Plus d’une semaine après le début du conflit, Le Zéphyr a voulu comprendre comment s’organisait l’accueil des réfugiés ukrainiens. L’ONG internationale World Vision a installé, à Siret, ville roumaine frontalière de l’Ukraine, un campement visant à prendre en charge les milliers de femmes et d’enfants, principalement, sur les routes pour fuir les conflits.

Le 4 mars, plus d’un million de personnes avaient fui les combats en Ukraine, selon les Nations Unies pour les réfugiés. A Siret, dans le Nord-Est de la Roumanie, tout près de la frontière, l’ONG World Vision, depuis son campement, a accueilli, en une semaine de combats, près de 70 000 réfugiés, comme elle l’a précisé au Zéphyr, le 4 mars. « Le pire est à craindre », lance Raphaele Vauconsant, directrice des relations extérieures de Vision du monde, la branche française de l’ONG de solidarité internationale, qui vient en aide aux enfants les plus vulnérables.

Ceci est le deuxième épisode de notre série sur le conflit en Ukraine.

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carte ukraine

« Les humanitaires réceptionnent les familles, principalement des femmes et des enfants »

Le Zéphyr : l’ONG World Vision est présente à Siret pour accueillir des réfugiés qui passent la frontière, comment les aidez-vous ?

Raphaele Vauconsant : Juste après le début du conflit, jeudi dernier, Vision du Monde, qui fait partie de l’ONG World Vision, présents dans plus de 100 pays, a décidé d’établir un camp de base et de déployer une réponse d’urgence à Siret, au nord de la Roumanie, ville frontalière avec l’Ukraine. Le campement se situe derrière les postes-frontières. Des équipes, sur place, accueillent les réfugiés ukrainiens ou habitants de l’Ukraine. Les personnes réceptionnent les familles, principalement des femmes et des enfants. Souvent, les femmes viennent de quitter leur mari, par exemple, qui ont accompagné jusqu’à la frontière leurs proches. Eux, n’ayant pas le droit de quitter l’Ukraine, repartent au combat. Ainsi, femmes et enfants se retrouvent isolés, en Roumanie. Certaines personnes ont de la famille ou des amis qui les récupèrent pour les emmener plus loin, et les accueillir chez eux. Or, beaucoup, évidemment, se retrouvent sans rien. Et ne savent pas où aller. Et c’est là que nous intervenons. Nous aidons surtout des Ukrainiens de la partie Sud et Sud-Ouest du pays.


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Concrètement, que leur proposez-vous ?

Concrètement, les équipes les réceptionnent après qu’ils ont passé la frontière, ce sont des personnes en détresse psychologique absolue. Ce sont des personnes qui ont parfois beaucoup marché, parfois des heures pour se retrouver de l’autre côté de la frontière, avec une valise. Leur vie a basculé en un instant, et elles ont dû quitter leur confort. Une centaine d’humanitaires a été déployé à l’heure actuelle. Il y a une prise en charge psychologique avec des personnes spécialisées en gestion de stress post-traumatique, il faut essayer de répondre à leur détresse. On les écoute, on essaye de les épauler, elles nous racontent ce qu’elles viennent de vivre. Certains ont peur de ne plus revoir leur famille restée sur place, le père resté pour défendre l’Ukraine.

Il y a des tentes dans lesquels les réfugiés peuvent s’allonger, dormir. Et l’ONG fournit aux familles des produits de première nécessité, des kits d’hygiène d’une valeur de 30 dollars : c’est du savon, des brosses à dents, du papier toilette, des peignes. On a des latrines et des points d’eau potable. On donne également des kits pédagogiques aux enfants pour leur permettre, une fois qu’ils se sont posés, de s’évader, avec des cahiers de coloriage, des ciseaux, des crayons, de la colle.

DR Vision du monde

Vous avez mis en place un fonds d’urgence ?

World Vision collecte de l’argent. L’aide se fait ainsi, car la livraison de produits est compliquée à mettre en place. Notre bureau World Vision Roumanie se charge d’acheter les biens distribués sur place. Par ailleurs, les équipes sur place témoignent d’un élan de générosité de la part des Roumains, qui distribuent des produits très nécessaires, comme des couvertures, par exemple. Il fait très froid actuellement, notamment la nuit.

« Dans les prochaines semaines, 5 millions d’Ukrainiens devraient quitter le pays »

Combien de personnes avez-vous accueilli jusque là ? Comment voyez-vous la situation évoluer ? (l’entretien a été effectué le vendredi 4 mars, au matin, ndlr) 

Des centaines de personnes arrivent par jour. 70 000 personnes quasiment sont passées par le camp depuis le début du conflit (chiffre à jour le 4 mars). La situation est volatile, c’est très compliqué de prévoir… Même si certains restent quelques jours pour se reposer, ce n’est pas le cas de tous les réfugiés. Beaucoup s’arrêtent quelques heures avant de reprendre leur route. Direction : Bucarest, mais aussi d’autres pays, comme la Hongrie ou la Slovaquie. Des campements sont construits chaque jour pour accueillir le plus de monde possible. Car on s’attend à ce qu’il y ait dans les prochaines semaines 5 millions d’Ukrainiens quittant le pays (plus d’un million de personnes a d’ores et déjà quitté le pays, au 4 mars 2022). Et la Roumanie fait partie des pays d’accueil.


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Vous n’êtes pas optimistes pour les prochains jours ?

Le pire est à venir. La situation va se dégrader, j’ai peur. Les Russes semblent dans une logique d’encerclement des villes. Et il y aura sans doute des sièges. Je souhaite ainsi qu’un maximum de familles puissent quitter le pays et éviter les batailles. Ce sont des vies qui ont été brisées. / Propos recueillis par Philippe Lesaffre

Ceci est le deuxième épisode de notre série sur le conflit en Ukraine.