Maël de Calan, la Voie loyale

Il avait tout pour réussir auprès d’Alain Juppé, mais a finalement échoué face à l’archi-favori Laurent Wauquiez dans la course à la présidence des Républicains.



Un CV en béton, Sciences Po, HEC, un engagement sans faille à droite, un fief breton, un profil de gendre idéal. Et pourtant, en juin 2017, la vague « En Marche » a balayé ses espoirs d’entrer au Parlement. Au lieu de raccrocher, il a rebondi en se présentant à la présidence des Républicains. Mais qu’est-il allé faire dans cette régate ?

Le Bourbon, la brasserie sise face à l’Assemblée nationale, est plein comme un œuf. « Allons voir ailleurs. » Une belle métaphore du cheminement de Maël de Calan, un « conservateur prudent » de 37 ans, aujourd’hui candidat à la présidence des Républicains face à Laurent Wauquiez.

L’histoire débute au bord des falaises heurtées du Finistère, dont il est natif. Ses deux amours – la mer et la politique – n’ont de cesse de l’y ramener. Heureux qui, comme lui, a fait un beau voyage, du côté de Sciences Po et Saint-Germain-des-Près. Mais, c’est l’air marin qu’il préfère.

Par deux fois, il lâche de lucratifs métiers pour s’adonner à ses passions. D’abord en 2009, où il abandonne une banque d’affaire pour se lancer dans un tour du monde à la voile à l’invitation du skipper du Pen Duik VI. Ensuite, en 2017, où il laisse sa place dans une start-up pharmaceutique, pour tenter sa chance aux élections législatives.

l'assemblée nationale

Aux portes du Palais Bourbon

Mais, en 2017, voici qu’il chavire aux portes du Palais Bourbon. Lui, adhérant au RPR à 17 ans, président des sections UMP de Sciences-Po et de HEC, membre de l’Institut Montaigne, co-rédacteur du programme présidentiel d’Alain Juppé ; lui, qui sillonnait Roscoff depuis 4 ans, en tant que conseiller municipal et départemental ; lui s’est fait doubler dans sa 4e circonscription du Finistère, par une inconnue de 26 ans estampillée « En Marche » et répondant – accessoirement – au nom de Sandrine Le Fleur.

Après une telle pantalonnade – comme on disait à l’époque du Général –, Maël de Calan aurait pu tout envoyer paître, jouer les notables indignés, signer dans une banque privée et faire de l’argent à gros coups de fusacs. Mais voilà qu’il rempile chez les Républicains, pour mener un combat perdu d’avance contre Laurent Wauquiez. Une mission kamikaze, pour laquelle aucun baron, de Xavier Bertrand à Valérie Pécresse, n’a voulu se sacrifier. Pourquoi donc aller au casse-pipe ? Peut-être pour la beauté du geste. Car Maël de Calan a des principes. Nous prenons une table au Transit, en terrasse du terminal des Invalides. On se tutoie : nous n’avons que deux ans d’écart et ne nous prenons pas (encore) au sérieux.

Tu as étudié à Sciences Po. De nombreuses personnes y vont pour de mauvaises raisons, quelles sont les tiennes ? « Parce que j’étais passionné d’histoire, de droit constit’. C’était pour les matières. Et aussi le côté prestigieux de l’école. »

Et l’ENA ? « Je n’ai jamais tenté. J’ai fait un stage en cabinet ministériel, et certains hauts fonctionnaires que j’y ai croisés ne m’ont pas donné envie de passer l’ENA. Certains conseillers d’État ont quand même réussi à se persuader que le job le plus prestigieux dans ce pays, c’était de bosser à la bibliothèque !* L’idée d’avoir une carrière toute tracée me rebute assez. Mais j’ai parfois regretté ce choix. J’ai été un peu jaloux de mes copains qui y sont entrés et sortis dans la botte, mais ce n’est plus le cas. »

De Calan et Juppé

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 « Je revendique une filiation politique avec Juppé« 

Les Perrier servis, j’entre dans le vif du sujet. La droite chez les De Calan, c’est une presque tradition, non ? « Eh bien, ma famille est plutôt démocrate-chrétienne et libérale. Mon père était proche de Madelin. Moi, j’ai plutôt été séduit par le Général de Gaulle, je me suis engagé en politique à travers une dimension historique. Mais, à 18 ans (quand il est entré au RPR, ndlr) je n’avais pas une grande maturité politique… par contre, j’aimais l’histoire. »

Après 10 ans de militantisme, tu as choisis Alain Juppé, en pleine maturité cette fois. Pourquoi ? « Je revendique une filiation politique avec Juppé. Pour moi, il n’incarne pas seulement la droite girondine, européenne et libérale. Il incarne aussi une manière de faire de la politique fondée sur l’exigence et l’éthique.

En fait, je me reconnais à la fois dans sa parole et dans son personnage. » Pourtant, c’est connu, ces personnages-là, dont Jospin faisait aussi partie, ont toujours été trop ennuyeux pour gagner ! « Je ne suis pas d’accord. Je crois justement que les gens en ont marre de la politique du buzz et du clash. Je ne suis pas dans la séduction. J’essaye simplement d’incarner une droite sérieuse, crédible et modérée. Mais ça n’interdit pas de faire de la politique de manière plus fraîche. » Il est donc logique que le jeune homme se dresse face à Laurent Wauquiez, dont il juge la ligne trop « contestataire, transgressive et clivante « .


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 « L’engagement politique est devenu extrêmement aléatoire« 

Nous réglons l’addition pour marcher un peu dans le quartier des ministères. Alors que les lourdes portes d’un Hôtel particulier se ferment devant nous, j’improvise. Tu as été la « boite à idées » de Juppé, alors que tous le prédisaient à l’Élysée. Tu t’y voyais déjà ? « Non, je ne dirais pas ça. Mais c’est vrai qu’à plusieurs reprises – à l’époque j’étais conseiller économique de Juppé – quand on préparait les débats ou qu’il arbitrait son programme, j’avais le sentiment, pour la première fois dans mon engagement politique, d’avoir un impact réel sur le cour des choses. » Et qu’as-tu ressenti lorsque qu’une inconnue de 26 ans a gagné aux législatives contre toi ? « Je m’y attendais pas. Sauf, à la fin où j’ai senti monter la vague de LREM.

J’ai vécu ça comme une forme d’incohérence. Tout ce en quoi je croyais a été battu en brèche. J’ai beaucoup pensé à Jean-Jacques Urvoas, ancien Garde des Sceaux, lui aussi battu à Quimper par un illustre inconnu. Oui, quand l’inexpérience bat l’expérience, quand le parachutage bat l’enracinement, ça donne envie de raccrocher. Et ils ont été très nombreux, autour de moi, à jeter l’éponge. » Pourquoi pas lui ? Ce passionné de voile aurait-il, comme la plupart des navigateurs, un goût immodéré pour l’aventure ?

Un homme politique m’a dit un jour : « On est que des intermittents du spectacle. » Tu n’as pas eu cette impression le soir de ta défaite ? « En effet. C’est une facette du métier que j’ai découverte et qui ne me plaît pas. L’engagement politique est devenu extrêmement aléatoire, à cause du manque d’éthique de beaucoup d’élus. À mes yeux, c’est une étape supplémentaire dans la décomposition de la vie politique. »

de calan sur un banc à paris

« Là, je me mets à mon compte« 

Devant une porte d’un bleu vif, je prends quelques clichés. Comme s’il avait anticipé mes pensées, le Breton enchaîne : « Pendant la campagne des législatives, j’ai dit : « Je suis Macron-compatible. » Mais je ne me vois pas suivre les constructifs (des Républicains). Soit on part, soit on reste, mais si on reste, on tire pas sur l’ambulance. » Je comprends ici pourquoi Maël de Calan jouit d’une bonne réputation au sein de son parti. Une réputation qui lui vaut le soutien de ténors, tels que Jean-Pierre Raffarin, Patrick Devedjian ou Dominique Bussereau.

« Et puis, conclut-il, j’ai aussi de vrais désaccords avec Édouard Philippe ou Gérald Darmanin, sur la fiscalité notamment. Il faudrait aussi aller beaucoup plus loin sur la politique économique. » Pour l’éloigner des discours convenus et un peu récités, je lui demande ce qu’il a ressenti le jour où il se décida à tenter sa chance dans la course à la présidence des Républicains. « Un mélange d’excitation et de résignation. Là, je me mets à mon compte. »

As-tu peur ? « Non. Je n’ai pas peur. J’ai envie de dire des choses. L’intérêt de cette campagne, c’est qu’on nous tend le micro. » Même pas peur qu’on ressasse les histoires sur ton père ? (Dominique De Calan a été condamné dans l’affaire de l’UIMM, la machine à cash du MEDEF). « Bof. À chaque fois que je sors du bois, ça ressort. Quand j’ai écrit mon livre sur le FN pour dénoncer leur programme (La vérité sur le programme du Front national, Plon, 2016), on a lancé une petite campagne sur les réseaux sociaux. Mais est-ce qu’on est responsable des erreurs de ses parents ? La faute ne se transmet pas de génération en génération. Moi je suis très fier de mon père. Donc, non, ça ne me fait pas peur. »

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Finalement, nous prenons un banc public dans le square Samuel Rousseau, cerné par les ministères. Tu ne crains pas que tout s’arrête, politiquement, au soir du 10 décembre (premier tour de l’élection du président des Républicains) ?

« D’abord, et ça je l’ai même dit dans Quotidien (sur TMC). Je sais que je ne gagnerai pas. Mais je veux peser en interne. Je n’ai pas envie d’être vice-président au chou farci. Mais, avant tout, je suis impatient de commencer à travailler. Je ne vis pas l’engagement politique comme une carrière. C’est juste une étape de ma vie.

Là, je profite d’une opportunité qui m’est offerte de défendre des idées, mes idées. Si on fait un beau score, on pourra structurer un mouvement de pensée. Si on fait un mauvais score, je raccrocherai ; au moins un temps. Je n’ai ni la volonté, ni l’intérêt de m’inscrire dans un parcours politique de 40 ans. Si c’est un mauvais score, pour moi ce sera off. » / Jacques Tiberi

* Pour comprendre cette private joke énarchique, il faut avoir visité le Conseil d’État. Au deuxième étage du Palais-Royal se trouve la salle René Cassin : une vaste bibliothèque en forme de L, où les juges de la haute juridiction se réservent une place attitrée et inamovible, pour des siècles et des siècles… vive la France !