Chaque année, des milliers de naturalistes se rendent au festival international du film ornithologique (FIFO) de Ménigoute, dans les Deux-Sèvres. Plus de quarante ans après ses débuts, en 1985, son fondateur Dominique Brouard remonte les souvenirs. Dans l‘épisode 4, il fait le bilan de son engagement, puis se demande comment réagir face aux reculs environnementaux à l’œuvre.

Vous lisez l’épisode 4 de sa carte blanche. Retrouvez aussi l’épisode 1, l’épisode 2 et l’épisode 3.

Retrouvez aussi une partie de son texte dans Le Zéphyr n°25 dédié aux photographes et aux vidéastes naturalistes. Abonnez-vous pour le recevoir.

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Jadis, je pensais qu’une élection pouvait changer le monde en mieux ! Je me disais aussi que les beaux récits et les belles images de la vie sauvage pourraient y contribuer. Aujourd’hui, auprès des jeunes que je côtoie, tant les étudiants de l’IFFCAM que ceux de mon village qui affirment avoir grandi avec le FIFO, je constate que le verre est à moitié vide. Les choses n’avancent pas comme elles devraient.

Les ravages provoquées par les incendies auxquels les régions sont de plus en plus confrontées, notamment les Landes en 2022 (avant les feux de l’été 2026), auraient dû susciter une révision des pratiques en sylviculture. Or, rien n’a été corrigé. Les scientifiques alertent à l’unisson sur les pesticides qui présentent des risques pour la santé, mais la fuite en avant se poursuit. L’eau potable se raréfie. Au lieu de mettre fin aux pratiques polluantes, on dépense de l’argent pour construire des stations de traitement. Les périodes de sécheresse se succèdent, les éleveurs et les maraichers en souffrent, on préconise l’irrigation des mégacultures…

Dominique Brouard

Les populations disparaissent

J’ai passé six années au conseil municipal de Ménigoute. Bien qu’attaché à un projet de médiathèque que j’ai initié, je n’ai pas souhaité m’y représenter en 2026. Les questions liées à la protection de la nature et du bocage de notre Gâtine poitevine sont quasiment absentes des préoccupations. L’érosion du bocage se poursuit sournoisement.

Les populations d’oiseaux, de reptiles, d’amphibiens, de mustélidés voient leurs refuges respectifs disparaître. Les parcelles agricoles s’agrandissent, ce qui reste des chemins communaux est labouré sous les regards passifs des responsables locaux. Je n’imaginais pas que ma propre commune fût à ce point éloignée de l’exemplarité qui devrait être la sienne. J’ai tristement pris acte de l’absence de conscience politique sur les sujets liés à la protection du vivant et de l’avenir des sociétés.

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« Tout ça est-il bien utile ? »

J’ai toujours privilégié les films qui questionnent, qui invitent à réagir mais toujours en montrant une nature sublimée, celle dont il faut prendre soin, celle qui donne à voir, à comprendre et à rêver. Ailleurs, je pourrais admettre l’indifférence, ici, je ne la comprends pas ! J’ai probablement manqué une étape…

Alors je m’interroge, tout ça est-il bien utile ? J’ai cru au Grenelle de l’Environnement, je mets désormais mes espoirs dans une nouvelle prise de conscience. Peut-être que la lecture du manifeste de Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres (membre du groupe Écologiste et social et candidate à l’élection présidentielle 2027), La politique de la beauté – Une nouvelle écologie, est de nature à inviter chacun de nous à se mobiliser pour une nature vivante et respectée.

Oui, après presque 50 ans d’action locale et de militantisme, de belles rencontres et de réussites, j’ai parfois du mal à me convaincre que tout cela a bien servi à quelque chose. Et puis, au détour d’un chemin, dans les Pyrénées, j’aperçois un gypaète dont la population avait atteint un point critique il y a quelques décennies et je me dis que l’engagement de militants n’a pas été vain.

Il reste de l’espoir que l’action finisse toujours par l’emporter. / Dominique Brouard

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