Amateur de grands espaces, Stephen aime randonner et partir loin de tout. Fuyant la pollution lumineuse, il attend la tombée de la nuit pour sortir son télescope. Tête en l’air, il observe les étoiles, les planètes environnantes et partage sa passion pour l’astronomie à des passants curieux.

Nous l’avions rencontré une première fois avant la pandémie. Or, l’heure est venue, à présent, de le recontacter à l’occasion de la sortie du court-métrage Marche à l’étoile (de Boris Wilmart), qui retrace sa dernière aventure au cœur des Cévennes, en septembre dernier.

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“On s’est rendu compte durant notre road-trip que chacun avait un rapport au ciel différent”

 Le Zéphyr : Continues-tu tes activités liées à l’astronomie depuis la pandémie ?

Stephen Rater : Avec le couvre-feu, j’ai moins de boulot autour de l’astronomie.  Je propose toujours dans la mesure du possible des séances de sensibilisation à l’astronomie à des enfants en Suisse ou des personnes malades (avec l’association Siel Bleu). Et, par ailleurs, je veux poursuivre les astro-bivouacs, en Haute-Savoie, où j’ai emménagé, mais aussi autour de Paris, quand ce sera à nouveau possible, et à l’étranger également. J’avais été au Népal avec un ami photographe, on avait dormi chez l’habitant et on avait proposé à celles et ceux que l’on croisait de regarder au télescope pour découvrir les étoiles et les planètes. 

En septembre 2020, j’avais prévu de partir au Kirghizistan, or, cela a été retardé par la Covid-19… À la place, j’ai programmé un road-trip en France, entre Valence et Carcassonne au cœur des Cévennes. Je suis parti avec Boris Wilmart, un ami, cadreur et réalisateur pour Baka Films. Il a filmé l’aventure, qui s’est déroulée entre les deux confinements. On était assez tranquilles, on ne parlait pas trop de la pandémie, les masques n’étaient portés que dans le centre des communes, les lieux publics, les boutiques, les boulangeries, pas durant la randonnée, en forêt.

“Elle nous a raconté qu’elle avait vu, dans sa vie, deux étoiles filantes, et, 30 minutes plus tard, elle a vu la troisième”

 Qu’avez-vous retenu, tous les deux, au cours de ce road-trip ?

Sur le parcours, le ciel est noir et très intéressant. On est partis à la rencontre des habitants. On se présentait comme deux voyageurs venus partager des moments de découverte, observer les étoiles avec les personnes croisées, comprendre leur ressenti. Parfois, on dormait chez les habitants qui nous laissaient entrer, que ce soit dans leur jardin ou dans une grange. Parfois, aussi, on passait la nuit dans des gîtes, surtout en cas de fortes pluies. On s’arrêtait parfois dans des cafés, qui étaient encore ouverts, ou sur la place d’une commune, où l’on posait notre télescope. L’appareil attire, forcément, les curieux. 

crédit: Baka Films

L’astronomie touche tout le monde. Toutes et tous ont été émerveillés. La plupart n’ont jamais regardé les étoiles au travers d’un télescope. Les anneaux de Saturne, les lunes de Jupiter, ou les cratères de notre lune, ils ne les ont jamais vus. Ils étaient contents de voir, d’apprendre, et les discussions étaient intéressantes… On a vraiment fait de belles rencontres. Notamment Francine et Gilbert, deux octogénaires. On a passé une soirée à discuter, observer. Francine avait des yeux d’enfant. Elle nous a raconté qu’elle avait vu, dans sa vie, deux étoiles filantes, et, trente minutes plus tard, elle a vu la troisième.

“Changer d’échelle permet de relativiser ; on voit nos problèmes autrement”

On s’est rendu compte que chacun avait un rapport au ciel différent. Les histoires sont variées. Cela peut être relié à la perte d’un enfant ou au combat contre un cancer. Une personne nous a raconté qu’elle avait un ancrage dans le ciel : la galaxie Andromède. Cela lui permet de tenir, de relativiser l’épreuve qu’elle traverse. C’est vrai qu’il y a une prise de recul, la taille de la Terre, par rapport à l’immensité de l’espace, est souvent revenue dans les discussions. Changer d’échelle permet de relativiser ; on voit nos problèmes autrement.

On a pu aussi échanger sur des sujets plus légers. Une dame nous a affirmé par exemple qu’elle serait très heureuse si elle apprenait que des extraterrestres existaient. A d’autres, au contraire, cette présence ferait peur.


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Marche à l’étoile raconte votre voyage. Comment ce petit film sera-t-il diffusé, et quelle est la suite pour toi ?

Le court-métrage Marche à l’étoile a été vu brièvement fin mars sur le site Outside. J’aimerais prochainement le montrer le plus possible en festivals… puis repartir. Le prochain voyage est déjà programmé. Je vais me rendre au Kirghizistan en juin prochain, avec Boris ainsi qu’une traductrice. Elle nous aidera à échanger avec les personnes sur place. Idéalement, je souhaiterais partir deux fois par an pour ce type d’aventure. /Propos recueillis par Philippe Lesaffre

Marche à l’étoile – Teaser du court-métrage de Baka Films (Boris Wilmart)