Le Poids du vivant, fonds de dotation lancé en 2021, invite les organisations à soutenir financièrement les associations de défense du vivant, qui en ont besoin. Or, de façon générale, son directeur Laurent Théophile pousse les entreprises à « mettre en place de réelles actions en faveur de la biodiversité ».
Le Zéphyr : On parle peu de biodiversité ces temps-ci… Y compris dans le monde des affaires ?
Laurent Théophile : Le sujet de la biodiversité n’est malheureusement pas une priorité pour les entreprises, qui ne comprennent pas suffisamment le lien entre économie et vivant. De nombreuses instances appellent pourtant à une action rapide et pérenne du côté des organisations, comme la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques, le World Economic Forum et même le Medef… Elles proposent des pistes d’actions, à l’instar du mécénat environnemental…
Dans ce contexte, notre rôle, via le Poids du vivant, est de sensibiliser les entreprises sur la nécessité de se saisir de ce sujet et de soutenir vraiment les associations de défense du vivant, grâce au mécénat justement.
« S’interroger sur ses propres dépendances »
Comment tentez-vous d’y parvenir ? Quel message cherchez-vous à faire passer ?
Toute entreprise peut (et devrait) aujourd’hui mettre en place des actions en faveur de la biodiversité à trois niveaux. Premièrement, il convient de comprendre et de s’interroger sur ses propres dépendances (ressources, énergie…). Ensuite, il est possible d’agir, par exemple en accueillant la biodiversité au sein de ses locaux ou en sensibilisant ses équipes à travers des actions collectives. Enfin, et surtout, les acteurs peuvent rencontrer des acteurs environnementaux et engager leur organisation financièrement à travers le mécénat. Il s’agit d’une preuve tangible d’un engagement concret.
Vous mettez donc en lien des organisations et des associations de défense du vivant…
Tout à fait. Pour arriver à se mobiliser, les sociétés peuvent s’appuyer sur des ONG reconnues et expertes dans leurs domaines. Par exemple, nous mettons en relation des entreprises du secteur de la construction avec des associations qui défendent une gestion durable des forêts et respectueuse des écosystèmes naturels – à l’instar de Canopée – Forêts vivantes ou de Pro Silva.
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Cela pousse les entreprises à améliorer leurs pratiques, à faire attention aux ressources qu’elles utilisent et contribue également à la sensibilisation de leurs équipes et ou de leur écosystème… Actuellement, nous référençons plus de 70 associations sur notre plateforme, mais beaucoup d’autres ont été identifiées et attendent de nous rejoindre.
Celles-ci ont d’ailleurs besoin d’aide…
En effet ! Dans un contexte économique et politique compliqués, les associations sont aujourd’hui doublement impactées. Les subventions et les soutiens financiers ont été grandement diminués et, pour les plus militantes d’entre elles qui assurent pourtant un plaidoyer indispensable, ce sont souvent des décisions politiques qui viennent supprimer des soutiens antérieurs.
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« De entreprises font des dons sans chercher à obtenir des contreparties »
De manière générale, les entreprises qui accompagnent les ONG ont-elles tendance à réclamer des contreparties ? Qu’est-ce qui est juste de demander ?
De nombreuses sociétés font des dons sans chercher à obtenir des contreparties. Mais il arrive que certaines mélangent peut-être mécénat et sponsoring et demandent typiquement des contreparties en matière de communication. D’autres aimeraient que les ONG organisent des sorties, des conférences – ce qui demande beaucoup de travail et n’a pas forcément lieu d’être… Notre rôle consiste aussi à accompagner les acteurs volontaires pour rester dans les clous de ce qu’autorise le mécénat.
Quand les conditions sont réunies, j’invite les associations soutenues à intervenir au sein des locaux des entreprises. Peut-être rencontreront-elles de futurs adhérents. Cela peut intéresser certains salariés de s’engager à titre personnel… Et s’assurer d’une bonne mise en lien permet également d’inscrire un soutien dans la durée.
Comment les dons ont-ils évolué ces derniers temps ?
Aujourd’hui, le constat est mitigé. Les dons en faveur de l’environnement avaient progressé ces dernières années. Mais en 2024, dans le contexte des Jeux olympiques de Paris, de nombreuses associations sportives ont reçu plus de dons qu’à l’accoutumée, contrairement aux associations de protection de l’environnement, qui ont hélas vu leurs dons chuter. Depuis, dans le contexte économique et politique global, cela n’a pas changé. La cause de l’environnement ne représente aujourd’hui que 7 % de la philanthropie en France.
Mais je reste optimiste, car le sujet de la biodiversité va devenir de plus en plus important, même si cela se fait par la force des choses. Pour rappel, le Forum économique mondial classe les risques environnementaux aux trois premières places des risques pour l’économie pour la décennie à venir.
Dans ce contexte compliqué, nous avons collecté environ 100 000 euros en 2025, grâce à 15 à 20 entreprises, dont un certain nombre d’indépendants. Et on va tout faire pour que les dons progressent en 2026…
« Se mobiliser est très concret »
Pourquoi les entreprises ont-elles justement intérêt à soutenir les associations ?
Se mobiliser est valorisant pour une organisation. Les actions peuvent être très concrètes, sur les sites des entreprises, avec des résultats visibles presque tout de suite. L’accueil de la biodiversité sur un site est un très bon moyen de mobiliser son entreprise, et les associations sont des experts du sujet. Je pense par exemple à l’association Arthropologia (qui intervient sur la défense des insectes).
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Comment s’assurer qu’il n’y ait pas de volonté de greenwashing derrière des dons ?
Le fonds de dotation ne se substitue pas à la charte éthique des associations. C’est l’association qui accepte, ou non, le don. En tout cas, l’intégralité de la somme est reversée à l’association, et c’est ce qui donne encore plus de force à notre action. Le Poids du vivant, fonds de dotation à but non lucratif lancé par l’entrepreneur Franck Couturieux, ne prend pas de commission et fonctionne grâce à ses fonds propres. / Propos recueillis par Philippe Lesaffre

