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La joueuse de tennis Alizé Lim a sorti l’an dernier un témoignage précieux. Éloge de l’inconditionnel, paru chez Vuibert en 2021, raconte son histoire, celle d’une athlète hypersensible.

Le tennis est en principe un sport très individuel. Si les athlètes les mieux classés se déplacent de tournoi en tournoi avec leur « team », d’autres évoluent plus ou moins isolés sur le circuit. Parfois loin de la lumière, loin du Top 100, ces joueurs et ces joueuses n’ont pas toujours les moyens de rémunérer leur entraîneur pour que cette personne les suive où qu’ils ou elles se rendent. Pourtant, leur présence lors des différents tournois, même ceux du circuit secondaire des challengers, est hautement recommandé pour que les athlètes évoluent, progressent. Et, tout simplement, aussi dans le but de les aider à mieux accepter la défaite, qui, dans le tennis, revient très souvent.


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Parfois, il s’agit d’un véritable cercle vicieux, car, pour progresser, il faut grimper dans le classement mondial ; or, pour y parvenir, il faut multiplier les performances, remporter des tournois, et puis repartir au combat, tout le temps. Et sans coach, sans soutien moral à ses côtés, cela n’est pas toujours évident.

« Une question de vie ou de mort »

La joueuse Alizé Lim l’a bien raconté dans son livre, paru chez Vuibert en 2021. Elle raconte comment elle se retrouvait souvent seule dans sa chambre d’hôtel entre les matchs ou les tournois. Dans son récit, poignant, elle revient sur son parcours, sur sa passion dévorante pour le sport. Mais, plus que ça, Alizé se livre aussi sur ces difficultés rencontrées tout au long de sa carrière. Car la joueuse, consultante pour Eurosport, intervieweuse (pour les « Major Talk » de Tennis Majors) raconte aussi qu’elle a été détectée HPI ou « zèbre ». Une identification qu’elle a réellement comprise en tombant, un jour, sur un ouvrage de Jeanne Siaud-Facchin, qui signera la préface de son livre (pour en savoir plus, lisez ce témoignage tout autant bouleversant).

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Sacrée défi pour cette athlète hypersensible. Comme elle l’explique dans sa biographie Éloge de l’inconditionneltémoignage d’une zèbre sur le court, tout ce qu’elle vit sur le court est vécu à fond, tout est intense. Chaque point, en particulier, est perçu comme une « question de vie ou de mort », dira-t-elle au Magazine de la santé (France 5). Ce qui peut être très éprouvant à canaliser, d’autant qu’elle peut perdre le fil de la concentration finalement assez facilement durant les jeux. Et, à un moment, tout lâcher, alors qu’elle pouvait dominer son adversaire et être à quelques points de remporter un set. « Une mise à l’épreuve émotionnelle », elle glisse. Mais cela va plus loin : une défaite prend chez elle une proportion folle, « une sensation d’un couteau dans le ventre », « un poids dans la poitrine », dit-elle.

« Un gouffre de pensées »

Et de poursuivre, dans son ouvrage : « Le bouillonnement intellectuel se mettait au service de la dissection analytique de la défaite. Je tombais dans un gouffre de pensées qui me voyait décortiquer mes erreurs à l’infini, revivre les images du match perdu enregistrées avec une précision extrême. Cette ébullition cérébrale semblait fonctionner en co-relation avec une injection de poison en continu dans le corps. »

Un handicap qu’il faut donc apprendre à maîtriser, souvent loin de ses proches, tout en ayant à faire face aux blessures nombreuses. Et tout en essayant, également, d’avancer, de poursuivre sa carrière, de gagner des points pour grimper dans le classement WTA et de viser, pourquoi pas, le tableau principal des tournois les plus importants, comme ceux des grands chelems, tels que Roland-Garros.

Personnalité atypique

Son histoire de « zèbre » – « chaque HPI a une personnalité atypique, comme l’équidé présentant des rayures uniques », rappelle Jeanne Siaud-Facchin, Alizé Lim a eu la cœur de la dévoiler. Justement pour qu’on puisse sortir des idées reçues, des étiquettes qu’on a l’habitude de mettre à tout le monde.

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Elle remonte le temps, jusqu’à son enfance, multiplie les anecdotes qu’elle a cherchée au creux de sa mémoire, comme cette fois où elle a été excédée d’emménager avec sa famille. Pourquoi ? Car sa mère lui avait dit que chacun aurait sa chambre ; or elle remarque que ses parents partageront la leur. Dans le foyer, il y a 3 enfants, la jeune Alizé s’attend alors à voir 5 chambres, et non 4. « J’ai piqué une crise, car j’avais pris au premier degré le propos de ma mère. »


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Parfois on sort d’un chapitre en souriant. Mais c’est avant tout un témoignage utile pour mieux déchiffrer la joueuse de tennis, mais surtout la personne. Et pas besoin d’être fondu de la petite balle jaune (comme l’auteur de ces lignes)… / Philippe Lesaffre