Miss Beauté, envers et contre les diktats de la beauté

À Vesoul, un styliste de 23 ans a lancé Miss Beauté, un concours de charme un brin particulier. Toutes les femmes de 18 à 50 ans peuvent y candidater. Marina a fait partie des finalistes…



Vêtues d’une robe de mariée, elles ne passent pas inaperçues dans le centre-ville. Au nombre de trois, elles avancent lentement en suivant du regard le crépitement des flashs d’un photographe qui les mitraille et de certains passants venus les solliciter par curiosité. Amusée, une petite fille, accrochée à la main de sa mère, à deux pas, lance, le sourire aux lèvres : « Il y a des princesses dans la rue. »

Et, pour cause, elles portent, outre le costume de la nouvelle épouse, une écharpe de Miss et une couronne – en l’occurrence, afin de se promener dans les rues de Belfort, pour une marque de vêtements de mariage. Parmi elles, Marina, Miss Edelweiss 2014. Élue l’an passé par un comité situé en Haute-Saône, elle multiplie les déplacements. Quelques jours plus tôt, c’est à Vesoul, lieu du siège social de la structure, qu’elle a accordée son image devant un stand de prise de sang, alors vêtue de l’écharpe de son titre. Plus tard, elle a prévu de participer, sa fierté en bandoulière, à un défilé de mode à Lyon. Puis, en plein été, de se faire photographier en compagnie d’enfants malades… 

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Succès indéniable

Détail non négligeable : Marina a soufflé l’an dernier sa… 38e bougie et ne fait pas du 36. Cette mère de famille, animatrice petite enfance dans la vie, est lauréate d’un concours trimestriel de beauté national un brin atypique, puisque les critères de sélection consistent en… l’absence de critère. Car, oui, afin de postuler, il suffit d’être âgée de 18 à 50 ans. Point à la ligne. Pour une fois, pas de consigne sur la taille, encore moins sur la morphologie ou le poids. Tout cela, l’initiateur de Miss Beauté, Anthony de Azevedo, n’en a cure. « Chacune peut tenter sa chance devant un jury solidaire », glisse le vendeur de prêt-à-porter de 23 ans. Un peu de justice ne fait pas de mal, semble croire le jeune homme.

Une prise de position qui a, pour origine, une expérience. La sienne : en 2014, il termine… finaliste du concours de Mister Franche-Comté. Un succès indéniable, mais qui a failli ne pas exister… en raison de sa trop petite taille (1,71 mètre ) : il lui manquait en effet quatre centimètres pour pouvoir concourir ; or, il est parvenu à passer entre les mailles du filet par dérogation. En réalité, celui qui s’est également hissé sur la troisième marche du podium du concours Mister Téléthon 2014 assure n’accorder que peu d’importance à la plastique. Anthony de Azevedo examine plutôt, pour son concours le charme, l’élégance, ainsi que « la capacité de réflexion, de jugeote » de la candidate.



Culture générale au programme

Ainsi, Marina n’a pas défilé avant de gagner son titre. Non, elle a dû envoyer une lettre de motivation exposant ses ambitions, accompagnée d’une photo d’elle. « Je suis presque passée à côté », confie celle qui a écrit seulement quatre lignes pour présenter sa démarche. « Je n’avais pas saisi le principe », sourit-elle. Puis, elle a passé un… test de culture générale. « On y trouve des questions de mathématiques, de sport, ainsi que sur la mode », explique Anthony de Azevedo.

D’après Miss Edelweiss, le questionnaire est tout, sauf simple. « On demande par exemple ce qu’est un styletto », se souvient-elle. Toujours pas de mouvement de hanches devant un jury, puisque c’est le comportement, l’engagement et l’attitude de la postulante – notamment, sur Facebook – qui sont jugés, au final. Et c’est ce qui l’a sauvé et envoyé au sommet : « Je pose beaucoup de questions », glisse Marina en souriant, avant de reconnaître avoir évité l’étape de l’entretien.

Anthony de Azevedo, qui cherche des « candidates humbles, avenantes, souriantes, généreuses », demande généralement aux filles quelles sont leur devise, leurs valeurs, comment elles définissent la beauté. « Cela va coincer si elles me répondent que la féminité c’est « prendre soin de moi« . » Le comité a été lancé en 2014 par Anthony de Azevedo. L’idée : élire plusieurs miss à l’année (tous les trois mois) devant un jury composé de stylistes, de commerçants, de maquilleuses. Les filles portent des noms de fleurs : miss Orchidée, miss Lilas, miss Camélia ou miss Edelweiss.

miss beauté nationale

Les candidates du concours miss beauté 2018

« C’est thérapeutique »

Certaines, souffle-t-il, réplique qu’il s’agit de « bien marcher, bien s’habiller ». Mais, encore une fois, il tourne la tête : « On peut être sexy et en pyjama. » Alors, la beauté en tant que tel lui est égale ? « Toutes les femmes sont belles. Je vais regarder l’ensemble du corps, pas un détail, insiste-t-il. Et puis, c’est tellement subjectif : on n’est beau qu’aux yeux des autres », répond le styliste, en mode philosophe ou poète. Et de considérer, tout à fait sérieusement, qu’« on ne peut pas plaire à tout le monde et que tout le monde ne peut pas nous plaire ». À quoi bon, un concours de beauté, alors ? « Il s’agit de donner du plaisir aux gens, d’apporter du rêve, un sourire, ainsi que du bonheur », réplique le garçon, ajoutant :

« Les personnes sont toujours émerveillées lorsqu’elles voient une miss ; il n’y a qu’à regarder lors des manifestions la réaction du public. » De la joie, et un peu de solidarité, aussi, pour les filles, censées s’engager auprès d’associations. En somme, celle qui écrira, dans sa lettre de motivation, qu’elle cherche à apporter un sourire aura tout gagné, ou presque. C’est cul-cul la praline ? Anthony de Azevedo répond négativement. « Mais on me l’a fait, ce reproche… », admet-il volontiers.

Celui-ci défend avant tout l’idée d’offrir « une seconde chance » à des filles qu’on avait (un peu) rejeté, à qui on avait dit « non » une première fois. à l’instar des photographes Claudia Rosteing et Stefan Rappo que nous avons suivi, il semble croire que chacun doit pouvoir suivre son interprétation personnelle de l’esthétique. Vingt ans auparavant, Miss Edelweiss, par exemple, avait échoué « plusieurs fois » au concours – plus classique – de Miss France de sa région.

Mais on ne peut pas le passer ad vitam aeternam, surtout pas quand une fille devient mère. Pas de bol pour Marina, amatrice de concours de beauté, qui a eu un enfant assez jeune. Du coup, quand elle a découvert, il y a peu, le concours Miss Curvy (pour celles qui ont des formes), en Franche-Comté, elle n’a pas hésité. Tant mieux puisque, cette fois, elle a été désignée 3e dauphine. Mais cela n’a pas duré, car elle a rapidement démissionné, compte tenu de l’ambiance qui ne lui plaisait pas.

« Il y a eu des histoires », admet Laura Richetti, arrivée en tête de ce concours régional et devenue Miss Curvy Franche-Comté. Au passage, bien qu’élue ensuite au niveau national, celle-ci a d’ailleurs été destituée, puis remplacée. Marina, après ce revers, a, elle, finalement trouvé sa place en remportant le concours de charme d’Anthony de Azevedo, qui lui convient.

Jouer à la Miss beauté est presque « thérapeutique », précise-t-elle, en souriant : « Cela vous met en valeur, quand on vous regarde. » Avant d’ajouter : « Les filles ont toutes un problème de confiance en soi et nous prendre en photo en robe aide… ». Ce que confirme Laura Richetti. Ne voudrait-elle pas concourir à son tour? « Je n’ai pas le temps, hélas… » / Philippe Lesaffre.