Chaque année, à la fin du mois d’octobre, des milliers de naturalistes se rendent au festival international du film ornithologique (FIFO) de Ménigoute, dans les Deux-Sèvres. Plus de quarante ans après ses débuts, en 1985, son fondateur Dominique Brouard remonte les souvenirs. Dans cet épisode, il explique comment il en est arrivé à créer à Ménigoute la « Quinzaine de la nature », qui a préfiguré le FIFO, dont l’édition 2026 vient de démarrer.

Vous lisez l’épisode 2 de son manifeste. Retrouvez l’épisode 1, puis l’épisode 3.

Retrouvez aussi une partie de son texte dans Le Zéphyr n°25 dédié aux photographes et aux vidéastes naturalistes. Abonnez-vous pour le recevoir.

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En Isère, j’ai réalisé un rêve d’enfant, celui de découvrir la montagne dans une station principalement orientée sur les sports d’hiver. Néanmoins, j’ai côtoyé un milieu dont la majorité était âpre au gain. L’objectif consistait vaille que vaille à favoriser la consommation et je commençais à comprendre, avec mon épouse, que cela ne pouvait être notre projet de vie. La vie quotidienne en haute montagne est parfois compliquée en dehors des périodes touristiques. La neige tombe régulièrement, et il faut accepter l’isolement. À la naissance, en avril 1981, de notre premier garçon, Camille, nous avons senti qu’il était temps de tourner la page.

Mon objectif était de trouver un emploi porteur de sens en milieu rural. En octobre 1981, je me suis ainsi rendu à Poitiers après avoir repéré quelques adresses susceptibles de proposer un emploi répondant à mes attentes. J’ai frappé à la porte entrouverte de la Fédération des centres sociaux et socioculturels du Poitou (Vienne et Deux-Sèvres). J’y ai rencontré le délégué régional Patrick Bonneau qui m’a montré une carte sur laquelle figurait la répartition du réseau dont il s’occupait.

Emménagement à Ménigoute

Dominique Brouard

Le département des Deux-Sèvres comptait seulement deux équipements, dont le centre socioculturel situé au sein de la commune Les Forges (130 habitants environ) et agissant au niveau du canton de… Ménigoute, marqué par l’exode rural. L’établissement a été créé en 1975, mais il avait déjà perdu de nombreuses dotations et avait dû licencier son animatrice.

On m’a alors invité à proposer ma candidature. J’ai sauté le pas, enthousiaste, et quelques semaines plus tard, je me suis installé en famille dans cette région que j’ai bien connue durant mon enfance. Un accueil on ne peut plus chaleureux nous a été réservé.

Dans notre esprit, nous ne faisions que passer, et je n’imaginais pas rester longtemps au sein de la Gâtine poitevine, au milieu des paysages de mon enfance.

Une « Quinzaine de la Nature »

D’emblée, j’ai proposé d’organiser une « Quinzaine de la Nature ». Je souhaitais mettre en place au moindre coût des activités autour de l’éducation et de la sensibilisation au vivant. Cette première étape a connu une mobilisation étonnante de la part des publics de toutes les générations. Expositions, projections de films préconisant protection et connaissance des espèces et des milieux, ateliers et conférences ont mobilisé les habitants du territoire et des communes environnantes. Toutes les écoles du canton, sans exception, ont adhéré au projet.

Les tâches à accomplir ne manquaient pas, l’aide de ma femme Christine a été essentielle. Elle a notamment préparé une exposition en s’inspirant du journal La Hulotte, avec l’aimable consentement de l’auteur Pierre Deom. Elle a participé à l’animation d’ateliers auprès des enfants des écoles. Le Groupe ornithologique des Deux-Sèvres, tout juste créé, s’est joint à nous.

Lors de ce premier événement, nous avions diffusé de nombreux films documentaires. Tout d’abord, grâce à la cinémathèque du ministère de l’Agriculture, une soirée « cinéma non-stop », a été programmée – de 20h30 à 1 heure du matin. J’en garde un excellent souvenir, la majorité du public découvrait une forme de cinéma singulière, engagée et qui donne à réfléchir. L’un de ces films m’a profondément touché : La fin d’un mythe, une référence dans l’histoire du documentaire animalier, selon moi. Produit par l’Office national du film du Canada, le documentaire a été réalisé en 1971 par Bill Mason, cinéaste animé d’un indéfectible amour pour la vie sauvage. Il explore l’histoire du loup canadien et la relie à celle d’autres espèces, victimes également de l’humain et de sa technologie.

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Comme à Chamrousse (voir l’épisode 1), j’avais demandé à Michel Terasse, ornithologue qui a notamment œuvré pour réintroduire les vautours en France (voir Le Zéphyr n°11), de présenter deux de ses réalisations, Les Faucons d’Eléonore et Le Bal des Charognards. Des spectateurs de tous les âges ont assisté à la projection.

Des documentaires qui font réfléchir

Le public du Ménigoutais, comme ailleurs, comptait de nombreux chasseurs. J’avoue avoir craint des échanges compliqués, voire agressifs, en particulier sur les pratiques de la chasse, très répandues en milieu rural. Mais il ne s’est rien passé. Bien au contraire, les films de Michel Terrasse ont plutôt permis d’ouvrir le dialogue et de parler de la situation des populations de rapaces à la campagne.

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L’histoire pouvait ainsi se poursuivre. En 1983, pour la deuxième édition de la « Quinzaine de la Nature », nous avons présenté une exposition dont l’objectif était de démontrer les vertus de la haie et du bocage. Je me souviens qu’un journaliste m’a demandé si nos sujets « écolos » pouvaient être utiles au territoire, qu’il s’agisse d’emplois ou de développement économique. Spontanément, j’ai évoqué la création, dans la région, d’un centre permanent d’initiatives pour l’environnement (CPIE).

En 1984, après un an de réflexion et une étude de faisabilité, la commune de Coutières, à côté de Ménigoute, dont l’école venait de fermer, a été retenue pour l’implantation dudit établissement. Une association a été lancée en vue d’en assurer la gestion et l’animation. Et c’est à l’occasion de l’assemblée générale constitutive que j’ai proposé, pour la première fois, de créer un festival en lieu et place de la « Quinzaine de la Nature ». Avec cette volonté de valoriser l’identité naturaliste du territoire.

Sans imaginer ce qui allait se passer en matière d’évolution des technologies, j’étais persuadé que la diffusion des images allait croître sous des formes différentes. Il fallait par conséquent encourager la production et la diffusion de documentaires visant à sensibiliser à la nature et à sa protection. C’est un espace à occuper pour alerter le plus grand nombre sur le sort des populations animales. / Dominique Brouard

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