Discussion avec la chanteuse Mood, remarquée par la critique pour son premier album jazzy intitulé Do Om. Un échange lointain avec une immense femme chanteuse.


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En toute fluidité entre deux éclats de rire. On parle beaucoup d’un pont entre les univers de Mood l’indienne et l’islandaise Björk. Mais on peut sans doute aussi aller regarder du côté de chez Barbara. Le naturel de certaines personnes se passe parfois de commentaires. Il suffit de les écouter, leurs mots sont simples, limpides, tout est cohérent dans un équilibre sensible entre le présent, le passé et l’avenir. Elles sont sur la route, elles suivent leur chemin.

Râgas

Le Zéphyr : La rumeur dit que tu es actuellement en train d’écrire et de composer un nouvel album…

Mood : Oui ! J’écris et compose un peu en permanence. Là, je suis concrètement dans une dynamique de création pour un deuxième album. J’aime toujours avoir le choix et écrire différentes choses, donc je le fais. Écrire dans une démarche de chanson populaire et, en français, c’est assez nouveau pour moi, donc je travaille, j’explore ces matières-là. J’aime être dans un processus de créativité constant. Je me nourris de plein de choses pour ça, pour faire éclore de nouvelles choses.

Comment ces nouvelles chansons pointent-elles le bout de leur nez ? En général, ça part de mon état d’esprit, et justement Mood veut dire « état d’esprit », cela part de cette intention première là. Parfois, je vais avoir envie d’exprimer tel sentiment. Quel est le sous-texte ? Quelle est l’intention primaire, primale d’une chanson en train de naître ? Parfois, c’est d’abord un texte qui va venir, un peu plus généralement, c’est d’abord une mélodie qui va épouser cet état d’esprit-là, cette humeur, cette atmosphère.

Une musique classique ethnique m’a beaucoup influencée, c’est la musique indienne, la musique classique d’Inde du Nord. Ce qui lui est spécifique, c’est qu’on utilise des Râgas. Ce sont des échelles mélodiques qui représentent ou qui sont affiliées à une humeur, à une atmosphère, à une couleur.

Même si je ne les utilise plus nécessairement et que je m’approche de la musique tonale, je pars vraiment de ça, en fait : une couleur, un état d’esprit, une humeur, une atmosphère, une émotion première qui va guider la création d’abord embryonnaire d’une chanson. Parfois tu vois venir une mélodie qui raconte quelque chose et le texte ensuite. Ou inversement. C’est un processus où les choses se complètent, parfois ça part aussi d’une grille harmonique, d’une suite d’accords, toujours d’une envie de musique à transmettre en particulier.

Et c’est solitaire ou tu bosses avec d’autres ? T’es chez toi, toute seule, à créer ?

En général, je suis toute seule à créer. Et sur ce deuxième album, j’ai eu la chance de travailler aussi avec d’autres talentueux artistes, auteurs ou compositeurs. Par exemple, sur les quatre premiers titres, Phil Baron, le frère de Zazie, est intervenu. Il lui avait composé les chansons que je préfère comme « J’envoie valser », « Chanson d’ami », « Encore heureux » ou « Adieu tristesse ». Il m’a composé une mélodie et une harmonie.

Et puis j’ai utilisé deux textes que j’ai co-écrit avec un auteur qui s’appelle Fred Berry… c’est mon voisin. Il commence à écrire, il est dans un autre domaine que le domaine artistique, donc c’est rigolo – c’est une collaboration qui est née assez spontanément. Il m’a transmis deux textes qui m’ont touchée, que j’ai réadaptés. Mais sinon, en général, tout ce que je fais dans ce processus créatif depuis des années et notamment depuis un an, c’est vraiment une création solitaire.

Vers l’extérieur

Est-ce que tu te mets dans un état d’esprit ? Ou est-ce qu’il s’impose à toi ?

Alors, il n’y a rien qui s’impose, c’est juste laisser de la fluidité à ce qui doit s’exprimer… C’est laisser place à quelque chose qui surgit, qui me traverse, par rapport à ce que j’ai pu vivre. Cela s’apparente un peu au travail d’un écrivain qui parfois met des bouts de lui, de son histoire personnelle, romancée, amplifiée, transformée quelque peu sous les traits d’un personnage dans un livre. Il y a un peu de ça. Il y a des échos qu’on trouve dans ce qu’on vit en tant qu’être humain, dans ce qu’on fait, des choses qui vont nous toucher, nous inspirer.

C’est un travail d’adaptation : mettre son prisme là-dedans à travers quelque chose qu’on va pouvoir ressentir et qu’on va pouvoir sublimer ou amplifier par cet outil artistique merveilleux qu’est la chanson, comme la photographie d’un instant, quelque chose qui doit être court pour évoquer des choses assez profondes, et en même temps personnelles. Quelque chose d’assez intime dans mon ressenti. Et souvent, j’ai cette volonté de partir de l’intérieur pour l’emmener vers l’extérieur.

Donc, quelque chose de très viscéral naît dans mon ventre : une émotion, un état d’esprit et je vais aller tirer les fils, tisser quelque chose, pour le délivrer à l’extérieur de moi. Et la question, c’est : « Comment le public peut-il se retrouver là-dedans ? Comment rendre ça universel, accessible, comme parler de quelque chose que je ressens de manière très personnelle, mais dans lequel chacun peut retrouver un écho… » De quelque chose de petit on va vers quelque chose de plus grand qui va à l’extérieur et qui finit par ne plus nous appartenir, parce que la chanson, quand elle est terminée, ça y est, elle ne nous appartient plus, elle vit sa propre vie. J’aime bien cette idée-là…

À qui appartient une œuvre en fait ?

Je pense que les artistes ne sont que des catalyseurs. Quand je compose, je ne me dis pas que c’est juste mon petit nombril qui détient un pouvoir incroyable de créativité ! Être artiste, c’est être en capacité de se mettre en état d’antenne, de réceptivité à des choses qui nous traversent ou qui planent dans le monde.

Il s’agit d’exprimer ça à travers ses propres couleurs, ses propres prisme, puis de catalyser le tout ; un tout qu’on rediffuse à sa manière à l’extérieur… La musique c’est quand même avant tout un état de communion. C’est quelque chose qu’on partage. J’aime bien cette idée-là : on est des transmetteurs.

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Français miroir

Cela rappelle un peu ton expression du « français miroir » ?

Alors, le « français miroir », c’était un terme que j’avais utilisé parce qu’à l’époque, j’aimais pouvoir chanter dans un langage inversé qu’on ne comprenait pas intellectuellement, mais qui pouvait se réfléchir en miroir dans le cœur ou l’inconscient de chacun pour être dans l’incarnation de la voix-instrument. Je voulais délivrer des messages inconscients en laissant place à l’émotivité pure de la voix, du timbre, de la couleur (parce que je travaille beaucoup l’idée de recherche de timbre et de couleur).

Effectivement l’idée du miroir, c’est l’idée de quelque chose qui se réfléchit en l’autre. Je pense que les êtres humains dans tout type de relation, tout type de rencontre, sont des miroirs les uns pour les autres. J’aime l’idée de pouvoir faire rejaillir avec peut-être un autre parfum, une autre façon de dire, avec d’autres mots, ce que l’autre sent. Comme je travaille aujourd’hui sur la dimension du texte, c’est quelque chose d’encore plus exigeant.

Je dois vraiment porter attention aux mots que j’emploie, à ce qui se dégage, à ce qu’ils génèrent en terme d’atmosphère, d’énergie, d’évocation… Donc c’est un travail encore plus profond que d’écrire de la musique purement instrumentale, pour moi, dans l’expérience que j’ai actuellement.

Le français miroir était donc une étape… Comment la décrirais-tu ? 

Le français miroir m’a permis de m’amuser avec ma voix dans toutes ses possibilités, parce qu’à la base, je me sens vraiment plus instrumentiste que chanteuse, dans l’approche de ma propre voix. J’aime utiliser cette voix comme un instrument et comme une porteuse d’émotion pure. C’est ça qui m’intéressait dans son expression. Et le français miroir me permettait à cette époque-là de lâcher le mental. J’avais envie de proposer des spectacles où on lâchait le mental, l’intellect, très présent dans nos sociétés occidentales, pour que les gens se permettent d’être ouverts à l’émotion pure, à la magie des couleurs, des timbres, juste pour recevoir sensuellement, physiquement, dans leurs oreilles, sur leur peau, l’impact d’une voix, d’un violoncelle, l’impact des timbres qui viennent raconter, nourrir et transmettre une émotion.

C’était ça l’urgence à cette époque-là de ma vie, et puis j’ai maintenant envie au contraire de m’adresser directement, de repasser par le message du verbe parce que je comprends combien c’est important dans notre société, maintenant. Et ça me permet d’aller vraiment à la rencontre de l’auditeur. Avant, je promenais mon monde, mon univers, je le présentais aux gens et il y avait une frontière qui restait, je proposais quelque chose de trans ; il fallait vraiment arriver à la transe pour que les gens lâchent et que c’est cette idée de communion arrive. Et là, j’ai eu envie d’aller plus dans la confidence, dans le fait de se livrer intimement et d’aller parler.

Parler avec les autres. Je me suis beaucoup inspirée et interrogée sur le fait qu’à l’heure actuelle on a perdu l’esprit social, que permettait la musique. Mes parents racontaient qu’à l’époque de leurs grands-parents, on faisait des veillées, des veillées musicales. Il fallait battre la terre battue d’une maison ensemble, on allait invoquer des chants et des danses.C’était aussi des moments où l’on pouvait raconter des histoires et transmettre des choses. Aujourd’hui, il y a cette dimension de la consommation omniprésente.

Parfois on va aller écouter un concert dans une grande salle avec les personnes avec lesquelles on est parti et on ne va pas forcément parler aux personnes autour de nous. Chacun va repartir de son côté. Et je me disais qu’avec la réintroduction du texte, cela peut donner envie aux gens de se raconter leurs histoires… J’ai eu la chance, en solo, de jouer aussi dans des petits lieux qui permettaient l’échange. Qui invitaient à la confidence et au fait que les gens avaient parfois envie de rebondir sur une histoire qui était racontée – sur l’écriture de la chanson ou dans la chanson elle-même.

Et ça, tu l’intègres dans ton processus créatif actuel ?

Il y a deux ans quand je commençais à écrire en français, oui. Je travaillais sur un spectacle qui s’appelait « le Cercle » et qui portait vraiment cette réflexion-là. Donc, c’était à la genèse de pourquoi j’ai commencé à écrire en français. Maintenant, je ne me pose plus ces questions. Je laisse faire ce qui vient, ce qui me traverse sur le papier… Oui, il y a toujours le souhait d’être dans un format de chanson populaire et, en même temps, à travers ce format de chanson populaire, de transmettre ce que j’aime tant dans les musiques ethniques. Un peu comme représenter un maillon qui viendrait réconcilier d’un côté les musiques populaires et de l’autre les musiques un peu plus ethniques et expérimentales qui m’ont nourri jusqu’à maintenant, dans cette idée de décloisonnement, de case, d’ouverture et de rassemblement.

Comme un trait d’union…  

Oui. C’est exactement ça. Être un trait d’union. C’est beau, d’ailleurs, le mot « union ». Et je pense qu’on en a besoin par les temps qui courent, c’est on ne peut plus d’actualité dans notre société qui se met en état d’urgence.

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Organum anglican

Et c’est justement le symbole de l’instrument si particulier que tu utilises, l’harmonium indien…

Visuellement, il a quelque chose de très fort. Oui. C’est vrai qu’avec le soufflet il y a un va et vient. De moi, de mon cœur, je vais jusqu’à vous, c’est un instrument indien mais qui a été amené par les occidentaux en Inde (dérivé de l’organum anglican). Il y a ainsi cette histoire de double culture et de double philosophie qui peuvent s’inspirer, de deux cultures qui ont tant à s’apporter l’une à l’autre, entre l’Orient et l’Occident.

Donc, les œuvres sont en train de se faire actuellement…

Moi j’appelle ça : musique, tu sais : œuvre, c’est… Je ne suis pas Mozart ! Je suis artisan de la musique, comme tout le monde. En fait, il y a déjà de nombreuses chansons qui sont là, les quatre premières ont été posées en studio, un clip est prévu pour bientôt, mais je continue tout doucement de faire… C’est comme l’alchimiste qui va pendant des heures et des heures, des jours et des années, travailler sa quête jusqu’à arriver à la pépite d’or. Mais, d’abord, il y a tout ce qui est noir à faire sortir, les petits charbons, les petits éclats avant que les pépites n’arrivent.

Moi, je pense que la chanson est un art qui se travaille quotidiennement, comme on va travailler son instrument, comme on va polir une pierre, chaque jour écrire des nouvelles chansons, c’est quelque chose qui permet de grandir, de cheminer et d’arriver petit à petit à des moments de grâce, de magie… Il y a des fois où on ne se sent pas inspiré – on a l’impression de refaire la même chose -, et puis des moments où on aura vécu quelque chose, on aura dépassé quelque chose qui est en nous. Et une espèce de mini-miracle qui arrive, ça fait du bien ! C’est plutôt que ça fait partie de mon métier de rester en état de créativité quotidienne. Qu’un disque soit terminé ou pas, c’est quelque chose qui reste là à nourrir.

Et la chanson qui se façonne au fur et à mesure de ton travail, à quel moment est-ce que tu sens qu’elle est prête ? 

Je pense que, dans l’art, il y a cette éternelle question : « Quand est-ce que c’est terminé ? » Si on est très exigeant, on peut toujours se dire qu’on peut encore améliorer certaines choses… Je travaille vraiment dans l’énergie du 1er jet, de la découverte, je souhaite que ça reste toujours ludique, en fait. Donc, je compose et je maquette dans mon logiciel la chanson, avec son essence première, parfois je rajoute quelques arrangements, mais je la laisse comme ça, je la propose à mon réalisateur, ou je la laisse mûrir dans un coin.

De la même manière, comment naît une équipe ?

Via des rencontres. Tout se fait selon les besoins du moment, les envies du moment. J’ai eu la chance de travailler dans les années passées avec des vraies équipes sur scène, avec des groupes, je montais des équipes de musiciens, parce que j’avais les conditions pour.

Par exemple sur Do Om, mon 1er album, j’étais entourée d’un quintet de musiciens, qui venaient principalement du free jazz, parce qu’ ils ont cette grande liberté-là, cet amour des timbres, du son, et on avait envie avec des instruments dits « classiques » (contrebasse, violoncelle, percussions, trompette etc.) de détourner ces instruments-là pour aller cueillir d’autres façons d’exploiter les timbres, ça rejoignait ma démarche vocale.

Sur « le Cercle » c’était quelque chose d’un peu plus rock progressif dans l’approche, et aujourd’hui, c’est aussi des rencontres qui se font naturellement. Il y a des personnes qui se sentent peut-être appelées ou touchées par mon travail et qui me proposent des collaborations. Par exemple, je viens de tourner un clip sur mon morceau « l’Appel » avec la boîte de production audiovisuelle « Capsus » et ce sont des gens qui ont vu ma prestation à la télévision quand j’étais dans « The Voice » l’année dernière.

Et le réalisateur Guilhem Machenaud s’est senti très touché, il m’a contacté et il m’a dit que c’était la première fois qu’il contactait un artiste qu’il ne connaissait pas pour proposer la création d’un clip. Quelque chose avait résonné fortement en lui dans ma démarche, donc c’est chouette. Avec mon réalisateur Christophe Voisin Boisvinet, c’est pareil. C’est quelqu’un qui a découvert mon univers, ma façon de m’exprimer – aussi grâce au passage à « The Voice » – et on a commencé à travailler ensemble sur cet album dans ces conditions-là.

Yan Péchin, c’est pareil, c’est aussi une rencontre qui a donné lieu à de superbes concerts sur scène et ça continue de temps en temps, en plus de son agenda déjà très chargé avec Rachid Taha. A chaque fois, la musique, ce sont des histoires de rencontres, mais je suis dans un cycle de vie où je travaille beaucoup seule et ça me permet d’aller plus loin, à l’essentiel. Avant, j’explorais un peu toutes les limites, tous les horizons possibles, toutes les extensions possibles d’un propos musical, avec la complicité d’autres musiciens. Donc, là, non.

Le fait d’être seule aujourd’hui m’a vraiment permis d’aller à l’essentiel dans « Qu’est-ce que je veux dire ? » Ne pas aller trop mettre de tout dans tous les sens et poser cette question : « Qu’est-ce que j’ai envie de donner à entendre ? » Il y a une voix, un harmonium – accompagné par des sonorités électroniques. J’aime l’idée du minimalisme, quand quelque chose existe dans son plus simple appareil, bien qu’il puisse être modifié.

Tu parles de la manière dont le réalisateur t’a abordé pour le clip, tu dis qu’il a été sensible à ton message, et si on regarde les titres de tes chansons : « L’appel », « Le Message », « Ton écho »… Ce sont des bouteilles à la mer que tu lances !

Exactement, ce n’est que ça ! Je pense d’ailleurs que l’album va s’appeler « l’Appel », parce que chaque chanson en est un… « Le message », « Ton écho », des appels de communion, de retrouver espoir, des appels à aimer… Il y a une chanson qui s’appelle « Le Courage d’aimer », c’est un sujet fortement d’actualité. C’est aussi parce que ce sont des chansons en français que je chante dans ma langue maternelle pour la première fois… dans mon pays. Je crois que c’est intéressant.

Qu’est-ce qui, pour toi, a été le plus utile comme apprentissage ?

C’est difficile de résumer, mais quand je prends ma casquette de pédagogue, je dis toujours : « Le travail de la voix est un travail de la voie ». Je pense que se rencontrer soi-même et travailler sur soi, parfois avec différentes formes de thérapie, de philosophie, nourrit énormément et cela permet de cheminer, d’approcher les choses avec un regard nouveau. Être dans l’écoute du ressenti, c’est quelque chose de fondamental pour être dans un rapport constamment juste, incarné, charnel avec la musique, quelque chose qui reste toujours organique, toujours sincère.

Que la musique soit vraiment un reflet sincère de là où on est, de ce qu’on aime à partager, à ressentir et à faire ressentir. Tu ne peux pas tricher et ce n’est pas intéressant, en même temps. Donc, plus on va s’accorder avec soi-même à l’intérieur, plus le reflet de notre musique sera juste. Il y a d’ailleurs une pièce dans un violon, qui s’appelle « l’âme ». Elle est à l’intérieur du violon, on ne la voit pas, elle permet aussi de le faire sonner. Je dirais qu’avec l’instrument de la voix, c’est pareil. Comment on s’accorde avec son âme, avec ce qu’on est… c’est la quête d’une vie aussi, et c’est passionnant, pour aller offrir ça dans sa musique, dans son art ou dans tout ce qu’on fait…

Cette leçon là est spirituelle…

Oui, je pense qu’on peut tout à fait dire que c’est une forme de spiritualité. La spiritualité, c’est quelque chose d’intime, qui n’appartient à aucune case, mais qui se cultive de façon personnelle. Il n’y a pas une vérité qui existe, chacun peut en découvrir des multiples, en fait. Et c’est ça qui est intéressant. C’est un cheminement. Se rencontrer. Aller vers son propre miroir en nous-même, pour pouvoir offrir à l’extérieur avec encore plus de justesse, notre éclat. Notre message, notre empreinte…

Y-a-t-il des choses que tu t’interdis ?

J’essaie de m’interdire le mauvais goût ! Il y a une ligne avec Mood, avec ce personnage artistique, qui est moi, avec ce que j’aime à y faire sonner. Dans d’autres créations musicales, j’ai pu m’ouvrir des espaces de musique, peut-être plus humoristiques. Je crois qu’avec Mood, je suis dans un sens respectueux, assez flamboyant. J’ai envie de transmettre de l’espoir. Alors, parfois, je m’interdis, quand je suis trop dans la tristesse, d’écrire… mais, après, je ne me censure pas. Je laisse toujours les chansons éclore, puis je fais des choix. Je m’autorise plutôt, quelque chose qui va vers le partage. Au final, je ne sais pas si je m’interdis des choses…

Combien de temps par jour travailles-tu ta voix ?

Uniquement ma voix, c’est plutôt par période. Je vais plus travailler sur moi-même… et ma musique dans sa globalité. Parfois je vais travailler le chant indien, le matin, par exemple, mais je ne suis plus dans une rigueur, où tous les jours, ça va être tant d’heures…

Cela, je le faisais avant, dans un processus d’étude. En revanche, je m’autorise des moments de stage. Là, je vais bientôt participer à un stage sur les musiques d’Anatolie, les chants turcs et kurdes. Je continue souvent à me former. Sur des temps de rencontres, ou dans mon travail quotidien, il y a des choses que je vais reprendre, notamment avec la pratique du dhrupad (chant classique hindoustani, ndlr) etc. Mais c’est davantage un travail dans la globalité: l’instrument, la production musicale.

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Un mot de fin ?

Chacun a le choix d’affûter son propre outil pour transmettre son message. Moi, c’est la musique, mais il en existe plein d’autres et je pense que chacun peut diffuser son message. La musique et les rêves appartiennent à tous… À chacun de se réaliser, de réaliser ce qui lui tient à cœur. / Entretien initialement publié sur la page Facebook CultureEtc.