’attendaient plutôt à tomber sur un clochard que sur un poète, non ?

Durant près de huit mois, je n’ai pas eu de maison. J’avais fait le choix de vivre sans adresse fixe, avec un sac sur le dos. Je ne dormais pas dans la rue, mais chez des amis ou des rencontres impromptues. Des séjours plus ou moins longs. Revenu d’un long voyage à l’Est du monde, au bout de l’hémisphère sud, je souhaitais redécouvrir l’hexagone comme un visiteur, un étranger, un errant, sans but précis, volontairement contraint par l’instabilité et la surprise, l’imprévu, redécouvrir la France comme une contrée exotique, sans port d’attache, dépouillé du confort et de l’habitude de pouvoir rentrer chez soi.

La suite du périple

J’avais décidé de poursuivre mon voyage à domicile. Pour ne pas achever l’aventure trop vite.
J’ai rencontré des milliers de visages, de vies, de lieux chargés. Des tas d’histoires qui méritent au moins autant de poèmes. Partout où j’allais j’étais le bienvenu, mais je ne pouvais pas m’y installer. On sait qu’on ne restera pas, mais on sait qu’on pourra revenir. Le temps est un réservoir de promesses et de retrouvailles.

Je séjournais souvent dans l’imminence de repartir, toujours sur le point de départ, un passage rapide, toujours prêt-à-partir, occupé au voyage à venir, souvent sur le feu du départ, imminent, dans la certitude de ne jamais rester, l’esprit toujours en partance, déjà affairé à la suite du périple avant même d’avoir posé armes et bagages. Il fallait sans cesse anticiper, organiser le départ, prévoir les trajets, les moyens de transport… Parfois difficile de se focaliser sur le présent et de se lancer à fond dans une activité pleine.

En ayant fait le choix de prolonger la précarité souvent inhérente au retour de voyage, je n’avais repris aucune activité professionnelle afin de me consacrer pleinement à la découverte de ce que la France avait à me faire découvrir, à l’écriture qui en découlerait, à la digestion de tout ce que le voyage dont je revenais m’avait fait dévorer, ingurgiter, absorber, engloutir comme paysages, rencontres, expériences, paysages, dépaysements, expériences, épreuves, tout ce qu’il m’avait fait vivre d’inconscience et de gourmandise, de sagesse et de silence. De contemplation et de coïncidences, d’épuisement, d’exaspération, d’humidité, de chaleur, de frayeur et de farniente, d’impatience et de nostalgie.

Aller vivre quelques temps comme un nomade dans mon propre pays. Redécouvrir la France comme une maison où j’ai habité mais qui ne serait plus la mienne.

Mes points de repère



N’ayant aucune contrainte, j’en avais mille. Je devais multiplier les choix pour ne sombre dans l’indécision qui aspire toute énergie lorsqu’on se perd, s’y plaît : comment choisir où aller ? Comment me déplacer, par où commencer, quoi ou qui privilégier ? Comment organiser mon temps pour profiter d’un endroit sans devenir une gêne pour mes hôtes ? Comment conserver spontanéité et efficacité, émerveillement et anticipation ? Comment rester les yeux ouverts ? Comment trouver ma place dans un pays que je n’avais jamais regardé comme étranger? Comment gérer le décalage, le déplacement de mes points de repères, mes balises ?

Puis arrive le moment où on décide de se perdre. De ne plus se rendre quelque part, mais d’aller n’importe où. Alors, on erre sur les chemins, on ne choisit plus les directions, on lève le pouce et on se laisse transporter là où les conducteurs se rendent. Ainsi, on arrive toujours au milieu de nulle part, et on décide de prendre un chemin, à pied, qui grimpe vers la forêt, ou qui traverse un champ, ou qui longue un ruisseau. On ne sait pas où on dormira le soir venu, mais on a un duvet sur le dos et comme dit Stevenson : dieu tient chambre ouverte.

On a toujours des livres également dans le sac et on lit beaucoup. Pour continuer à voyager quand les pieds sont à l’arrêt. Pour aller avec les yeux là où on ira jamais, là où nos pieds ne peuvent nous conduire, là où d’autres sont allés, sur des chemins qui maintenant sont enfouis par des tonnes de béton ou de goudron, ou qui n’ont existé que dans les rêves errants de vagabonds invétérés bourrés d’imagination et d’audace. On se laisse porter par les mots, et la nuit allume au ciel les lampes de chevet. Une chouette soliloque dans le lointain. On est presque demain.

Chevaliers du réel

Les points de chute étaient chez des amis qui, heureux de m’ouvrir leurs portes, laissaient entrer un peu d’exotisme contagieux. Ils étaient curieux d’entendre des récits de fuseaux horaires lointains, d’altitudes et de longitudes qu’ils ne pouvaient imaginer, mais se rendaient-ils compte que, de mon point de vue, l’exotisme et le dépaysement se trouvaient en eux, chez eux ?

Dans leurs gestes quotidiens, leur langue, que je retrouve comme la mienne, leur façon de regarder leurs enfants grandir, leur façon de faire la cuisine, de parler du travail, de s’habiller de moufles et de polaires pour marcher dans la neige, de déambuler sur les marchés… dans leur manière d’ignorer le temps qui passe et de passer le temps, de caresser leurs rêves, d’embrasser l’ami qui passe à l’improviste, de pique-niquer au bord de la rivière pour regarder le soleil couchant avant d’enfourcher un vélo pour aller chanter dans la chorale au bar du coin. J’étais comme un gosse qui suivait les aventures extraordinaires de super-héros du quotidien, de chercheurs de trésors ordinaires, de chevaliers du réel, d’aventuriers ordinaires chevauchant un quotidien extraordinaire.

J’étais heureux. La nostalgie de se tenir entre deux rives, l’équilibre passé/présent, l’impression de revenir d’un rêve, de n’être jamais parti, l’insouciance de vivre face à un horizon des jours dégagé et infini, tout était une joie.
Vivre une expérience vivante comme je n’en avais jamais vécu auparavant dans mon pays.
Oui, le dépaysement est plus fort lorsque c’est chez soi qu’on se retrouve avec des yeux écarquillés…

J’ai dormi sur des plages

J’ai voyagé, à pied, en train, en voiture, en stop. Des régions immenses, des kilomètres parcourus par centaines, des rencontres et des retrouvailles, des vies pleines d’histoires, immenses et minuscules, qui se cachent derrière des portes. Il faut toquer, ouvrir, entrer. S’asseoir. Et regarder. La vie fait le reste.

J’ai dormi au bord de lacs, sur des canapés, dans des jardins, des mobil-homes, des caves, sur des parkings, près de péages d’autoroute, dans des tentes, à la belle étoile, sur des vieux gréements, à l’avant de camions, chez des amis, chez des amis d’amis, chez des amis d’amis d’amis, chez de parfaits inconnus. J’ai dormi sur des oreillers de plume, sur des pantalons repliés, j’ai dormi sur des étages de nostalgie, sur des draps de fatigue essorée, sur des matelas de ravissement, j’ai dormi sur des plages, des bancs publics, au pied d’églises, sur des scènes de spectacles vides.

Je me suis toujours senti chez moi, sans jamais vraiment me sentir à la maison.

Faisant complètement le vide au-dedans de moi, m’éloignant de tous mes désirs et questions, pour n’être plus qu’un contemplateur du monde, emmené, guidé par la vie et les autres, vivre des moments simples sans savoir ce que je faisais là, sans connaître les protagonistes, vivant au rythme des familles m’accueillant chez elles, me levant pour les enfants, les retrouvant pour une promenade en ville après l’école, ne retrouvant qu’un court instant de solitude le soir, épuisé, mais debout.

Errant comme un sdf dans les rues d’une grande ville à la recherche d’un toit pour le soir, d’un ami à qui faire la surprise, à la recherche d’une terrasse, d’un thé à la menthe, mon sac sur le dos, d’un parc où faire une sieste, d’un endroit calme pour écrire, agité pour déclencher l’inspiration. Avec parfois le sentiment de n’avoir nulle part où aller, et le lendemain l’impression que le monde entier m’était ouvert !

Plus de places dans ses bagages

La sérénité, parfois lourde à obtenir, d’avoir laissé la vie œuvrer à ma place. Mais dans quel but ? Comment toutes ces péripéties hasardeuses peuvent-elles, mises les unes au bout des autres, donner un sens à ma vie, une direction à toutes les directions, une destination à laquelle tous les chemins de traverse et les détours me mèneraient sans prendre le soin de m’en avertir, de façon à ce que la surprise me fasse grandir, que je grandisse de mon étonnement. Si la vie est une surprise, alors pourquoi se contenter de ce que l’on sait ?
C’est ce qu’on ne sait pas encore qui importe. C’est seulement vers cela que le chemin doit mener. Ce que l’on sait déjà, on doit le laisser sur le bord, s’en délester. Surtout ne pas s’en alourdir mais au contraire s’en alléger afin d’avoir plus de place dans ses bagages pour tout ce qui reste encore à connaître, à apprendre, à éprouver.

J’avais réussi cet exploit inutile : inverser l’exotisme. Éprouver un dépaysement plus fort dans un champ d’herbes folles breton ou sur une colline du Lubéron qu’en haut d’une falaise des Catlins ou dans un Ryokan de Tokyo. L’exotisme avait changé de camp.

Je suis allé voir dans des pays lointains comme au plus près d’où je suis né. J’ai voyagé du bout du monde au fond du jardin. Puis j’ai commencé à rechercher un logement. En rentrant chez moi, saurais-je reconnaître la porte de ma propre maison ?

Annonce : si vous partez en Erasmus, en stage à l’étranger, faire une retraite de silence, une méditation dans les montagnes ou un voyage sur Mars, et que vous cherchez quelqu’un pour garder votre chambre, les chats ou les plantes, je suis votre homme !

Recoins inconnus

Après avoir vécu pendant trois ans chez les autres, être hébergé par des amis, des inconnus, des anciens profs, des veufs, des vendeurs de feu d’artifice, des banquiers, des ingénieurs, des couples franco-polonais ou gallo-kiwis, après avoir dormi dans des capsules japonaises, des chambres de domestiques à Singapour, des cases kanak sur les îles Loyauté, sur des terrasses, des plages, des collines, des lits de feuilles mortes, dans des vans australiens, des gares japonaises, derrière des chapelles provençales, dans des jardins, des refuges de montagne, des hameaux qu’on-ne-voit-même-pas-sur-la-carte, des maisons perdues dans des canyons ou des appartements au 30e étage d’un immeuble de verre.

Dans des guest houses tenues par des fermiers indiens, chez des chevriers du sud-ouest, des géomaticiens, des moines japonais, après avoir découvert des recoins inconnus du monde et de la France et avoir mangé à la table de tous ceux qui avaient une raison de m’accueillir, après avoir dormi à 327 adresses sur 331 lits dans plus de 18 pays différents, après plus de 1 300 jours passés dans les maisons des autres, j’aimerais avoir la mienne à moi.

Commence alors le cahier du sédentaire : chroniques du voyage sur place.
Chaque matin, je me lève et me tiens debout face à ma fenêtre. Mon regard plonge par la vitre. Ce que je vois me lave d’une nuit sans encombre, fait d’abeilles et de bruissement, de présence et de silence, de voix intérieures, d’ombre et de silhouette marchant à petit pas dans le vestibule. La rencontre avec le jour n’est pas encore évidente.
Lorsque j’ai ouvert les yeux, ma fenêtre était parole remplie de promesses. Promesses d’infini et de lumière, de dessins pliés sur les lèvres des vivants. Elle était promesse de source et d’écarquillement.
Lorsque je l’ouvre, c’est un déferlement de silence, avant le silence de dire. C’est contempler sans sommeil l’exacte présence d’être ici. La météo rougit sur les écrans de la fenêtre. Le panneau tremble au bout de la rue. Je ramasse l’extrême fièvre absente au bord de mes yeux. Et les feuilles mortes de mon consentement. Les paupières de mon silence se closent.
Je n’ai plus besoin d’être constamment plongé à l’intérieur du monde ; par ma fenêtre, c’est le monde qui me rentre dedans, dans les yeux, dans les veines.

Le jour caresse la colline

Je m’installe comme chaque matin face à la fenêtre. Prêt à écrire. Mes yeux au bord du monde. Le jour n’est pas encore levé mais ma fenêtre déjà a les yeux grands ouverts. Elle attend la lumière pour prendre parole. Par ma fenêtre, je n’aperçois pas seulement la plante et ses feuilles dansantes posées à gauche du rebord. Je n’aperçois pas seulement la silhouette plongeante du moineau posé là en repos en quête d’un chemin en connaissance de cause. J’aperçois aussi les mille formes et les mille visages de la lumière.

Hier déjà, et les jours précédents, ma fenêtre se tenait immobile face au paysage qui monte.
Patiemment, la nuit se retire. Le jour caresse la colline. Tout ce qui vit est dans l’expectative. Ma plume retient son souffle, prête à saisir le poème qui s’ouvrira devant ses yeux. Je vois poindre des éclats de lumière mais j’ignore encore si cela va durer. Le temps est long lorsqu’il s’agit de promesses.

Dans la ville se lève un paysage encore grisé des brumes du matin. Parole de sève et de rosée. Parole d’infini et d’éphémère. Fugace éternité qui nous tient. Parole bruissante, parole saillante, parole fugitive qui s’enfuit par les chemins. Parole de matin plus clair que la veille.
Oui, chaque jour, le jour se lève. C’est ma fenêtre qui me le dit.
Ma fenêtre n’a qu’une parole. C’est elle qui me l’a dit. Elle ne raconte pas d’histoire.
Ce matin, encore, de toute sa transparence, elle m’a ouvert les yeux.
Elle a tenu parole de réveil transi dans l’écho de la présence, d’eau claire lampée au bord des lèvres du jour, d’horizon, de rêve et de murmure.
Parole tenue dans la lumière.

La porte est ouverte

*
Je reçois un coup de fil :
– « Salut Marien ça va ? Dis, je passe a Marseille là, deux jours, je ne sais pas où dormir…
– Viens, pas de souci. Chez moi, tu es chez toi. Il y a de la place. La porte est ouverte…
»

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