Paul Ariès, 20 ans d’idées neuves

Extrait de la revue

Au cœur de ces 1 000 combats se trouve une certaine vision de l’écologie, qu’il définit comme “un autre rapport au monde, aux autres et à soi. L’écologie, c’est la vie bonne. C’est de passer d’une jouissance d’avoir, à une jouissance d’être”. Entretien avec un penseur du monde qui vient.

Ce politologue-sociologue-économiste est un touche-à-tout : il démarre une carrière universitaire qui sera émaillée de conflits éthiques avec sa hiérarchie, se lance dans la lutte contre les réseaux pédophiles et les dérives sectaires, puis théorise la malbouffe et la décroissance, tout en créant moult revues et journaux comme Sarkophage, ou Les Z’indigné(e)s, et en défendant la VIème République, les cultures populaires locales ou une civilisation de la gratuité.

Le Zéphyr : Vous avez lancé un appel pour “une civilisation de la gratuité”…

couverture zephyrmag écologie hiver 2019

Découvrez le n°2 de la revue du Zéphyr, dédiée aux défenseurs de la nature.

Paul Ariès : Oui, nous appelons à la gratuité de l’eau, de l’énergie, des transports en commun, des services culturels et funéraires. Notre objectif est de mettre la question de la gratuité au centre des prochaines élections municipales. Je suis convaincu que “seul le désir est révolutionnaire”, comme disait Gilles Deleuze.

Je vois bien mes étudiants, mes propres enfants, ils ne sont pas aussi heureux que ça. Il suffit de regarder la quantité de médicaments et de drogues consommées dans ce pays. Ce sont les symptômes d’un malaise profond. Il n’y a rien qui fait rêver la jeunesse aujourd’hui. Nous voulons leur redonner envie, notamment en multipliant les îlots de gratuité, pour qu’ils fassent ensuite des archipels et, pourquoi pas, des continents ! Notre projet est de rassembler l’ensemble des forces alternatives, aujourd’hui éparses, autour d’un projet commun : fonder une civilisation de la gratuité.

Mais comment convaincre les gens d’abandonner leur mode de vie ?

En leur proposant des alternatives. La solution, c’est de multiplier les “pas de côté”. Par exemple : on est nombreux en France à ne pas aimer la restauration rapide. Mais tant qu’on n’a rien d’autre à nous proposer de concurrentiel, les fast-foods seront toujours là ! Il faut multiplier les alternatives et, contrairement à ce qu’on croit, on a beaucoup perdu dans ce domaine ! Regardez les comités d’entreprise : jusque dans les années 80, on avait des productions autonomes et originales en matière de tourisme.

Désormais, tous les CE cherchent à proposer toujours plus loin pour toujours moins cher. Il faut se remettre à inventer des alternatives dans tous les domaines ! Ce que j’espère, c’est que toutes ces alternatives mises bout à bout constitueront une masse critique suffisante pour permettre une bascule. Et pour cela, il faut étendre la sphère de la gratuité.

C’est donc cela que vous appelez la décroissance ?

Oui. La décroissance n’est pas un appel à se serrer la ceinture un peu, beaucoup, passionnément ou à la folie ! C’est simplement la conviction qu’il va falloir passer de la jouissance d’avoir à la jouissance d’être. Mettre le lien social au cœur du système.

Mais n’y a-t-il pas un risque que l’économie de marché récupère tous ces “pas de côté” pour en faire de juteux business ?

Oui, on peut penser à UberPOP qui marchandise le covoiturage ! Nous sommes sur un chemin de crête… et il y a plus de risque que ce soit le modèle de société que je vomis qui s’impose !

Retrouvez l’intégralité de cette interview dans notre revue dédiée aux militants de l’écologie