Le conflit impacte également les espèces sauvages. Certains protecteurs sont restés sur place pour leur venir en aide. Courage admirable.

Ceci est le 4e épisode de notre série sur le conflit en Ukraine.

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Le dernier message date du 12 mars. Dans un post Facebook, le centre ukrainien de réhabilitation des chauves-souris, situé à Kharkiv, à l’est du pays, écrit que ses membres se sont rendus, le 11 mars, dans leur locaux pour vérifier l’état des communications, et pour voir si les chauves-souris ne s’étaient envolées. Puis loin, l’un des plus grands centres de ce type en Europe (3 000 animaux en 2021), affirme, toujours dans le même post, avoir récupéré « 50 noctules » avec une faible masse corporelle. « Nous devons continuer à garder les chauves-souris en hibernation artificielle et contrôler leur état jusqu’à ce que le vrai printemps arrive. »

MAJ 30/3/2022 – On a appris le 29 mars que de nombreuses chauves-souris avaient été relâchées par l’association. « Aucune n’a été abandonnée ou n’est morte sans surveillance » en raison de la guerre.


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Pour l’heure, l’hiver surplombe le pays. Et malgré les bombes et la guerre, une bande de passionnés – bénévoles – restent au chevet de ces petits mammifères nocturnes. Ils sont restés en Ukraine, et assuraient, le 12 mars, que les membres du centre de réhabilitation étaient sains et saufs, malgré les assauts russes très violents, y compris dans leur cité. Rappelons d’ailleurs qu’il est possible de les soutenir sur ce lien.

« Encore au boulot : ils sont impressionnants »

On avait également appris le 9 mars, via le média Science.org, que le biologiste Anton Vlaschenko avait réussi à récupérer, dans le centre, une grande série de crânes de chauves-souris pour les mettre à l’abri à son domicile, dans des sacs prêts à être déplacés si nécessaires (c’est une mine d’or pour la recherche sur l’évolution), ainsi que certaines bêtes trop affaiblies pour être relâchées.

« Ils sont encore au boulot, c’est impressionnant » : joint par Le Zéphyr, Théophile Tusseau, animateur nature de la branche angevine de la LPO, leur rend un vibrant hommage, depuis la France. « Ils s’accrochent à leur action de protection, alors que leur vie est en jeu… »

Sans prévenir, la guerre est arrivée le 24 février dans leur quotidien, et la priorité de ces gardiens du vivant est naturellement ailleurs… Lui-même ne sait pas ce qu’il ferait s’il vivait en Ukraine. « Après, admet Théophile, c’est sûr que l’on peut être très attachés aux individus que l’on accompagne et soigne chaque jour. Mais, tout de même, « c’est anecdotique ». Encore une fois, « il en va de leur existence », insiste l’Angevin.

« Les bombardements détruisent leurs habitats »

Rien de plus logique, donc, que « les autorités ukrainiennes protègent les habitants, les femmes, les hommes et les enfants victimes de l’invasion de Poutine, ainsi que les bâtiments, les œuvres d’art, avant de penser aux espèces en péril ». Certains ont pris soin des animaux de compagnie, en tentant de les faire sortir malgré les difficultés (comme l’indique l’organisation Peta), d’autres continuent de les protéger sur place. On découvrait ainsi, dans Le Figaro qu’un zoo à Odessa soignait les bêtes de personnes ayant fui la guerre, et, par l’AFP [dépêche reprise par BFMTV] que des félins de refuges des environs de Kyiv avaient été emmenés en Belgique et en Espagne).

Mais qu’en est-il des espèces sauvages ? « Elles souffrent tout autant que les humains de la guerre », assure Théophile Tusseau. « Beaucoup de travail nous attend », assurait au début du conflit Oleg, le directeur de la société ukrainienne de protection des oiseaux, cité par la LPO, membre, comme l’ONG ukrainienne, de BirdLife, le réseau international de protection de la nature. « Il sera quasiment impossible, nous affirme Théophile, de savoir combien d’individus auront péri, après le conflit. C’est déjà complexe pour les humains, alors vous imaginez pour les oiseaux et les mammifères… »


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En revanche, ce qui est certain, c’est que « les bombardements détruisent leurs habitats », que ce soit au bord des routes, les arbres, les bâtiments, sous les toits… Et « ces espèces ont sans doute plus de mal à se nourrir qu’à l’accoutumée », poursuit-il. Pour autant, Théophile estime que les petits mammifères et oiseaux (« mais pas les chevreuils » par exemple) peuvent, peut-être, plus facilement se déplacer et ainsi, « contourner les obus ». Et il est de l’avis également que certains animaux ont dû fuir, dans la mesure du possible, les bombes et le bruit assourdissant du conflit, pour trouver – c’est relatif – des zones plus calmes, moins impactées… En silence. / Philippe Lesaffre

Ceci est le 4e épisode de notre série sur le conflit en Ukraine.