Pour son documentaire Les sentinelles de la Loire, Laure Bourru suit l’expédition des deux biologistes sur les rives de la Loire, depuis sa source au mont Gerbier-de-Jonc, en Ardèche, à son estuaire nazairien. En 2022, Julien Chapuis et Barbara Réthoré, en compagnie de la dessinatrice Aurélie Calmet, ont parcouru à pied et en canoë le plus long fleuve de France pour mener à bien diverses études et prélèvements environnementaux.

Documentaire disponible sur la plateforme de France Télévisions

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Le film s’attache à la Loire comme on suit un organisme vivant : avec ses courants, ses habitats, ses espèces, mais aussi ses atteintes, ses fragilités et les traces invisibles que l’activité humaine laisse derrière elle. Au cœur du film : l’exploration et le périple des biologistes Julien Chapuis et Barbara Réthoré, et leur enquête sur les microplastiques. Leur présence est évoquée comme une pollution diffuse, installée partout dans le fleuve, des eaux jusqu’ aux sédiments.

Lire Le Zéphyr : Rivières sauvages : les sentinelles

Au travers de son documentaire, Laure Bourru nous invite à changer de regard sur les fleuves qui irriguent tant de vie. Apprendre à lire un cours d’eau, c’est aussi apprendre à mesurer ce qui ne peut pas être vu. La Loire devient dès lors un terrain d’observation exemplaire, où la science révèle l’ampleur d’une contamination devenue ordinaire.

Mais le film ne se limite pas à la dénonciation du poison plastifié. Il explore aussi la richesse des populations vivant autour de celui-ci grâce à l’ADN environnemental, une méthode qui permet d’identifier les espèces à partir d’un prélèvement d’eau (voir aussi Le Zéphyr n°24 Rivières sauvages : les sentinelles). Ce dispositif donne au documentaire une allure d’enquête naturaliste, semblable aux méthodes de la police scientifique, appliquée à la biodiversité. Une manière de dire que le fleuve parle encore, à condition de savoir écouter ses traces.

La Loire et ses oiseaux

Cette écoute passe par les espèces elles-mêmes, et par les figures qui peuplent le documentaire : hirondelles, castors, guêpiers, et tant d’autres encore… Barbara Réthoré, également médiatrice scientifique, rappelle d’ailleurs que l’ « [on] ne [peut] pas voir le val d’Orléans sans les balbuzards » (Lire Le Zéphyr n°21 sur les réintroductions animales). Comme si certains paysages n’existaient pleinement qu’à travers les oiseaux qui les sillonnent. Leur présence devient un indice, une signature d’un paysage épanoui. « Leur cri est reconnaissable parmi tant d’autres, c’est toute la Loire qui change quand [les hirondelles] reviennent de leur migration », assure la scientifique.

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Le documentaire Les sentinelles de la Loire trouve ainsi son équilibre entre rigueur scientifique et attention poétique. Porté par une expédition de terrain, par des biologistes et par un regard dessiné, il donne à voir une Loire en mouvement, traversée de saisons, de migrations et de tensions. Julien Chapuis rappelle, au fond, une idée simple : « Mieux on connaît là où on habite, mieux on peut défendre les lieux qu’on habite. » Une devise qui résume autant une méthode de préservation qu’une philosophie de savoir-vivre au sein de la nature. / Jules Bento

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