Saype, le street-artiste écolo qui veut laisser une trace


Saype pulvérise les pelouses de peintures biodégradables. Le street-artiste écolo réalise des fresques éphémères pour délivrer des messages de paix. A tout juste 30 ans, il compte laisser une empreinte.


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« Dans certains pays, on cherche à construire des murs, ici, en France, on continue de créer des liens entre les gens à Paris. Et je suis très honoré de porter une pierre à l’édifice. » Entouré de ses assistants – ses « meilleurs potes », nous précisera-t-il – Saype peut sourire. La casquette vissée sur le crâne, le jeune trentenaire se tient sur la Tour Eiffel devant les caméras. En ce mois de juin 2019, le street-artiste vient de réaliser « l’œuvre de (sa) vie », Beyond walls, une peinture géante sur les Champs-de-Mars représentant de longues poignées de main. Une fresque qui permet de rappeler que les gens se serrent encore… les coudes dans ce monde de brutes.

Dans son discours d’inauguration de sa peinture, l’artiste rend hommage à toutes ces personnes décidant d’aller sauver des vies de réfugiés. A côté de lui se tient Francis Vallat, le patron de SOS-Méditerranée, l’association partenaire qui part en mer régulièrement en solidarité aux migrants, ravie de bénéficier d’un ambassadeur de ce poids. L’objectif de Beyond walls : réaliser une chaîne humaine géante dans plusieurs villes d’Europe, mais aussi en Afrique dans les prochaines semaines…

Une peinture écolo

« On est dans un monde dans lequel les gens se replient sur eux-mêmes. Or, ensemble, on peut résoudre de nombreux problèmes, nous explique-t-il en janvier 2020 quand on l’interroge sur sa démarche engagée. A travers mon art, j’ai envie de délivrer des messages de paix. » D’où son nom de scène, qui est l’abréviation de Say Peace. Ce pseudonyme, Guillaume, de son prénom, l’a adopté à l’école.

Cela fait plusieurs années que Saype pulvérise de la peinture sur l’herbe, en pleine nature, dans les environs de Belfort où il a grandi, dans les Alpes ou au bord d’un lac suisse. Il a souvent été question de solidarité, mais les questions écologiques n’ont jamais été loin de sa réflexion. « Pour que ça fasse sens, je ne peux pas utiliser de l’acrylique classique. » Saype opte pour des ingrédients écologiques, biodégradables, qui n’impactent pas les sols ornés. Son mélange à base de craie et de charbon n’abime pas la terre, qui reprend ainsi le dessus quelques jours ou quelque mois plus tard. La pluie, les orages et la pousse de la pelouse finissent par effacer ses peintures éphémères. Même s’il passe beaucoup de temps sur son atelier à ciel ouvert, cela ne l’enquiquine pas. Bien au contraire. « Le côté éphémère m’intéresse beaucoup. Il n’y a pas besoin de trace physique pour marquer les esprits des gens », précise l’ancien graffeur.

Ses œuvres « fascinent les gens »

Exemple, en 2016, quand Saype, qui multiplie les projets à droite, à gauche, passe de l’ombre à la lumière. Dans les Alpes vaudoises, il réalise une peinture éphémère d’un berger de 100×100 m sur un important dénivelé. « C’est mon premier coup médiatique fort : quatre ans après, on continue de m’en parler. Cela me fait délirer. Selon moi, le fait de savoir que l’œuvre va s’effacer à un moment donné incite d’ailleurs les gens à venir voir rapidement. Ils se disent : ‘C’est maintenant ou jamais.»

saype à paris pour laisser une trace de street-artiste

Saype, à Paris (réalisée à partir d’une capture écran)

On lui demande pourquoi son land art attire. Il prend le temps de réfléchir à sa réplique. « C’est assez nouveau et surréaliste, glisse le peintre. On perd la notion de l’échelle, et il y a aussi le coté mystérieux qui fascine les gens : on se demande comment l’artiste a pu faire un truc aussi volumineux. » En tout cas, ça marche, les commandes s’accumulent pour Guillaume, que le magazine Forbes choisit de classer parmi les artistes de moins de 30 ans les plus influents dans le domaine de la culture. A sa plus grande surprise : « Je ne connaissais pas, admet-il le sourire aux lèvres, mais c’est sûr que c’est une reconnaissance du travail accompli. » Saype n’en dit pas plus. Pas la peine de se mettre davantage en avant.


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En quête d’exploits artistiques

On pose la question qui titille. Un artiste doit-il chercher, coûte que coûte, la notoriété, ou cela reste-t-il secondaire ? Guillaume ne s’en cache pas et réplique par l’affirmative : « Ce n’est pas une finalité en soi mais il faut passer par là pour réussir à captiver l’attention, délivrer des messages, impacter la société et, aussi, j’avoue, vivre de son art. » Lui y arrive depuis trois ans, désormais, pour lui et ses deux assistants qui l’aident à fabriquer sa peinture, et qui se chargent de la logistique. Pour autant, il insiste : le message de l’œuvre reste plus important que l’artiste.

Un artiste qui s’est installé de l’autre côté de la frontière, en Suisse, auprès de sa femme. Mais il la voit peu. Ses projets, aux quatre coins du globe, lui prennent du temps. Beaucoup de temps.

Saype délivre des messages avec ses oeuvres géantes sur l'herbe

Pour son Beyond walls project, outre Paris, il a filé en 2019 à Andorre et Genève. Puis s’est rendu à Berlin, à l’occasion des 30 ans de la chute du Mur. Né en 1989, ce garçon y a laissé quelques traces de sa peinture perso dans un ancien No man’s land entre l’Est et l’Ouest.

Cette année, Saype est notamment attendu en Afrique dans le but de poursuivre sa chaîne de solidarité artistique. Objectif : peindre une œuvre encore plus étendue qu’à Paris. On l’imagine tel un sportif se préparant à réaliser un nouveau record. Saype, friand d’exploits, veut pousser sa limite « au max ». Toujours plus haut, toujours plus loin… / Frédéric Emmerich