Depuis plusieurs jours, la France sue et souffre. Les températures anormalement élevées en ce début d’été ont aussi des conséquences désastreuses sur la faune sauvage ainsi que sur les végétaux. Les scientifiques et les naturalistes ont lancé des alertes… longtemps dans le vide. « Les animaux meurent à cause de nous. »

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« Nous sommes à bout de force » : le centre de soins L’Hirondelle à Saint-Forgeux (Rhône), n’en peut plus. La chaleur écrase les non-humains sans défense. L’établissement a indiqué le 24 juin avoir reçu, en deux jours de canicule hors-norme, 1 400 nouveaux animaux affaiblis. Il en soigne actuellement 1 200. En raison des températures étouffantes, de nombreux individus sont en détresse, et le centre de soins est débordé. La structure dit avoir cessé de répondre aux appels (mais il est toutefois possible d’apporter des oiseaux dans le besoin). Ainsi, les soigneurs mobilisés se trouvent contraints de faire des choix… « Et la priorité est de sauver les animaux déjà entre nos mains. »

La situation semble être identique au centre de sauvegarde de la LPO Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui s’occupe cette semaine de « plus de 300 martinets en détresse ». C’est que de nombreux jeunes tombent du nid prématurément en tentant de chercher un peu d’air frais, analyse l’ONG de défense du vivant.

De l’eau fraîche

En cas de températures très élevées et de nuits dites tropicales, les organismes, épuisés et souvent déshydratées, souffrent particulièrement. Tous les animaux subissent les canicules, y compris les reptiles. « Les serpents sont comme nous : ils n’aiment pas le trop chaud qui peut les mettre en danger et recherchent le frais », note en particulier l’association AmphiRept (ex-Société herpétologique de Touraine).

« Les animaux ont de moins en moins d’îlots de fraîcheur et manquent d’eau, puisque de nombreux cours d’eau sont à sec. C’est terrible pour eux », glisse Mickaël Paul, membre du Pôle Grands Prédateurs, un brin dépité. Chaque soir, lui essaie de se mobiliser comme il peut « pour le vivant ». Il vient déposer à la tombée de la nuit des bassines d’eau près d’un petit cours asséché ainsi qu’en forêt, à quelques encablures de son domicile. « Mettre à disposition de l’eau fraîche dans des récipients peu profonds, avec une pierre pour éviter les noyades, est un geste simple mais vital », écrit d’ailleurs la LPO sur son site.

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« Ils meurent à cause de nous »

Or, les bénévoles ont beau se démener pour prendre soin des petites bêtes sans défense, ils ne pourront toutefois pas secourir l’ensemble des victimes de cette vague de chaleur historique. Combien d’animaux perdront la vie au final ?

« Aujourd’hui à cause de nous, les oiseaux meurent de chaud, les plantes sèchent à mesure que le thermomètre dépasse les 40°, écrit Quentin Travaillé, photographe et auteur du Guide pour réensauvager les jardins (Albin Michel, 2026) alias « La vie partout » sur Instagram. Des oiseaux adultes pourront survivre (parfois grâce à des actions de sauvetage), mais cela ne sera pas le cas pour tous les jeunes, selon lui. Et il en va de même pour la flore. « Les arbres sèchent sur pied et même dans les Pyrénées » (où il vit), « les sapins rougissent et meurent. »

Lui a toujours « refusé » d’être « alarmant », mais il fulmine, comme d’autres défenseurs du vivant, qui haussent le ton. Les scientifiques alertent depuis des décennies : il convient de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, en grande partie dues à l’utilisation des énergies fossiles, et en même temps de s’adapter aux effets du changement climatique, tels que les épisodes de sécheresse, les incendies (lire Le Zéphyr n°19), les phénomènes météorologiques extrêmes comme les inondations de plus en plus fréquents et violents…

Le problème, c’est qu’on artificialise toujours plus les espaces, on ne rénove pas suffisamment les bâtiments publics et les logements, on détruit les zones humides (Le Zéphyr n°18), on empêche le bon fonctionnement des rivières (Le Zéphyr n°24). « Les gouvernements successifs n’ont pas pris les mesures nécessaires », s’inquiète le Réseau Action Climat. Résultat : les villes deviennent des fournaises, et on fond de plus en plus dans des logements surchauffés.

Protégez les arbres

Les écosystèmes naturels jouent « un rôle clé dans la régulation thermique et la régulation des effets des évènements climatiques extrêmes », rappelle le RAC. « Vous voulez des climatiseurs gratuits ? Protégez les arbres », lance sur un plateau de télévision Thomas Brail, fondateur du GNSA. Lui et les siens se battent contre des projets d’abattages sur le territoire, notamment au niveau de l’A69, tant en ville qu’en forêt.

Dans ce milieu, les coupes rases se multiplient. Conséquence : « Les véritables forêts, mixtes et diversifiées, sont en nette régression au profit des plantations monospecifiques de conifères », note Jean-Claude Nouard, auteur du Manifeste pour la forêt, postfacé par… le même Thomas Brail (La Plage, 2026).

Cyril Michel, administrateur d’Amphirept, de conclure : « 50 ans qu’on sait, 50 ans qu’on a proposé la politique des petits pas gentils, et maintenant pour s’en sortir les petits pas seront ridicules, et il n’y aura plus qu’une écologie radicale qui pourrait faire que vos petits-enfants ne vivent pas un enfer sur Terre… » / Philippe Lesaffre

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