Psychanalyse croisée de Superman et Dark Vador

En 2011, le psy américain Eric Bui publie une analyse de la personnalité « borderline » d’Anakin Skywalker, alias Dark Vador. Et qu’en est-il de Superman ?



La vie est incertaine. Et malgré toute son assurance, l’Homme ne peut rien prévoir du cheminement de son existence. D’un claquement de doigts, il peut tomber dans le vide, se perdre au coin de la folie. Et c’est également vrai pour les sur-hommes. Deux d’entre eux, Anakin Skywalker et Clark Kent, ont basculé, sans s’en rendre compte, dans une démence des plus funestes. Six ans après la publication de ses travaux, Le Zéphyr est retourné voir l’homme qui a posé un diagnostic sur la personnalité du Jedi avec une question : et si Superman était, lui aussi, en train de passer du côté obscur de la Force ?

Des héros borderline

Loin d’être un simple coup de théâtre, les troubles de la personnalité sont des pathologies psychiatriques lourdes qui entraînent des souffrances et un handicap important dans la vie quotidienne de ceux qui en sont atteints. Eric Bui, psychiatre clinicien et chercheur à l’Université de Harvard aux Etats-Unis, s’est penché sur la question. En 2010, le praticien a entrepris d’établir le diagnostic de la personnalité d’un certain Anakin Skywalker. Au cœur de l’intrigue de la saga Star Wars, il est progressivement consumé par le côté obscur de la Force jusqu’à devenir Dark Vador.

« Si on regarde bien les films, on se rend compte qu’il remplit six critères indiquant une personnalité borderline. De manière répétée, on le voit adopter un comportement impulsif (au combat, lorsqu’il pilote). Il alterne aussi entre idéalisation et dévaluation de ses maîtres Jedi, passant de l’obéissance la plus absolue au mépris le plus profond. Anakin manifeste également une peur intense de perdre les personnes qu’il aime (sa mère, Padme). Il se sent persécuté et connaît de forts épisodes de dissociation. »

Ce dernier point étant notamment illustré par le massacre de la tribu Tuskan et des jeunes Padawans dans le sanctuaire de Coruscant, la capitale de la République Galactique. Pour Eric Bui, « une autre approche basée sur une perspective psychanalytique mettrait en relief des mécanismes de défense souvent retrouves chez les personnes souffrant de troubles de la personnalité borderline ». Cinéphile absolu, le clinicien pense également que Georges Lucas, l’auteur de la saga, s’est directement inspiré d’un ouvrage de Joseph Campbell intitulé « Le héros aux mille visages » pour construire les personnages et l’intrigue.SUPERMAN méchant

On a perdu Superman

Au travers de son nouveau Comics Injustice, Gods among us (Les dieux sont parmi nous), les auteurs de DC Comics dépeignent un monde radicalement différent des standards et des archétypes habituels. Deux visions de la justice, incarnées par Superman et Batman, s’affrontent dans une guerre sanglante. A l’origine de ce conflit, le Joker décide de s’en prendre au kryptonien en détruisant Metropolis et en assassinant Loïs Lane ainsi que l’enfant qu’elle porte en elle. Fou de rage, Superman supprime le nemesis de l’homme chauve-souris et bascule dans une folie meurtrière. Cinq ans d’affrontement qui virent les héros se liguer en deux camps mettent à bas la démocratie et placent l’humanité sous le joug d’un héros devenu démon. Aux sources de cette histoire, le parallèle entre Clark Kent et Anakin Skywalker est possible.



Les deux personnages sont liés par un profond sentiment d’abandon. L’un perd sa mère, morte en captivité, et sa femme en la tuant accidentellement. Le second voit sa bien-aimée périr sous les mains d’un psychopathe. L’exil intérieur qui caractérise les deux personnages les coupe littéralement de leur environnement immédiat. C’est donc en développant leur propre système moral qu’ils avancent dans un monde inconnu. Tous deux tombent, au fil des événements, dans une folie destructrice. Asservissant et tuant à tour de bras, ils assurent vouloir maintenir la paix et garantir le bien du genre humain, influencés en cela par la nature singulière de leurs existences. / Jérémy Felkowski