La structure s’engage depuis 2013 pour offrir aux amateurs de jeux vidéo un grand bol de nostalgie. Autour d’un système simple à télécharger sur le web, l’association, composée de bénévoles, permet de se replonger dans les jeux d’antan. Une démarche de partage et de préservation, que nous explique Fabrice Boutard, son porte-parole.

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Le Zéphyr : Qu’est-ce qui a permis l’émergence de Recalbox ?

Fabrice Boutard : Tout est parti d’un constat simple. Il y a un peu moins de dix ans, Digital Lumberjack, le fondateur de Recalbox est allé passer ses vacances de Noël en famille. Sa sœur, qui était également présente, voulait rejouer au Roi Lion sur Super Nintendo et, évidemment, la machine d’origine avait disparu. Elle a sans doute été bazardée comme ça s’est fait pour beaucoup d’autres consoles anciennes. Digital Lumberjack, qui est lui-même développeur, s’est rendu compte que les solutions existantes n’étaient pas appropriées. Il fallait installer des programmes, chercher des dossiers, apporter des roms (archives de jeux, ndlr) sur un ordinateur. Pas idéal pour sa sœur. Il s’est dit qu’il avait peut-être quelque chose à faire pour faciliter les choses. Ses trois semaines de vacances ont donc été consacrées au développement d’une première version de Recalbox. Le code source a été publié sur le web pour être accessible à tous, et c’est là que tout a vraiment commencé.

C’est-à-dire ?

À partir du moment où le code source était libre d’accès sur le web, une communauté s’est formée autour du concept, et des gens s’en sont emparés. Quand on sait la difficulté que représente le fait de retrouver une vieille télé, le prix minime d’un miniordinateur Raspberry Pi sur le web et le potentiel du projet, la sphère des technophiles et les retrogamers se sont lancés dans l’aventure.

Il y a certes ce plaisir de rejouer au Roi Lion, mais Recalbox est plus que ça. Il y a cette volonté de conserver un patrimoine, non ?

Notre vocation première est de sauvegarder et maintenir en vie le patrimoine vidéoludique de notre enfance. Personne ne s’y intéresse à la base. Beaucoup d’éditeurs ont laissé les jeux en déshérence et ont, parfois même, perdu le code source de leurs programmes. De fait, certains Final Fantasy sont simplement irrécupérables. Des jeux très célèbres auraient été impossibles à rééditer à l’identique si la communauté des passionnés n’avait pas fait un gros travail de préservation des roms et des programmes. Les éditeurs, il faut le dire, se sont contentés de sortir un jeu et de faire de l’argent. Ils n’ont jamais eu de volonté de préserver quoique ce soit. Au-delà, aucune autorité nationale ou internationale ne s’est engagée à reconnaître le jeu comme forme d’art majeure. On ne retrouve donc nulle part en France de musée dédié à ce domaine.


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Rien n’est donc fait en France pour préserver le jeu vidéo ?

Il existe une préservation par ricochet au travers du dépôt légal. Ce dépôt n’a aucune vocation initiale à sauvegarder le jeu vidéo. La loi stipule que toute structure qui édite quelque chose sous format physique doit en remettre une double copie aux services de la bibliothèque nationale de France. C’est très limité comme procédé dans la mesure où tous les éditeurs ne jouent pas le jeu. Il arrive même que la BnF doive faire la police pour s’assurer de recevoir ses exemplaires.

Par ailleurs, nous sommes dans un pays où l’on charge le jeu vidéo de toutes les accusations, de tous les maux. Il contribuerait à former des terroristes et des meurtriers. Il rendrait les jeunes fous. Avec un tel discours en face de nous, il était évident que toute la démarche de préservation ne pouvait reposer que sur les épaules des passionnés. / Propos recueillis par Jérémy Felkowski

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