Il suffit parfois de quelques pas pour qu’une existence bascule. Celle de Kurt a été profondément marquée par un simple trajet de dix kilomètres entre Holländerstrasse, à l’Ouest, et le quartier de Lichtenberg, à l’Est. Dix kilomètres, autant de jalons plantés dans la trame de l’histoire de l’Allemagne coupée en deux…

Ce récit est extrait du Zéphyr n°8 (Hiver 2021), En route ! Les voyages qui nous transforment, loin des sentiers battusDécouvrez son sommaire, passez commande.

Ces dix tout petits kilomètres, je les ai parcourus à pied, lentement, d’un pas solennel”. Quand on demande à Kurt de raconter son histoire, il débute toujours par la fin. Comme si tout dépendait directement de ce moment où, enfin libre, il avait redécouvert un pan de son existence. 

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Né dans le Berlin des années 1940, entre le bruit des bottes et le fracas des bombes, il n’a jamais voulu partir de “sa” ville. Même pas lorsque le rideau de fer est tombé au beau milieu des paysages de son enfance et qu’il a fallu s’habituer au silence.

Rempart de barbelés

Je me souviens encore très clairement du jour où tout est arrivé. C’est drôle, n’est-ce-pas, de constater à quel point la mémoire peut s’accrocher à de menus détails pris au hasard, raconte-t-il. Je me souviens des murmures autour de moi, des regards inquiets, des larmes de mes cousins. Je me souviens aussi des allers-retours des troupes devant ce qui n’était encore qu’un rempart de barbelés et de parpaings disposés un peu partout.” 

En quelques heures, le week-end qu’il devait passer avec des proches s’était transformé en un exil interminable. Kurt devait passer quelques jours chez des cousins des quartiers Est, ces fameux quartiers sous contrôle soviétique. Beaucoup de rumeurs couraient alors quant à une décision majeure des autorités est-allemandes. Mais la famille de Kurt n’y prêtait pas attention.

Le piège se referme

Jusqu’en août 1961, les gens allaient et venaient sans trop s’inquiéter. Il leur suffisait d’emprunter le réseau ferré pour passer cette frontière plus ou moins évanescente entre la RDA et la RFA.

Au matin du dimanche 13 août 1961, le piège s’était refermé sur Kurt et sa famille. Alors que, la veille, tous pouvaient encore circuler et regagner l’ouest comme les milliers de Berlinois qui fuyaient les conditions de vie de l’Est, les badauds et les candidats au départ ont été accueillis par un dispositif inimaginable. / Jérémy Felkowski

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