Les yeux rivés vers le ciel, la tête dans les étoiles

La tête dans les nuages, enfin presque. Stephen Rater organise des séances d’initiation à l’astronomie, pour des citadins en région parisienne qui veulent s’échapper du bruit et de la pollution de la capitale. Muni d’un télescope, il leur montre Jupiter ou Saturne et leur rappelle l’immensité de notre galaxie.

Peu le savent, mais il est possible de repérer, à l’œil nu, des planètes du système solaire depuis le bitume parisien, entre deux monuments historiques. Stephen Rater, 30 ans, aime attendre le crépuscule pour observer, à Châtelet, Jupiter ou encore Vénus montrer le bout de leur nez. « On parle de pollution lumineuse. Mais, ici, même si ce n’est pas le ciel du Chili, on peut quand même les localiser sans souci dans le ciel dégagé. » Et, pour y parvenir, il suffit selon lui de posséder quelques bases d’astronomie, ainsi que des notions d’orientation. « En regardant rapidement, on pourrait imaginer des avions, alors qu’il s’agit en réalité de planètes. C’est dingue », sourit le Francilien, qui, malgré tout, aime « se barrer de la capitale » pour rejoindre un parc ou se ressourcer en forêt, les yeux rivés vers le ciel. Muni d’une paire de jumelles et d’un télescope, il contemple l’immensité du système solaire…



Le réalisateur Adrien Plaud l’a suivi pour le court-métrage From Paris to the wild, qui présente des citadins adeptes de sport et de randonnée dans la nature francilienne. Après le taf, le week-end, pour décompresser, ces aventuriers prennent les transports en commun, s’éloignent du périph’ et filent en forêt pour rouler, courir, descendre une rivière en kayak, camper et… regarder les étoiles, à la fraîche.

« J’avais bloqué sur un ciel bleu »

Depuis deux ans, Stephen propose ce type de sorties, des bivouacs au cours desquels il initie les urbains au plaisir de l’astronomie. Il emmène des groupes en forêt de Fontainebleau, dans l’Oise ou le Vercors, en fonction des affinités des participants. L’idée : trouver un spot idéal, une vue dégagée, et passer la nuit à dévisager la Grande ourse ou la Voie lactée. Loin de lui l’idée, pour autant, de se prendre pour un astrophysicien, il souhaite simplement partager sa passion auprès de tout public.

Sa balader tête en l’air, il pratique depuis longtemps. « J’ai découvert l’astronomie vers 10 ans grâce à un livre, mais j’ai eu le déclic à 19 ans. Je me souviens, j’avais bloqué sur un ciel bleu en conduisant, sourit le jeune trentenaire. J’avais compris que les étoiles et les galaxies étaient toujours là en journée. »

Cet adepte de randonnées en périphérie parisienne, le bac en poche, entame des études de design et de graphisme, achète du matériel et commence à traquer les planètes du système solaire depuis son domicile dans le Vexin pour apprendre et apprendre. Et il n’est pas prêt de s’arrêter.

« On ne sait pas grand-chose »

« J’aime comprendre ce qu’il se passe au-dessus de nos têtes. C’est fou qu’on puisse voir des planètes à l’œil nu. C’est si beau, si loin, mais, en même temps, on en fait partie, de ce tout. Il y a un côté mystérieux et fascinant. On ne sait pas grand-chose de l’espace. Galilée a été le premier à diriger une lunette vers le ciel. Et cela ne fait que quatre siècles– à l’échelle de l’humanité, ce n’est rien…  »


La couverture du Zéphyr #6 sur la passion photo

Le Zéphyr N°6 - À quoi sert encore la photo ?

100 pages de reportages, de rencontres et de témoignages. 100 pages pour faire le tour de la question.

Découvrez Le Zéphyr, la revue des aventures humaines.


On arrête plus Stephen. Pour lui, pratiquer l’astronomie permet de « relativiser ». En regardant les étoiles, on observe aussi la Terre, cette planète qui brûle, pour reprendre l’expression de Jacques Chirac. « C’est comme un miroir, on se rend compte qu’il faut protéger cette petite sphère minuscule et sauvegarder la biodiversité environnante en grand danger. » Dans le bar où nous sommes, à l’heure de l’apéro, Stephen homme poursuit alors son raisonnement en mimant avec ses mains. « Supposons que la Terre soit de la taille d’une orange, le soleil ferait alors 8 m de diamètre environ. Et si le soleil était une orange, il faudrait placer un grain de sable représentant la Terre, à 9 m. Cela permet de se rendre compte de l’immensité de l’espace… »

Regarder les étoiles avec des personnes malades

©Adrien Plaud, From Paris to the Wild

©Adrien Plaud, From Paris to the Wild

Stephen partage ce ressenti aussi auprès de personnes touchées par le cancer ou en rémission qu’il rencontre lors de séjours en nature organisés par l’association Siel bleu. Celle-ci prend soin de personnes fragilisées via des activités physiques de prévention pour leur donner de l’espoir. La structure leur propose notamment une initiation à l’astronomie, animée par Stephen. Des soirées au cours desquelles ils observent ensemble la station spatiale internationale, les planètes du système solaire, leurs lunes respectives, les constellations principales. « Quand je leur en parle et que je fais tourner des photos autour d’un feu de cheminée, je remarque qu’elles arrivent bien à se rendre compte de l’immensité de notre galaxie… » Et qu’il faut prendre soin de notre « orange », découvrir et protéger ses merveilles, la faune et la flore, autour des villes, au bout du monde.

Il y a quelques années, il s’est rendu avec un compère photographe à l’ouest du Népal pour visiter ce pays à pied, ses monastères, ses temples, ses montagnes, et capturer des paysages inattendus. Et, à la tombée de la nuit, les deux sortaient le télescope et l’appareil photo, ce qui suscitait la curiosité des passants, qui ne parlaient pas leur langue. Un périple raconté à nos confrères de Geo.

Dans quelques mois, Stephen, en manque d’aventure humaine, reprendra le chemin (et le télescope) pour s’échapper, cette fois, au Kirghizstan. Loin du bitume, loin des villes, il contemplera le spectacle des astres. On sent qu’il a hâte.

A quand des visites sur Mars ?

En attendant, on le ramène en France pour le questionner sur l’actualité et l’exploration de Mars. La Nasa y recherche d’éventuelles conditions de vies, des traces d’eau à une époque révolue et y envoie des machines sophistiquées, capables de prélever des échantillons de roches et de sols martiens. Un sujet important, pour lui : « On pense que Mars a ressemblé à la Terre il y a très longtemps. On se demande s’il pouvait y avoir de la vie. La Nasa recherche également la présence de micro-organismes dans le système solaire comme sur des lunes de Jupiter ou de Saturne. »

Ses yeux brillent. Oui, tout reste à découvrir. Mais pas ce soir. Il pleut à Paris. Stephen regardera les étoiles une prochaine fois. / Frédéric Emmerich