Hervé Bressaud cultive la flore sauvage des trottoirs

Des villes se plaisent à planter des arbres afin d’apporter un peu d’ombre aux piétons. Des petits coins de végétation dont Hervé Bressaud se sert pour ses ateliers d’éducation à l’environnement.



Le rendez-vous avec le coordinateur pédagogique de l’association du Groupe de diffusion d’informations sur l’environnement (GDIE), implantée dans le sud parisien, a été donné à deux pas de la Bibliothèque nationale de France, où quelques plantations sauvages ou non cohabitent avec les bâtiments. Pour Hervé Bressaud, elles valent de l’or. Car son objectif, c’est de faire connaître aux citadins les nombreuses plantes sauvages qui poussent en face de leur immeuble et de leur montrer qu’abeilles, oiseaux et chauve-souris ont leur place dans une grande ville.

Le Zéphyr : Vous réalisez des parcours pédagogiques, notamment dans le 13e arrondissement de Paris, certains sont disponibles sur l’application mobile Ecobalade… Comment le partenariat s’est-il noué avec cette entreprise ?

Hervé Bressaud : L’équipe qui édite l’application mobile avait besoin de visibilité en région parisienne. Elle est plutôt présente dans le Sud de la France. 

Vous êtes principalement dans le 13e ? Pourquoi ?

Les fondateurs de l’association y habitaient lors du lancement en 2006.

Le Muséum national d’histoire naturelle et l’université Paris-VIII vous filent un coup de main dans vos missions ? Lesquelles ?

Les deux structures nous ont aidé pour créer des fiches téléchargeables permettant de réaliser des « balades nature » dans le 13e arrondissement de Paris, en autonomie.  Le Muséum nous accompagne également dans le cadre de nos actions de sciences participatives dans des espaces verts de résidences collectives et également à l’échelle d’un quartier. Car nous nous servons de leur programme Vigie Nature pour faire découvrir la flore sauvage, les oiseaux et les insectes pollinisateurs.

Mais vous ne faites pas que des balades pédagogiques…

C’est vrai… Je rédige des guides de sensibilisation visant tout type de public. Notamment les résidents d’immeubles qui voudraient monter des ateliers de découverte de la biodiversité dans leur espace vert. Ou d’autres qui souhaiteraient accueillir plus d’espèces floristiques et faunistiques dans leur espace vert collectif.

Ophélie Ricci

Comment vos « clients » ont-ils accès à ces documents ? Les guides sont mis à jour régulièrement ?

Les guides sont téléchargeables gratuitement et nous pouvons les envoyer par la poste sur demande en fonction des stocks disponibles. Nous les mettons à jour, parfois…

(Pour en découvrir, vous pouvez cliquer ici et .)

À quelle occasion organisez-vous des visites guidées ?

Lors de la Fête de la nature ou la Fête des jardins, par exemple. C’est un très bon moyens d’amener les citadins à mieux interpréter leur environnement proche.

Vous animez également le portail web francophone Biodiv’ille, un espace de mutualisation des pratiques de sensibilisation et d’implication citoyenne sur la nature en ville.

Oui, nous y mutualisons outils pédagogiques, retours d’expériences, fiches activités, nous rédigeons les contenus, mais cela prend du temps. Nous cherchons d’ailleurs de nouveaux partenaires financiers pour pérenniser le portail Biodiv’ille.

couverture zephyrmag écologie hiver 2019

Découvrez la revue du Zéphyr, n°2 : 108 pages dédiées aux défenseurs de la nature.

Mais ça sert à quoi, tout ça ?

Le portail permet à des professionnels (animateurs, enseignants, associations d’éducation à l’environnement, collectivités, architectes, bailleurs…) et à des particuliers de trouver de l’inspiration et des ressources pour leurs propres projets pédagogiques ou d’implication citoyenne sur la nature en ville.

Cela valorise certaines démarches existantes et cela facilite aussi l’émergence de nouvelles. On veut faire en sorte, j’insiste, que les citadins interprètent mieux leur environnement proche. Changer le regard des citoyens urbains sur la biodiversité de proximité et les amener à mieux la comprendre.

Crédit : Romane Amice

Qu’apporte la nature en ville ?

La nature en ville est importante pour plusieurs raisons. Créer et maintenir des couloirs de nature dans un milieu fragmenté comme la ville permet aux espèces de se déplacer d’un réservoir de biodiversité à un autre. La nature limite la pollution atmosphérique car la végétation capte le CO2, rejette de l’oxygène. Cela assainit l’air en ville. En outre, il a été démontré que la nature a un impact positif sur la santé. Le syndrome de manque de nature a été établi par le réseau « école et nature », auquel on appartient.

Il regroupe des associations, des collectivités, des entreprises… et travaillent pour construire la ville de demain, une ville durable. Enfin, pour revenir à la question, les toitures végétales font de la rétention d’eau, elles participent à limiter les inondations.

Sirius Photo

Ah oui ? De quelle manière ?

Elles ralentissent la chute des eaux pluviales et une partie de ces eaux pluviales est utilisée ou stockée par les plantes. Les mousses sont particulièrement absorbantes. Ces toits vont avoir le rôle d’une éponge et vont donc retenir l’eau de pluie.

Les inondations récentes en région parisienne, dues à la crue de la Seine, auraient pu être évitées ?

Je n’irai pas jusque là, mais c’est vrai que les 100 hectares de végétalisation de toitures et de façades prévues à Paris d’ici 2020 vont forcément avoir un impact à ce niveau-là.

On parle beaucoup du retour à la nature en ville. Les citoyens sont vraiment demandeurs ?

Oui, les résultats des votes des trois sessions du budget participatif parisien le prouve. Chaque année, plusieurs projets sur la nature en ville sont lauréats. En ville, on trouve beaucoup d’espèces sauvages, par exemple en pied d’arbres ou au sein des parcs, où on laisse le sauvage s’exprimer. Et les citoyens sont demandeurs, oui. On le voit avec le boom des jardins partagés. A Paris, par exemple, il y a ce qu’on appelle le permis de végétaliser, mis en place par l’exécutif. On aime bien et on s’appuie dessus dans le cadre d’un projet que l’on anime avec des enfants. C’est un outil permettant de sensibiliser. C’est assez simple : on remplit un formulaire, on propose un lieu et la mairie donne des graines et de la terre.

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Cela marche bien ?

Il y en eu de nombreux, des permis ? Je vois de plus en plus d’arbres avec le petit panneau indiquant que le pied de cet arbre fait l’objet d’un permis de végétaliser…

Vous venez d’évoquer un projet que vous animez avec des enfants. Pouvez-vous m’en dire davantage ?

Le projet « + de biodiversité pour mon quartier ! » vise à rendre les jeunes de deux quartiers acteurs de leur propre découverte de la biodiversité locale, de sa préservation et de sa valorisation. Il s’appuie sur la science participative et sur la démocratie participative. Nous avons lancé la première édition l’an dernier, dans le 13e arrondissement dans deux quartiers différents. Lors d’ateliers d’inventaires, les jeunes choisis de 7 à 17 ans (sélectionnés notamment via des centres sociaux) ont commencé par découvrir en immersion la faune et la flore locales.

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Ils ont échangé avec des habitants du coin, rencontré des gestionnaires d’espaces verts, ainsi que la plasticienne Paule Kingleur. Le tout, pour réfléchir à des idées, à des projets d’aménagements urbains en pied d’immeubles, par exemple. Certains ont vu le jour grâce aux permis de végétaliser.

Philippe Lesaffre