Louise Robinet cherche à comprendre comment les babouins olives s’adaptent au sein des environnements modifiés par les humains. Il est essentiel de mieux connaître ces primates pour pouvoir les protéger. Ce qui permet aussi de « développer des stratégies favorisant une cohabitation durable entre les animaux sauvages et les humains », indique-t-elle.

La doctorante en éthologie et écologie comportementale au Laboratoire de psychologie sociale et cognitive (LAPSCO, à Clermont-Ferrand ) a été récompensée par le Jane Goodall Institute France en recevant, en juin dernier, le troisième prix du jeune chercheur, créé par l’association de défense du vivant.

Le Zéphyr a interrogé les trois lauréat·es du prix du jeune chercheur 2026 du Jane Goodall Institute France. Vous lisez le troisième épisode, avec l’entretien de Louise Robinet.

Premier épisode : Maxime Pierron

Deuxième épisode : Léa Bariod

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« Une grande capacité à exploiter des ressources variées »

Le Zéphyr : Comment en êtes-vous arrivée à mener des recherches sur les babouins olives, en vue d’étudier les capacités de flexibilité comportementale des primates non humains ?

Louise Robinet : C’est en rejoignant un projet de recherche déjà existant que j’ai découvert les babouins olives. Mais j’avais déjà travaillé sur des primates au Mexique où j’ai notamment pu observer des singes hurleurs confrontés à des modifications importantes de leur environnement, comme la présence de routes fragmentant leur habitat. Voir ces animaux devoir composer avec ce nouvel environnement m’a sensibilisée aux effets de l’anthropisation sur les primates non humains (PNH) et aux différentes stratégies qu’ils peuvent mettre en place pour y naviguer.

Les babouins olives constituent un modèle particulièrement intéressant pour étudier la flexibilité comportementale des PNH face à l’anthropisation. Cette espèce opportuniste, au régime alimentaire généraliste, possède une grande capacité à exploiter des ressources variées et à occuper des milieux très diversifiés, ce qui leur confère une certaine plasticité comportementale.

Cependant, cette flexibilité les place également parmi les primates les plus fréquemment impliqués dans des situations de conflit avec les humains en Afrique, notamment lorsqu’ils exploitent des ressources d’origine anthropique et multiplient les interactions avec les populations humaines.

Utilisation de l’espace

Qu’avez-vous voulu étudier, et pourquoi ?

Mon objectif est de comprendre comment différentes formes d’anthropisation, comme les routes, les zones agricoles ou encore les infrastructures touristiques, influencent le comportement des babouins. Je me suis notamment intéressée à leur utilisation de l’espace, à leurs activités quotidiennes, à leurs interactions sociales, à leurs interactions avec les humains, mais aussi à la perception que les populations locales ont de ces animaux. L’idée principale est de déterminer comment les babouins ajustent leur comportement face aux risques et aux opportunités créés par les activités humaines.

Par exemple, comment arbitrent-ils entre le risque d’une collision avec un véhicule et l’opportunité d’accéder à une ressource alimentaire anthropique (d’origine humaine) très riche (comme les bananes très sucrées) ? Quels compromis mettent-ils en place ? Et jusqu’où ces ajustements peuvent-ils leur permettre de vivre dans ce nouvel environnement et de l’exploiter quotidiennement ? Répondre à ces questions permet de mieux comprendre les mécanismes de la flexibilité comportementale, mais aussi d’en identifier les limites.

À plus long terme, ces connaissances sont essentielles pour mieux anticiper les réponses de la faune sauvage à l’anthropisation et développer des stratégies favorisant une cohabitation durable entre les humains et les animaux sauvages.

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« Les babouins font preuve d’une grande flexibilité comportementale »

Que mettez-vous en évidence grâce à vos recherches et à vos observations de terrain ?

Mes recherches montrent que les babouins font preuve d’une grande flexibilité comportementale en ajustant leur comportement à plusieurs échelles. À l’échelle spatiale, une troupe vivant aux abords d’une route privilégie les zones avec des ralentisseurs.

À l’échelle temporelle, nous avons montré que la troupe y restait plus longtemps dans la journée si plus d’individus étaient présents. L’utilisation de la route variait aussi selon les saisons. Pendant la saison sèche, les babouins concentraient davantage leur présence dans quelques secteurs de la route, où les opportunités d’obtenir de la nourriture anthropique étaient plus importantes. En revanche, pendant la saison humide, lorsque les ressources naturelles étaient plus abondantes, ils utilisaient la route de façon plus homogène et consacraient davantage de temps à la recherche de nourriture naturelle aux abords de la route.

Enfin, nous avons mis en évidence que tous les individus ne réagissent pas de la même manière. Certains exploitent beaucoup les ressources anthropiques, tandis que d’autres les évitent davantage. Ces profils comportementaux montrent que, même au sein d’un même groupe, les stratégies face à la route peuvent être très différentes. L’ensemble de ces résultats montre que les babouins ne se contentent pas de subir les changements liés aux activités humaines : ils ajustent en permanence leur comportement.

Toutefois, cette flexibilité n’est pas sans conséquences et peut les exposer davantage aux conflits avec les humains, aux collisions routières ou à une dépendance accrue aux ressources anthropiques. Nous poursuivons actuellement les analyses, notamment sur les interactions entre les humains et les babouins et sur la perception que les populations locales ont de ces animaux.

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Des connaissances pour « orienter les stratégies de conservation »

Qu’est-ce que ces connaissances peuvent apporter ?

Ces recherches contribuent à une meilleure compréhension de la manière dont les PNH modifient leur comportement face aux changements environnementaux provoqués par les activités humaines. Elles permettent d’identifier les mécanismes de flexibilité comportementale, mais aussi leurs limites, afin de déterminer dans quelles conditions les animaux peuvent composer avec des environnements de plus en plus anthropisés. Ces connaissances peuvent ensuite contribuer à orienter les stratégies de conservation et de gestion des interactions entre les humains et la faune sauvage.

En comprenant comment les animaux utilisent les espaces modifiés par l’humain, quelles opportunités ils exploitent et quels risques ils rencontrent, il devient possible d’alimenter une réflexion collective autour d’une cohabitation durable.

C’est également dans cette démarche que nous restituons nos résultats aux communautés locales. Lors de rencontres, nous présentons les principaux résultats de nos recherches, mais aussi les enseignements issus des entretiens réalisés auprès des populations locales. L’objectif est surtout de créer un espace d’échange où chacun peut partager sa perception de ces interactions et proposer des solutions adaptées à leur contexte.

Plus largement, mieux comprendre le comportement des animaux est une étape essentielle pour protéger la biodiversité. On ne peut proposer des solutions efficaces que si l’on comprend la manière dont les espèces perçoivent leur environnement, les choix qu’elles font et les contraintes auxquelles elles sont confrontées.

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Comment poursuivez-vous vos recherches ?

Je poursuis actuellement ces recherches en approfondissant notamment l’étude des interactions entre les humains et les babouins. Des analyses plus détaillées sont en cours à partir de données vidéo afin de mieux comprendre la nature de ces interactions, les comportements impliqués et les facteurs qui peuvent favoriser ou limiter les situations de contact entre les deux espèces.

Nous élargissons également notre approche en étudiant une autre troupe de babouins olives présente dans le même parc national, mais évoluant dans un contexte d’anthropisation différent, à proximité d’un centre touristique. Cette comparaison permettra de mieux comprendre comment le contexte humain influence les stratégies comportementales des babouins et dans quelle mesure certaines réponses observées sont spécifiques à un environnement particulier ou reflètent des tendances plus générales chez cette espèce. / Propos recueillis par Philippe Lesaffre

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