« On ne peut pas comprendre la santé d’un animal sans prendre en compte son environnement. » L’écotoxicologue Léa Bariod étudie les impacts des contaminants issus des activités humaines, comme les pesticides ou les métaux, sur la santé de la faune sauvage. Elle a obtenu, en juin dernier, le deuxième prix du jeune chercheur du Jane Goodall Institute France, l’association de défense du vivant.

Le Zéphyr a interrogé les trois lauréat·es du prix du jeune chercheur 2026 du Jane Goodall Institute France. Vous lisez le deuxième épisode, avec l’entretien de Léa Bariod.

Premier épisode : Maxime Pierron

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« Comprendre ce que les animaux sauvages subissent, c’est mieux comprendre l’état de notre environnement et les moyens de le préserver »

Le Zéphyr : Comment vous en êtes arrivée à mener des recherches en écotoxicologie de la faune sauvage ? 

Léa Bariod : Depuis toujours, je suis fascinée par les animaux et la nature. Très vite, j’ai compris que je voulais mieux les comprendre et, surtout, contribuer à leur protection. C’est cette passion qui m’a naturellement conduite vers des études de biologie et d’écologie, puis vers une thèse consacrée à la santé de la faune sauvage. En poursuivant mes recherches, j’ai réalisé qu’on ne pouvait pas comprendre la santé d’un animal sans prendre en compte son environnement.

Les pollutions chimiques font aujourd’hui partie de cet environnement. Je me suis donc spécialisée en écotoxicologie au cours de mes post-doctorats pour comprendre comment les contaminants issus des activités humaines, comme les pesticides ou les métaux, influencent la santé de la faune sauvage. Les animaux sauvages sont de véritables sentinelles de nos écosystèmes : comprendre ce qu’ils subissent, c’est aussi mieux comprendre l’état de notre environnement et les moyens de le préserver.

« Dans la nature, les animaux ne sont jamais exposés à un seul contaminant »

Qu’avez-vous voulu étudier dans le détail, et pourquoi ?

Dans la nature, les animaux ne sont jamais exposés à un seul contaminant. Ils vivent au contraire dans un environnement où se mélangent métaux, pesticides et de nombreuses autres substances. Les effets délétères de nombreux contaminants sur la santé sont aujourd’hui bien documentés. En revanche, leurs effets combinés, qui correspondent pourtant aux conditions réelles d’exposition, restent encore largement méconnus. J’ai ainsi orienté mes recherches vers l’étude de ces co-expositions, avec l’objectif de mieux comprendre leurs conséquences sur la santé des vertébrés sauvages, en m’appuyant sur différents modèles d’étude, notamment les oiseaux et les mammifères sauvages.

J’étudie la manière dont ces mélanges de contaminants circulent dans les écosystèmes, s’accumulent chez les animaux, notamment via leur alimentation, et perturbent leur physiologie, leur système immunitaire ou encore leur microbiote intestinal. L’objectif est d’obtenir une vision plus réaliste de ce qui se passe réellement dans les milieux naturels.

« Les animaux sauvages sont largement exposés à des mélanges de contaminants en conditions naturelles »

Que mettez-vous en évidence via vos recherches ? 

Mes recherches mettent en évidence que les animaux sauvages sont largement exposés à des mélanges de contaminants en conditions naturelles. Chez le busard cendré et la perdrix grise, par exemple, nous avons montré que tous les individus étudiés présentaient au moins un pesticide dans le sang, le plus souvent plusieurs simultanément. Nous avons également détecté des substances pourtant interdites d’utilisation, révélant la persistance de certaines molécules dans l’environnement ou des expositions sur les voies migratoires. Nos travaux montrent aussi que ces profils de contamination sont associés à des modifications physiologiques, notamment du microbiote intestinal, qui joue un rôle essentiel dans la digestion, le fonctionnement du système immunitaire et, plus largement, dans la santé des animaux.

Ces réponses varient toutefois selon les espèces, mais aussi selon les caractéristiques propres à chaque individu, comme son sexe, sa condition corporelle ou son régime alimentaire. Ces résultats montrent que la santé de la faune sauvage résulte d’interactions complexes entre les contaminants, les caractéristiques des individus et leur environnement, une approche qui guide aujourd’hui l’ensemble de mes recherches.

« Les pollutions ne sont pas qu’un sujet de laboratoire »

Le terrain apporte une autre dimension à ces travaux. J’ai pu constater le déclin préoccupant de certaines espèces, comme le busard cendré, avec parfois très peu de jeunes à l’envol comparé aux années précédentes. J’ai également observé les transformations profondes des paysages sous l’effet des activités humaines, qu’il s’agisse de l’intensification agricole ou des traces laissées par d’anciens sites industriels, encore visibles aujourd’hui sur la végétation.

Ces observations rappellent que les pollutions ne sont pas qu’un sujet de laboratoire : elles s’inscrivent dans des écosystèmes réels, où elles interagissent avec de nombreux autres facteurs. C’est précisément cette complexité que j’essaie de mieux comprendre à travers mes recherches.

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« Mes recherches apportent des connaissances utiles pour mieux protéger la faune sauvage »

Qu’est-ce que ces connaissances peuvent apporter ?

Mieux connaître les effets des pollutions, c’est se donner les moyens d’agir. Mes recherches apportent des connaissances utiles pour mieux protéger la faune sauvage, restaurer les écosystèmes dégradés et améliorer l’évaluation des risques liés aux contaminants. Elles permettent aussi de développer des outils de biosurveillance, en utilisant les animaux comme sentinelles de l’état de notre environnement. Plus largement, elles s’inscrivent dans une approche « One Health », qui rappelle que la santé des animaux, des écosystèmes et des humains est profondément interconnectée.

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Un projet consacré au hérisson

Comment poursuivez-vous vos recherches ? 

Je poursuis actuellement mes recherches en tant que post-doctorante au laboratoire Chrono-environnement, dans le cadre d’un projet consacré à l’étude des conséquences de pollutions historiques en métaux sur un ancien site industriel du nord de la France. J’y étudie comment ces pollutions héritées du passé, combinées à des contaminants plus récents comme les pesticides, circulent dans les écosystèmes et influencent la santé des petits mammifères sauvages comme le mulot sylvestre.

Ces travaux visent notamment à mieux comprendre les transferts de contaminants dans les réseaux trophiques et à développer des outils permettant d’évaluer les risques environnementaux comme le projet SPACEMOD auquel je participe.

En parallèle, je démarre un nouveau projet en tant que coordinatrice scientifique d’une étude multicentrique consacrée au hérisson d’Europe. Ce projet, mené par l’association Chene (centre de sauvegarde de la faune sauvage), réunit des centres de soins, des vétérinaires et des chercheurs afin de mieux comprendre les liens entre l’exposition aux polluants et la santé de cette espèce protégée.

« Contribuer à la préservation du vivant »

À plus long terme, je souhaite poursuivre le développement de mes recherches en écotoxicologie des vertébrés terrestres, en cherchant à mieux comprendre les interactions entre les contaminants, le microbiote intestinal et la santé des animaux sauvages.

Mon ambition est de développer une approche toujours plus intégrative des effets des pollutions, afin de mieux comprendre leur impact sur le fonctionnement des écosystèmes et de contribuer à leur préservation. / Propos recueillis par Philippe Lesaffre

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