Philippe Manoeuvre : « 1967 garde un parfum particulier pour le rock »


Pour Le Zéphyr spécial Rock (le N°4, été 2019), la rédaction avait interrogé Philippe Manoeuvre, l’ex-big boss du magazine Rock & Folk, et fondateur de la web radio du classic rock, Radio Perfecto. Avec cette question : dites, c’est quoi la meilleure année rock ? Réponse facile, non ? 

En ces temps de distanciation sociale, et parce que les concerts nous manquent, la team du Zéphyr a décidé de vous replonger en 1967, avec cet entretien, extrait du Zéphyr N°4.

 

Afin de vous mettre dans l’ambiance, la rédaction a concocté pour vous une playlist Deezer à parcourir durant la lecture de cet entretien. Vous y trouverez toutes les références musicales auxquelles Philippe Manoeuvre fait allusion… et peut-être votre futur/ancien groupe préféré ! Un numéro entre parenthèses indique les plages associées au groupe cité. Excellente écoute !

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Année miraculeuse

La profusion de génies musicaux qui émergent en 1967 est vraiment miraculeuse. Est-ce unique dans l’histoire du rock, ou y a-t-il eu d’autres années incroyables ?

Toutes les opinions sont répandues ! Certains parlent de l’année 1993, où on voit l’apparition de groupes énormes, notamment Nirvana et Björk. D’autres affirment que la plus grande année de tous les temps c’est 1977, parce c’est là que débarquent The Clash et les Sex Pistols. Donc il y a eu beaucoup de bonnes années. Mais 1967 garde un parfum particulier, parce qu’elle a débordé du cadre strictement musical. C’est « l’été de l’amour », c’est les Hippies à San-Francisco, c’est l’arrivée de Pet Sounds [des Beach Boys] (1), de David Bowie (2), de Pink Floyd (3), du Velvet Underground (4), des Doors (5), de l’album Sergent Pepper’s Lonely Hearts Club Band [des Beatles] (6), de Cream (7) et puis The Jimi Hendrix Experience (8). C’est sûr que c’est une année tournant dans l’histoire du rock.

Dans une interview, vous aviez expliqué le miracle de 1967 par le contexte de la guerre du Vietnam et de 1968. Vous pouvez m’en dire plus ?

La guerre du Vietnam semblait à tous les jeunes complètement ridicule et scandaleuse. Mais, malheureusement, dans les lycées et les facs des États-Unis, beaucoup devaient partir, et c’était souvent sans retour. C’est une époque d’affrontement entre la jeunesse et les adultes. Aucun adulte ne s’intéressait vraiment au rock’n’roll. À l’époque, les gens d’âge canonique comme moi – les gens de 63 ans – avaient d’autres choses en tête que le rock. Ça leur semblait fantastiquement minable. Le rock n’était pas du tout « populaire ». Et puis, à l’époque, le LSD était partout. C’était ça, l’arme secrète de 1967. C’était toute la culture acid.


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Le rock et le LSD sont les symboles du clivage des générations dans cette société des sixties. Jusqu’à l’album Sgt Pepper, le rock, c’est l’arme des hippies contre les croulants. Mais, à partir de 67, les Beatles ont tenté de faire la transition entre le XIXe et le XXe siècle. Dans Sgt Pepper, on trouve de nombreux morceaux qui sont en musique de Vaudeville, avec des instruments classiques, et ils mélangent ça avec des guitares électriques. C’est l’album où McCartney écrit When I’m sixty four (9), pour laquelle il imagine le jour de son 64e anniversaire. 1967 c’est un peu l’année de l’apaisement, où les jeunes se disent que les anciens sont finalement pas si mal que ça, qu’il faudrait leur expliquer ce qui se passe dans nos têtes.

En 1967, vous aviez 13 ans. Vous reste-t-il un souvenir musical particulier de cette année là ?

Rassurez-vous, je ne prenais pas de LSD ! (Il rit). Je me souviens d’une fête chez un prof de gym du collège, au mois de juin, les lycéens attendaient les résultats du bac, et c’est là où j’ai entendu pour la première fois Sunshine of Your Love de Cream, c’était incroyable, franchement, c’était son premier album et, en plus, sur ce disque il y a un solo de batterie, je crois que c’est le premier de l’histoire du rock, fait par Ginger Baker, mais franchement c’était événementiel, on n’y croyait pas. Waouh, un solo de batterie ! Ça nous semblait fou.

Dans votre collection de vinyles, vous en avez combien qui datent de 1967 ?

J’en ai beaucoup. J’ai tous les grands classiques. Mais j’ai aussi le premier Jefferson Airplane (10), l’album des Buffalo Springfield (11), il y a aussi Traffic (12), totalement génial, et The Doors, qui était un groupe colossal à l’époque ! Ce sont des musiques intemporelles.

Vous qui êtes un fan de Johnny, avec-vous une anecdote sur cette tournée où Jimi Hendrix a fait la première partie de Johnny fin 1966 ?

Johnny était hyper-gonflé parce que personne ne voulait prendre Jimi Hendrix en première partie depuis qu’il était monté sur scène avec Eric Clapton et l’avait totalement ridiculisé en jouant dix fois mieux que lui. Clapton était sorti de scène en courant, en pleurant presque. Hendrix avait cette réputation. On disait : « Oh là là, ne le prenez pas ! » Et Jimi et son manager voyaient le moment où ça allait capoter. C’est là où Johnny Halliday a dit qu’il le prenait en première partie, après l’avoir vu dans un club. C’était le début de la Jimi Hendrix Experience (groupe actif entre 1966 et 1970, ndlr).

Rock & Folk

En 1967, Rock & Folk a un an. En Une, on trouve Polnareff, Rosko, Jools et Greendence… [On n’a pas le temps de terminer ma question que Philippe enchaîne].

Alors, Jools c’est le surnom de Julie Driscol (13) qui était en vogue à l’époque. Ensuite, 67 c’est l’année Polnareff. Il explose avec L’amour avec toi (14) qui n’est autorisé à la radio qu’après 22 heures. C’est le porno de l’époque ! Et puis, à l’époque, on faisait des référendums, on faisait voter les lecteurs sur le meilleur guitariste, le meilleur chanteur, etc. À cette époque, c’était toujours Clapton qui gagnait ! 


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Vous avez aussi lancé votre webradio, Radio Perfecto, dédiée au classic rock. C’était le 19 juin… pile poil 50 ans après le festival de Monterey qui entama le Summer of Love des hippies californiens. C’est fait exprès ?

Pas du tout ! (Rires) C’est juste parce que c’est le jour de mon  anniversaire ! Il n’y a pas de hasard !

Aux personnes qui n’ont pas encore découvert l’univers de 1967, quels albums vous leur recommanderiez ?

Sgt Pepper des Beatles, ça me paraît bien. Il y a aussi Are You Experienced de Jimi Hendrix, le premier album des Doors, l’album du Velvet [Underground] avec la Banane, et le premier album de Pink Floyd. Avec ces cinq albums, vous avez la quintessence du son de 67 !