L’ancien rugbyman Xavier Jourson se prépare à une aventure hors-norme : le 6 août prochain, il participera au Norseman Xtreme Triathlon, une course extrême très fermée, très onéreuse. Challenge accepted ! Il sera le premier participant black, le symbole le motive. Il prépare un documentaire pour sensibiliser et transmettre son histoire.

Au plus fort de la pandémie, confiné à Montréal depuis quelques semaines, Xavier Jourson clique sur le lien et tombe sur ce message sur la page d’accueil, qui le laisse sans voix. L’inscription tient en cinq petits mots. « This is not for you. » Cela l’intrigue, lui l’ancien rugbyman, athlète de plus de 100 kilos. « Tout de suite, je me suis dit : ‘Vas-y, c’est parti !’ » Xavier ne réfléchit pas longtemps, il désire se lancer dans cette aventure totalement folle, sans encore comprendre ce qui l’attend vraiment. Une course extrême pas comme les autres qui aura lieu le 6 août prochain dans le sud de la Norvège. « Vous voyez les courses IronMan ? interroge le garçon. Eh bien c’est pire… »


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Le nom de la compétition : le Norseman Xtreme Triathlon. Défi hors-norme pour l’ancien joueur du LOU Rugby, originaire du Rhône : 3,8 km de natation, 180 km de vélo, puis 42 km de course à pied l’attendent. « Le plus compliqué, dit-il, sera de faire face aux nombreux dénivelés. » Au centre d’un fjord, les participants auront, depuis un ferry, à se jeter à 5 heures du matin dans une eau à 14-15°, puis, plus tard, à grimper plusieurs cols à vélo. Sans oublier l’ultime ascension à pied, celle du mont Gaustatoppen, culminant à 1 883 mètres d’altitude, une fois que les coureurs auront cavalé pendant une vingtaine de kilomètres. Un challenge énorme pour Xavier. « Je vais passer d’un sport ultra physique à de la pure endurance. »

« Je veux acheter un vélo de course, je ressens la réticence du vendeur »

On se demande pourquoi il a choisi de s’infliger tout ça. « Peut-être que cela joue un peu sur ma motivation, mais quand j’ai compris que je serai sur le point de départ, on venait de tuer George Floyd… » Il n’en dit pas plus, mais on finira par comprendre sa motivation profonde quelques minutes plus tard. Xavier a démarré son histoire. On ne le coupe pas.

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Après sa carrière sportive, il plaque tout et déménage au Canada. Il trouve un emploi qui lui correspond, un job de senior analyst dans une salle de marché. Le Covid-19 explose. « J’ai du temps, je lis pas mal, et je tombe sur un livre, celui de Rich Roll, un ancien avocat alcoolique qui a participé au triathlon Epic5 à Hawaï. Je décide d’acheter un vélo de course… Et je ressens la réticence du vendeur. » On l’arrête, perplexe. « Il voit un Black de 125 kilos débarquer pour faire du vélo de course… Après coup, je me suis rendu compte que c’était étonnamment assez rare. »

Cela le booste. Il commence à s’entraîner, et se cherche un défi à la hauteur de ses ambitions. Jusqu’à ce jour où il consulte la page web de présentation du triathlon en Norvège. Cela deviendra son obsession. « J’ai regardé des vidéos jusqu’au milieu de la nuit pour voir à quoi ça ressemblait… Et je remarque qu’il n’y a eu aucun participant black. »

Rendre visible les sports extrêmes

Sébastien Furtado

Xavier cherche à y voir plus clair, à comprendre les raisons. Qu’il arrive à dénicher. « D’abord, c’est un sport très onéreux, l’inscription coûte 700 dollars, sans compter les équipements, le vélo, puis le voyage », détaille-t-il. Dans certains pays, les infrastructures et les piscines olympiques manquent à l’appel : « Le bassin de 50 mètres, il faut le trouver, il n’y en a pas partout… Et puis, aussi, l’eau a pu rester une phobie dans l’inconscient collectif en Afrique, cela remonte au temps de l’esclavage », croit savoir Xavier.

Avant de poursuivre : « J’ai envie de sensibiliser, de mettre le sujet sur la table, de transmettre, pourquoi pas de donner envie à des jeunes de se mettre à des sports extrêmes, si cela les motive. » L’idée, au fond : montrer les difficultés (celles qu’il a lui-même rencontrées), les barrières qui peuvent exister, pour pouvoir les contourner. En somme, briser les stéréotypes. « C’est une course fermée, peu diffusée, très chère. Il faut la rendre visible, et il faut des role models » comme il en a eu, lui (avec notamment un certain… LeBron James, qu’il « adore« ). Autant de personnes qui inspirent, qui mobilisent, qui font rêver.

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Du coup, il tente de laisser une trace. Enfin, des images plutôt. Xavier, « premier participant black », voit les choses en grand et prépare un documentaire, La Transition. Un film, pour lequel il cherche encore un diffuseur, qui est censé raconter son histoire, l’origine de son challenge, la préparation physique au Canada, ses échanges avec des médecins pour analyser l’anatomie et la physionomie du corps, la course en elle-même, puis ce qui va se passer dans la foulée.

« Le rugby m’a donné des traits de caractère »

Quelque part, cela lui permet de valoriser le Norseman. Une course folle pratiquée par des sportifs professionnels ou amateurs. Mais pas seulement. « Il y a des fous, comme moi. Certains veulent perdre du poids ou tentent l’aventure pour une cause importante. Et il y a aussi des personnes en situation de handicap très motivées. » Chacun son couloir, mais tout le monde en même temps… Une mixité que Xavier, parrain d’Amos Sport Business School, apprécie : « On est tous athlètes. Point. Pas besoin de nous mettre dans telle ou telle case, les ‘valides’, les ‘invalides’. »


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On se demande si son ancienne carrière a joué, si ses 12 ans de rugby, en troisième ligne, ont aidé. « Ce sport m’a donné des traits de caractère, la discipline, la rigueur. Il faut avoir envie de se lever à 5 heures du matin pour courir et s’entraîner. » Il évoque aussi cette capacité de savoir « se vendre » – « en fin de saison, tu négocies des contrats » -, cela a pu l’aider dans la recherche de sponsors et d’équipementiers pour la course. « Il m’a fallu un vélo confortable notamment… »

De sa vie d’avant, au LOU mais aussi à Arras et encore à Bobigny, en région parisienne (au niveau Nationale 1), il dit que « les vestiaires » lui manquent. « Vous savez, le moment où l’adrénaline, la tension avant une rencontre au sommet montent… » Il y repensera sans doute au moment de plonger dans ce fjord, dans quelques semaines. / Philippe Lesaffre